Couillard commence à réhabiliter Hamad

« Peut-être que le ministre [Sam Hamad, photo] est blanchi sur les processus que son ministère avait suivis, mais il ne l’est absolument pas pour ses activités douteuses en marge du processus administratif », a affirmé le leader parlementaire caquiste, François Bonnardel.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne « Peut-être que le ministre [Sam Hamad, photo] est blanchi sur les processus que son ministère avait suivis, mais il ne l’est absolument pas pour ses activités douteuses en marge du processus administratif », a affirmé le leader parlementaire caquiste, François Bonnardel.

Le premier ministre Philippe Couillard a tenté d’amorcer jeudi la réhabilitation de l’ex-ministre Sam Hamad, empêtré dans des allégations de trafic d’influence depuis plus de deux mois.

Mitraillés par les photographes, les deux hommes se sont dirigés ensemble vers le Salon bleu où le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, s’apprêtait à déposer le rapport de la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, sur la subvention de 8,5 millions de dollars accordée au printemps 2012 à Premier Tech.

L’ancien président du Conseil du trésor a été blanchi par la VG, selon M. Couillard. « Ça montre qu’il ne faut pas porter de jugement trop tôt », a-t-il affirmé plus de deux mois après la diffusion du reportage-choc d’Enquête ayant entraîné la mise à l’écart de M. Hamad du Conseil des ministres.

« Mon seul rapport ne peut ni blanchir ni noircir qui que ce soit », a toutefois souligné Mme Leclerc en conférence de presse. D’ailleurs, elle a renvoyé les questions concernant l’« intention » derrière l’octroi de l’aide financière à Premier Tech au commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale. Elle a pour sa part passé au peigne fin la « procédure » d’octroi de l’aide financière à Premier Tech. Elle y a trouvé des lacunes.

Parmi elles, le manque de « documentation ». La subvention prévue pour l’entreprise Premier Tech a bondi de 7,5 millions à 8,5 millions durant les « négociations », et ce, sans explications. « Ce n’est pas une bonne pratique », a souligné Mme Leclerc.

Le leader parlementaire de l’opposition officielle, Bernard Drainville, est d’avis que « la seule explication possible » de la majoration de la subvention, « c’est le déjeuner à 1 million de dollars » le 9 février 2012 entre le vice-président du conseil d’administration de Premier Tech, Marc-Yvan Côté, et le ministre du Développement économique, Sam Hamad. « Ça fait cher la tranche de bacon », a-t-il lancé en Chambre.

Le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, l’a aussitôt accusé d’« acharnement très mal fondé » et de « salissage systématique » à l’endroit de M. Hamad. Pourtant, « il n’y a rien dans le rapport de la VG qui absout Sam Hamad dans le dossier du trafic d’influence chez Premier Tech, au contraire », a soutenu de son côté l’élue solidaire Manon Massé.

Informations inexactes

Par ailleurs, le gouvernement de Jean Charest a autorisé par décret une subvention de 8,5 millions, mais également un prêt sans intérêt de 11,2 millions provenant du Fonds du développement économique (FDE) sur la base d’informations inexactes et manquantes, estime la VG. Elle a notamment relevé des « inexactitudes » dans les différentes analyses effectuées par Investissement Québec pour établir la valeur économique du projet d’investissement total de 111,2 millions de dollars, portant sur le développement de nouveaux produits et procédés de fabrication ainsi que sur l’amélioration de ses infrastructures et outils technologiques manufacturiers. « Contrairement à ce qui a été présenté dans le mémoire au Conseil des ministres, le ratio de la valeur économique du projet était inférieur au seuil de rentabilité », note-t-elle dans un rapport de 20 pages où le nom de Sam Hamad n’apparaît à aucun endroit. Cela dit, la VG constate que les retombés étaient surévaluées dans quatre autres dossiers sur 20 examinés au hasard.

