Québec pourrait interdire les pitbulls

Michel Pepin, de l’Association des médecins vétérinaires du Québec, rappelle que le pitbull n’est pas une race clairement définie.
Photo: iStock Michel Pepin, de l’Association des médecins vétérinaires du Québec, rappelle que le pitbull n’est pas une race clairement définie.

Québec n’écarte pas l’idée d’imiter l’Ontario et de bannir les pitbulls sur son territoire. C’est ce qu’a déclaré le premier ministre Philippe Couillard jeudi, au lendemain de la mort d’une femme attaquée par un pitbull appartenant à un voisin, dans Pointe-aux-Trembles. Un comité de travail sera mis sur pied avec les municipalités, afin d’étudier la question.

Le drame, survenu mercredi soir dans l’est de Montréal, a relancé le débat sur la gestion des chiens dangereux. Interrogé jeudi matin sur la litigieuse question, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a affirmé que c’était aux villes d’y voir. « Les villes ont tous les pouvoirs pour agir en cette matière-là. Elles ont à décider des mesures à prendre », a-t-il dit. Plus tard dans la journée, il a finalement changé son fusil d’épaule et accepté de s’asseoir avec les villes pour examiner toutes les options.

Québec pourrait emboîter le pas à l’Ontario, qui interdit les pitbulls depuis 2005, a indiqué Philippe Couillard. « On a le pouvoir de le faire. On essaie d’éviter ce genre d’action mur à mur, parce que les municipalités sont toujours mieux placées pour décider comment gérer ces questions, mais […] on veut faire partie de la solution », a expliqué le premier ministre, tout en précisant que, avant de trancher, il faudrait bien peser les impacts d’une interdiction de ce type de chien.

Au Québec, la gestion des animaux relève des municipalités, mais leur vente est de compétence provinciale.La Ville de Châteauguay interdit les pitbulls depuis 25 ans. D’autres municipalités ont préféré serrer la vis aux propriétaires de chiens dangereux. « Les villes ont des règlements, mais ça se fait à géométrie variable », confirme Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke et président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui participera, avec la Fédération québécoise des municipalités (FQM), aux travaux du comité.

« On veut dresser un portrait de la situation et regarder les résultats que les différentes réglementations donnent sur les cas de morsures. On veut aussi voir ce qui s’est fait ailleurs au Canada et être accompagné de spécialistes, explique M. Sévigny. Si l’intérêt public, c’est de dire qu’on s’impose un règlement uniforme dans toutes les villes du Québec, ce sera la solution. Si c’est autre chose, ce sera autre chose. »

Qu’est-ce qu’un pitbull ?

Il n’est pas si simple de discriminer une race de chien. « C’est là où le bât blesse, confirme le vétérinaire Michel Pepin, porte-parole de l’Association des médecins vétérinaires du Québec. Ce n’est pas une race définie. On parle de pitbulls et de pitbulls croisés. À partir de quel pourcentage de gènes ce chien est classé dans les pitbulls croisés ? »

La loi ontarienne définit le pitbull comme un chien des races suivantes : pitbull terrier, Staffordshire-terrier américain, pitbull terrier américain ou « tout chien dont l’apparence et les caractéristiques physiques sont essentiellement semblables à celles des chiens mentionnés ci-dessus ».

Interdire les pitbulls peut aussi créer un faux sentiment de sécurité, ajoute M. Pepin, car d’autres races, comme le rottweiler ou les chiens de type molosse, si elles sont agressives, peuvent causer des blessures importantes. Plus tôt cette semaine, la Ville de Sainte-Julie a d’ailleurs adopté un règlement stipulant que tous les chiens pesant plus de 20 kilos devront désormais porter un licou, qui limite l’ouverture de la gueule de l’animal sans gêner sa respiration.

Selon Michel Pepin, Québec et les villes devraient faire le ménage dans les élevages de chiens et envisager des mesures comme la stérilisation obligatoire des chiens ainsi que leur identification par micropuçage, comme cela se fait dans plusieurs pays européens, afin de responsabiliser les propriétaires. Les villes pourraient aussi récompenser les bons propriétaires et, par exemple, offrir des rabais importants à ceux qui ont stérilisé leur animal, lorsque vient le temps d’accorder un permis.

Appliquer le règlement

 

Mais encore faut-il que les villes aient les moyens de faire appliquer les règlements qu’elles adoptent. À Montréal, seulement 12 % des chiens sont enregistrés auprès de la Ville et seulement 15 des 19 arrondissements ont des inspecteurs pour faire respecter la réglementation. « Et plusieurs travaillent à temps partiel », admet Anie Samson, responsable de la sécurité publique au sein de l’administration Coderre.

Montréal entend donc revoir sa réglementation d’ici 2018, afin de l’uniformiser sur tout son territoire, mais Anie Samson n’est pas convaincue qu’il faille interdire les pitbulls. « À Toronto, où les pitbulls ont été bannis, le nombre de morsures de chien a augmenté », signale-t-elle.

Certains élus sont plus catégoriques : « C’est évident que les chiens pitbulls sont dangereux. Il n’y a qu’une solution : les interdire par une loi partout au Québec », a déclaré le maire de Saguenay, Jean Tremblay, sur son compte Twitter, jeudi.

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