Québec doit reconnaître le rôle de la métropole

Le gouvernement Charest a jusqu'à maintenant «amplement démontré qu'il n'a pas de politique de développement urbain», une lacune qu'il faudrait corriger parce que les villes en ont besoin, et aussi parce que, à défaut d'action à Québec, le gouvernement fédéral sera tenté de revenir dans ce champ de compétence provincial. C'est ce qu'a soutenu hier matin Bernard Descôteaux, conférencier invité au petit-déjeuner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

M. Descôteaux avait intitulé sa conférence «Montréal en concurrence avec elle-même». Il n'a pas voulu reprendre le débat sur la question des défusions municipales, se limitant à rappeler que Le Devoir fut parmi les premiers à défendre le projet «une île, une ville» pour Montréal. «Il nous apparaissait urgent, afin d'assurer le développement de Montréal comme ville-région, de pouvoir s'appuyer sur une vision et des stratégies communes, ce qui ne serait pas possible tant que l'on maintiendrait une multitude de fiefs locaux», a-t-il dit.

Pour le directeur du Devoir, le débat actuel sur les défusions est «un malheureux contretemps qui nous fait perdre temps et énergie». Il se réjouit cependant de l'assurance donnée par le gouvernement l'automne dernier que la Ville de Montréal garderait la responsabilité de la planification et de la gestion du développement économique dans l'île de Montréal, quoi qu'il arrive. Partant de là, il deviendra possible de développer une vision commune et nécessaire de l'avenir et de proposer des stratégies.

La métropole

Selon M. Descôteaux, les gouvernements successifs à Québec ont hésité à reconnaître pleinement le rôle de la métropole dans l'ensemble québécois et cela lui semble particulièrement vrai du gouvernement actuel. «La disparition du mot "métropole" dans le nom du ministère des Affaires municipales et de la Métropole n'est pas que symbolique», dit-il. Par exemple, il n'y a plus au gouvernement de comité responsable du développement économique de Montréal comme à l'époque de Robert Bourassa et les ministres influents et sensibles aux enjeux de la région sont trop peu nombreux, affirme le directeur du Devoir.

Au demeurant, il constate que le cas de Montréal n'est pas unique, ni au Québec ni au Canada. En ce qui concerne la «réingénierie» de l'État qui vise le gouvernement, ses ministères et les sociétés d'État, il faudrait aussi inclure les grandes villes comme Montréal, Laval, Québec, Gatineau et les autres qui ne peuvent pas être ignorées dans cette opération, affirme M. Descôteaux en posant une question qui contient sa réponse: «Vers qui, croyez-vous, se tourneront ceux dont les prestations d'aide sociale auront été réduites, sinon vers les villes?»

Bref, il sera essentiel que les grandes villes du Québec soient invitées à titre de participant de plein droit aux forums socioéconomiques dont le gouvernement Charest vient d'annoncer la formation. Mais M. Descôteaux émet certains doutes sur la réussite de cette consultation: «Jusqu'à quel point le dialogue sera-t-il sincère?» Mieux vaut alors que Montréal mette toutes les chances de son côté. Le milieu doit lui-même se prendre en main. La Chambre de commerce doit maintenir le leadership qu'elle a manifesté contre les défusionnistes et Montréal International doit poursuivre son travail en matière de réseautage sur le plan international.