Philippe Couillard tente d’expliquer une session difficile

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, lord d'une allocution à la Conférence de Montréal, le 13 juin 2016
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, lord d'une allocution à la Conférence de Montréal, le 13 juin 2016

La grande entrevue d’une heure accordée par Philippe Couillard en direct à Radio-Canada s’annonçait costaude, elle s’est révélée périlleuse pour le chef libéral, mercredi soir.

Talonné sur son objectif de créer 250 000 nouveaux emplois, sur le sens de l’éthique et de l’intégrité de son gouvernement ou encore sur les compressions dans les écoles, M. Couillard a tenté tant bien que mal de mettre en lumière les réussites de son gouvernement au cours des deux premières années de son mandat.

Sam Hamad, la fermeture du centre Mélaric et les conditions de vie dans les centres hospitaliers de soins de longue durée l’ont toutefois rapidement rattrapé.

M. Couillard a reconnu du bout des lèvres qu’on ne reverrait pas Sam Hamad de sitôt au sein du Conseil des ministres, même s’il n’a pas été blâmé par le vérificateur général. « Je répète, M. Hamad n’est pas au Conseil des ministres et je n’ai pas de remaniement prévu. »

S’il a d’abord affirmé que « sur le plan de l’éthique [...] les choses ont été bien faites », il a toutefois admis par la suite que son équipe pouvait « améliorer » son « comportement » à cet égard.

Opération ratée

En éducation, M. Couillard a estimé que son gouvernement avait ratissé trop large en tentant d’abolir les commissions et les élections scolaires. « On aurait dû se concentrer sur la réussite », a-t-il affirmé, promettant de s’y appliquer dès maintenant. M. Couillard a en outre rappelé qu’à la suite de ces deux années de serrage de ceinture, les deux suivantes verront le gouvernement investir massivement en éducation et en santé, notamment.

À mi-mandat, ce rendez-vous télévisuel présentait plusieurs avantages pour le chef de gouvernement, estime le politologue Alain G. Gagnon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes (CREQC). Pourtant, Philippe Couillard a carrément « raté sa performance », estime-t-il. « Le premier ministre était là pour essayer de reprendre le contact avec la population, mais on l’a senti à plusieurs moments dans sa bulle, complètement déconnecté de la réalité, analyse-t-il. M. Couillard a semblé incapable de reconnaître ses erreurs, et déphasé par rapport à la réalité du Québec que lui décrivaient les intervenants. »

  

« Déconnecté »

Le malaise était palpable lorsque le premier ministre a demandé « de quelle maison parlez-vous ? », après la diffusion de trois témoignages émouvants d’ex-clients du centre Mélaric, qui offre des services de thérapie et de réinsertion sociale aux hommes adultes ayant des problèmes de dépendance, abruptement fermé — avant d’être rouvert à la suite d’un tollé soulevé dans les médias — par les libéraux. « On peut bien ajouter des budgets, ajouter des budgets […] mais il fallait faire mieux [au niveau de la gestion de l’organisme] », a ensuite expliqué le premier ministre pour justifier cette décision.

On n’aurait pas vu Jean Charest ou d’autres chefs de parti répondre de façon aussi « machinale » à des questions aussi importantes, juge Alain G. Gagnon. « M. Couillard avait une chance inouïe d’être en contact avec la population, mais il risque plutôt d’avoir perdu plusieurs points de sympathie. »

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