La classe politique n'est pas à blâmer selon Couillard

La classe politique n’est pas responsable du problème de culture au ministère des Transports du Québec (MTQ), a déclaré jeudi le premier ministre Philippe Couillard.

Au lendemain de deux témoignages fracassants sur le MTQ, M. Couillard a annoncé un processus de réorganisation au sein du ministère, qui distribue des milliards de dollars de contrats chaque année.

Dans une mêlée de presse, M. Couillard a affirmé que toute la responsabilité de cette situation pèse sur l’appareil administratif du MTQ.

«Le problème n’est pas ici la relation du politique avec l’administratif, a-t-il dit. Le problème est une culture dans l’appareil administratif, qui est profonde, d’après moi qu’on peut faire remonter même avant, il y a 15 ou 20 ans. Moi je croise des gens qui ont travaillé à ce ministère il y a plusieurs années et qui me disent: ’C’était pas mal comme ça dans mon temps et on parle d’une période qui remonte à plusieurs décennies’.»

M. Couillard a soutenu que la controverse suscitée par les allégations de l’ex-ministre des Transports Robert Poëti, et les révélations qui ont suivi depuis mai dernier, montrent que le problème n’est jamais apparu aussi clairement.

«Il y a de toute évidence au ministère des Transports depuis plusieurs années, et c’est apparent maintenant clairement, un problème profond de culture dans l’administration publique», a-t-il dit.

Le nouveau sous-ministre Denis Marsolais, nommé le mois dernier après les premières révélations de M. Poëti, sera chargé de faire un ménage au MTQ, a indiqué M. Couillard.

«Il faut qu’il fasse l’évaluation de tout le personnel, de la fonction publique, du ministère, à tous les étages, incluant dans les représentations régionales et il faut le faire de façon méthodique, a-t-il dit. Ce qu’il faut se garder, c’est de déclencher une réaction de panique.»

Une analyste contractuelle, Annie Trudel, et une ancienne directrice de la vérification interne, Louise Boily, ont fait le récit, mercredi, des obstacles dressés devant elles par l’administration du MTQ, au cours des dernières années, pour empêcher les constats d’irrégularités.

Lors d’une conférence de presse qui a suivi jeudi après-midi, M. Couillard a affirmé qu’il prend leurs allégations d’intimidation, d’obstruction et de falsification au sérieux.

«On a entendu parler d’intimidation, de documents modifiés, on a surtout entendu parler d’une culture de la crainte, a-t-il dit. C’est ce que je retiens de ces communications-là. Les gens craignent de se manifester ou d’aller vers l’avant pour rapporter des situations. Entendre cette série d’éléments, c’est préoccupant.»

En mai dernier, au moment où les allégations de M. Poëti, maintenant simple député libéral, ont été publiées dans un reportage, M. Couillard ignorait tout des problèmes du MTQ, malgré des informations portées par l’ex-ministre des Transports au chef de cabinet du premier ministre.

M. Poëti, qui a perdu ses fonctions ministérielles au dernier remaniement de février, a par la suite affirmé qu’il s’attendait à ce que ses préoccupations soient transmises à M. Couillard.

Jeudi, M. Couillard a écarté la possibilité que des informations aient pu volontairement lui être cachées par son entourage ou dans la haute fonction publique.

«Je n’ai pas l’impression que personne a voulu volontairement cacher des choses dans l’entourage ou dans la haute fonction publique, a-t-il dit. Peut-être a-t-on sous-estimé ou mal lu les enjeux. Il ne s’agit pas selon moi d’enjeux spécifiquement administratifs. C’est beaucoup plus large et profond.»

En Chambre, le chef intérimaire péquiste Sylvain Gaudreault a rappelé que l’opposition affirme depuis des semaines que des documents falsifiés du MTQ ont été soumis aux parlementaires.

«Il y a eu des témoignages, mercredi, en commission parlementaire, sous serment, qui nous disent qu’il y a des documents trompeurs qui ont été déposés, a-t-il dit. Ça fait au moins deux semaines qu’on parle de ça ici quasiment à tous les jours. Là, on dirait que c’est aujourd’hui que le premier ministre s’en aperçoit, qu’il allume.»

