Québec 2004 - Syndicalisme: des semaines déterminantes pour le gouvernement

L'année 2004 s'annonce comme l'année de tous les dangers pour le gouvernement libéral. Les centrales syndicales rencontrent ces jours-ci leurs troupes et se préparent à répondre aux récentes initiatives de Jean Charest. Les prochaines semaines donneront le ton pour les mois à venir.

Les lois votées en décembre dernier, grâce à la stratégie du bâillon employée par le gouvernement libéral, ont réveillé les centrales syndicales. «Avant que ces lois ne soient mises en place, nous étions dans une situation assez stable, affirme le premier vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) Louis Roy. Il y a maintenant une unanimité de pensée au sein du mouvement syndical, pas uniquement pour combattre cette nouvelle législation, mais pour tenter de politiser les gens face aux visions néolibérales du gouvernement en place.»

Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, est du même avis: «Les attaques du gouvernement Charest avant Noël ont solidifié les organisations syndicales, dit-il. On était habitué au Québec depuis les 40 dernières années à un certain équilibre qui vient d'être brisé. C'est une véritable fracture sociale qu'a créée le gouvernement.»

Réjean Parent prédit ainsi que les prochains mois favoriseront une véritable mobilisation sociale: «Le gouvernement a des visées d'affaiblissement des syndicats, mais cela se traduira également par des pressions sur les citoyens et aura des répercussions sur toute la société. La bataille sera beaucoup plus large que les seules conventions collectives: il s'agira d'une lutte sociale pour le développement des services publics.» Alors que l'on qualifie souvent le printemps et l'automne de périodes «chaudes» entre les syndicats et le gouvernement, Réjean Parent affirme que «si la tendance se maintient, ça va être chaud toute l'année!».

Les propos sont plus modérés pour le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé: «Nos préoccupations immédiates sont axées sur les changements apportés dans le domaine de la santé et de la sous-traitance, dit-il. Si le gouvernement se comporte comme du monde, il n'y aura pas de manifestations aussi grandes qu'avant les Fêtes.» Il prévient toutefois que son organisation continuera de maintenir la pression publique en étant présente dans toutes les régions et à tous les forums de discussion.

Front commun

Si le Québec représente l'endroit le plus syndiqué au Canada et en Amérique du Nord, il est plutôt rare de voir les diverses centrales se regrouper pour faire front commun contre le gouvernement. C'est pourtant ce qui s'est déroulé en décembre dernier alors que la CSN, la CSQ et la FTQ ont présenté au gouvernement un même cahier de revendications pour le renouvellement de la convention collective de plus de 310 000 employés de l'État.

«Les centrales ont toujours eu l'habitude de travailler en commun sur certains sujets, rappelle Réjean Parent. Parfois cela est plus difficile, mais cela peut aussi être facile. Les négociations dans le secteur public seront toutefois très longues et on est encore loin d'en avoir fini.»

C'est néanmoins avec une certaine unanimité de pensée que les centrales syndicales débutent la nouvelle année. Un rapprochement que les chefs syndicaux attribuent aux actions du gouvernement. Selon Louis Roy, l'équipe libérale entraîne la province dans une direction que peu de Québécois avaient prévue: «On a perçu un renouveau de l'action syndicale en réaction à la montée de l'Action démocratique du Québec, ce qui a facilité la voie au Parti libéral, croit Louis Roy. Mais on assiste maintenant à une volonté d'amener le Québec beaucoup plus à droite que l'on voulait aller.»

Pour lui, 2004 sera une année chargée car plusieurs syndicats voudront revoir leurs conventions pour se protéger du récent coup de barre du gouvernement. Se dirige-t-on vers une grève générale? «Beaucoup de nos membres souhaitent cela, et notre centrale y est très ouverte, dit Louis Roy. Mais nous avons peu d'expérience pour ce genre d'action, la dernière en importance remonte à 1972.» Il croit toutefois que la solution ne passe pas par une journée commune de protestation, mais plutôt par des actions qui s'inscriront dans un plan concerté visant un objectif précis.

Pour le président de la FTQ, cette solution n'est pas pour demain matin, mais elle n'est pas écartée pour autant: «Cela demande un grand effort de coordination et ça prend des motifs importants pour lancer ce genre de mobilisation.» Le conseil général de cette centrale puis son conseil consultatif se réuniront d'ailleurs à la fin du mois de février pour discuter et adopter un plan d'action à ce sujet afin d'être paré à toute éventualité.

Mais la population est encore loin d'être prête à s'impliquer et à soutenir les syndiqués: «Les gens ont perdu l'habitude de sortir de leur confort et de se priver de services pour envoyer un message au gouvernement. On ne veut plus perdre des journées de travail et voir son salaire diminuer: on s'implique seulement lorsqu'il y a une urgence d'agir. Mais si on ne fait rien maintenant, on risque de bientôt la ressentir», dit Louis Roy.

Des semaines déterminantes

Le gouvernement reprendra ses travaux en mars prochain, et les moyens qui seront mis de l'avant par l'équipe de Jean Charest seront scrutés à la loupe par les centrales syndicales: «Le gouvernement s'est donné des outils importants en décembre dernier et on verra comment il va les employer. C'est là qu'on pourra réellement voir leurs répercussions», dit Réjean Parent.

«Les actions que le gouvernement entreprendra dans les prochains mois seront déterminantes pour façonner notre réaction», assure Louis Roy. Quoi qu'il en soit, «la mobilisation est déjà en train de monter et de se préparer», affirme Réjean Parent. Alors que la cote de popularité de l'équipe Charest est à son plus bas niveau, le gouvernement doit se tenir sur ses gardes car les centrales syndicales n'attendent qu'un durcissement de son attitude pour foncer.

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