D’autre part, le Conseil des ministres a été privé d’un avis du secrétariat du Conseil du trésor (SCT) stipulant que certaines dépenses d’investissement présentées par Premier Tech — acquisition de matériel informatique et de logiciels, aménagement de postes de travail, réaménagement du réseau électrique et des conduites d’eau — « sont discutables », a fait remarquer la VG.

Selon la Coalition avenir Québec, Sam Hamad n’est « pas sorti du bois ». « Peut-être que le ministre est blanchi sur les processus que son ministère avait suivis, mais il ne l’est absolument pas pour ses activités douteuses en marge du processus administratif, a affirmé le leader parlementaire caquiste, François Bonnardel. Sam Hamad et les apparatchiks libéraux ont festoyé trop vite dans les médias. »

La vérificatrice générale recommande au ministère de l’Économie et à Investissement Québec de s’assurer que les mémoires déposés au Conseil des ministres sont « appuyés par une analyse complète, précise et à jour de tous les facteurs à considérer », qui comprend une « évaluation approfondie et documentée de la pertinence des dépenses soumises pour le projet proposé » ainsi qu’« un juste calcul de la valeur économique du projet proposé ».

10 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 3 juin 2016 00 h 58

    Couillard ne dit pas la vérité

    Le rapport de la VG n'a pas blanchi Hamad.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 3 juin 2016 04 h 14

    Une affaire peut-elle être à la fois....

    ...légale et immorale ? Quelle nuance existe-t-il entre moralité et éthique ?
    Gaston Bourdages, auteur.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • William Dufort - Abonné 3 juin 2016 08 h 39

      L'esclavagisme était légal, la torture aussi, etc...Légal signifie conforme à la loi, et la loi n,est pas toujours morale ou éthique.

  • William Dufort - Abonné 3 juin 2016 07 h 45

    Pis après?

    Un chum, c't un chum...

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 3 juin 2016 07 h 55

    Pourquoi faut-il sans cesse «100 fois revenir sur l'ouvrage»?

    Les recommandations adressées par la vérificatice générale au ministère de l'Économie et à Investissement Québec vont de soi et il est bon de les rappeler. Ce qu'elles négligent toutefois, c'est la difficulté de les appliquer lorsque les personnes en autorité ne s'attendent généralement pas à ce qu'elles le soient, et ceci malgré la possibilité que le vérificateur général du Québec répète annuellement les mêmes reproches! Dans la situation contraire, le ministre Hamad et son sous-ministre auraient au moins exigé qu'une aussi grosse et performante compagnie comme Premier Tech refasse ses devoirs et justifie correctement sa demande! Ce qu'il faudrait savoir, c'est pourquoi les appareils administratifs et politiques ne s'attendent probablement pas au suivi de ces règles minimales et au respect des recommandations du vérificateur général? Assisterions-nous à un tel laxisme si cet argent était le leur? C'est comme si on empêchait la « machine» de s'améliorer.

  • Jean-François Trottier - Abonné 3 juin 2016 08 h 02

    L'art de tirer des conclusions

    Le rapport de la vérificatrice est un rapport administratif, qui porte sur la structure administrative et non sur les personnes impliquées.

    Il ne porte en rien sur les gestes ou les intentions des acteurs en cause.

    Et le sieur Couillard, si prompt a demander que l'on évite les associations abusives dans nos jugements, porte lui-même un jugement hâtif dans le sens contraire.

    Mais doit-on s'attendre à autre chose de la part de cette réincarnation de Taschereau, qui avait même réussi à s'embourber dans les culottes à Vautrin ? Même verbe onctueux et faussement humaniste, même flou paternaliste...

    Souhaitons tout d'abord qu'aucun Duplessis n'advienne dans ce paysage dévasté à la merci des rois nègres, et sachons regarder ces gestes pour ce qu'ils sont: du mauvais théâtre.

    Et au passage je souhaite aux journaliste de ne pas tomber dans la kremlinologie quand ils commentent les images d'Épinal que ce gouvernement leur impose.