La démission de Jacques Daoust demandée

Le chef caquiste François Legault a demandé la démission du ministre des Transports, Jacques Daoust, ainsi que de M. Marsolais, en plus de réclamer un suivi trimestriel des activités du MTQ en commission parlementaire.

En point de presse, M. Legault a également critiqué la décision du gouvernement de ne pas congédier la prédécesseure de M. Marsolais, Dominique Savoie, qui a été critiquée mercredi par les deux vérificatrices qui ont témoigné devant les députés.

«Je pense qu’on peut dire que le Parti libéral a fait preuve, puis en particulier M. Couillard, d’aveuglement volontaire, de grossière négligence, d’abord, de ne pas avoir pris au sérieux les informations de Robert Poëti sur les problèmes du ministère des Transports, puis ensuite d’avoir nommé Mme Savoie au Conseil exécutif, alors qu’elle ne méritait pas la confiance de Philippe Couillard», a-t-il dit.

M. Couillard s’est défendu d’accorder un traitement de faveur à Mme Savoie, en plaidant qu’il ne fait que respecter les règles pour les hauts fonctionnaires mis en disponibilité.
La porte-parole péquiste en matière de transports, Martine Ouellet, a elle aussi jugé que M. Daoust n’a plus sa place aux Transports.

«M. Daoust a démontré qu’il n’avait pas la capacité de répondre à ce genre de problème-là, est indifférent par rapport à ce qui se fait, ne cherche même pas la vérité, il est clairement du côté des sous-ministres et des chefs de cabinet», a-t-elle dit.
19 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 9 juin 2016 10 h 56

    La parole et les faits

    Au risque de répéter les mêmes litanies, on doit régulièrement vérifier la valeur de ce qui nous est dit par ceux qui nous gouvernenent.
    Couillard et consorts ne nous avaient promis l'équilibre dans le budget et aucune perte de qualité dans les services.
    Couillard nous a promis le gouvernement le plus transparent de l'histoire de Québec.

    Il a servi une vérité gravement tronquée dans le premier cas, et n'importe quel observateur conviendra qu'il n'a pas fait le moindre effort, au contraire, pour servir la transparence dans son administration.

    En conséquence il n'est pas que tristement vrai de dire qu'il est menteur, du moins en période électorale. M. Couillard a déclaré il y a une semaine que nous sommes en période pré-électorale...

    Ayant travaillé dans plus de 120 corporations et institutions un peu partout en Amérique du Nord, je sais qu'il est strictement impossible de tout cacher aux patrons dans une administration le moindrement saine.

    L'incapacité des journalistes à lier la gabegie totale, sinon la pourriture du MTQ au ministre ou au premier ministre dit que leur administration est soit péniblement mauvaise, soit totalement opaque et incompétente à un point maladivement grave.

    Dès que Couillard n'est pas totalement incompétent, il est impossible qu'il n'ait pas su. Sinon, c'est un fiieffé menteur. On peut ne pas savoir pendant 6 mois. Pas 7.

    Tous les geste de Couillard devraient doprénavant aller dans le sens de la transparence. Mous sommes en période pré-électorale et il est de son devoir d'informer la population de l'ensemble de son administration. Qu'il la présente sous un jour favorable est son droit mais ses silences, eux...
    J'espère que pour une fois la tribu journalistique saura voir toute "nouvelle annonce" pour ce qu'elle est, selon ce que nous savons depuis la dernière campagne électorale : des mensonges sans vergogne, des méthodes de marketing détestables.

    Les preuves sont là.

    • Donald Bordeleau - Abonné 9 juin 2016 20 h 14

      La preuve fondamentale que l'Honorable Monsieur Couillard savait l'ampleur des magouilles au MTQ, c'est qu'il a expulsé Monsieur Poétî comme ministre en janvier 2016.

      Madame Savoie est bien protégée par Monsieur Couillard et Iglesias. Elle a suivit les ordres du Conseil Exécutif pour garder sous la couverte les problèmes du MTQ.

      Mais finalement l'honnêteté de Madame Trudel et de Madame Boily a permit de lever le voile sur le cancer qui ronge le MTQ et ses bureaux de district.

      Il semble que la carrière de Madame Boily ne sera pas facile pour l'avenir par des menaces et le harcèlement quel a subit au sein du MTQ. Bon courage, en espérant que Monsieur Couillard soit garant de sa sécurité comme de celle de Madame Savoie, Martin Massé, Danièle Cantin et Nathalie Noël


      Comme dans Laviolette comme le dit Monsieur Luc Berthold qui a été directeur de cabinet des ministres Normandeau et Boulet.

      http://www.lapresse.ca/la-tribune/actualites/20140

    • Donald Bordeleau - Abonné 10 juin 2016 22 h 36

      Couillard était au parfum pour le MTQ.

      Il est évident que la nomination de Dominique Savoie au MTQ en 2011 par le PLQ de Charest a été un bon paravent de 6 ans pour garder le couvercle sur les chassés croisés au MTQ.

      Mais le déplacement du ministre Poétï du MTQ en janvier a été une erreur qui a permis de révéler tous les problèmes de manipulations au MTQ par Annie Trudel et Louise Boily.

      Monsieur Couillard dit aujourd'hui qu'il savait pour la culture du secret au MTQ.

      L’intimidation rend difficile les vérifications sur la gestion des contrats par les vérificateurs externes comme démontré. Monsieur Couillard ( Syndrome Gérald Tremblay ) savait qu’il y avait une enquête interne au MTQ sur la gestion du ministère.

      Cette enquête dérangeait le sous-ministre et les gestionnaires pour avoir accès aux bases de données du MTQ selon les différentes informations.

      L’intimidation des vérificateurs chargés d’analyser la conformité a été au cœur des raisons du congédiement de l’attaché politique Pierre Ouellet et la sous-ministre Dominique Savoie.

      Madame Savoie pourra être nommée pour remplacer Juan Roberto Iglesias en 2017 pour être en charge du Conseil Exécutif du gouvernement.

      La CEIC a démontré que ces anciens fonctionnaires du MT Q qui ont quitté vers les firmes ont reçus au fil des ans de multiples cadeaux comme des voyages de pêche, de chasse, party d’huîtres, partie de golf et des billets pour divers spectacles.

      Luc Berthold a été directeur de cabinet des ministres Normandeau et Boulet.

      http://www.lapresse.ca/la-tribune/actualites/20140

  • Lucien Cimon - Abonné 9 juin 2016 11 h 17

    C'est ce qu'on appelle nettoyer de la bouette avec de la boue.
    Quand allons-nous pouvoir sortir de ce cercle vicieux?

  • Gilles Théberge - Abonné 9 juin 2016 11 h 20

    Couillard nie l'évidence

    Comment cela peut-il n'être qu'un simple problème administratif?

    Poëti qu'on l'aime ou non, à sonné la cloche, tant et si bien qu'on l'a déplacé. Il n'avait pas tort de dire que un sous-ministre c'est puissant!

    Et aujourd'hui tout donne raison à poëti.

    Mais Philippe nie.

    C'est peut-être Philippe qu'on devrait remplacer...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 juin 2016 17 h 48

      PAS PEUT-ETRE,SUREMENT. J-P.GRISE

  • Gérard Raymond - Abonné 9 juin 2016 11 h 35

    A-t-il enfin vraiment compris ?

  • Marc Leclair - Inscrit 9 juin 2016 11 h 39

    Faut dormir au gaz pas qu'à peu près, pour se faire rouler dans la farine autant par ce gouvernement de gangsters du Dimanche, et les reporter au pouvoir. Mais qu'est-ce qu'on attend pour leur donner leur 4%?

    La politique provinciale est tellement vaudevillesque que j'ai l'impression parfois que les gens confondent Assemblée Nationale et Théâtre d'été. Sortez les tomates!