Les policiers sonnent l'alarme

Les policiers municipaux sonnent l'alarme. Québec risque d'encourager la création d'une «police parallèle» contrôlée par des entreprises privées sur le territoire des municipalités s'il met en application les propositions de son livre blanc.

«Il faut mettre fin à l'empiétement de la police privée dans le domaine public. On a déjà trop laissé faire. La sous-traitance policière est une ineptie», a affirmé hier Yves Prud'homme, président de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ), lors de la commission parlementaire qui étudie le livre blanc intitulé La Sécurité privée, un partenaire de la sécurité intérieure.

Les propositions du livre blanc, lequel a été déposé en décembre par le ministre de la Sécurité publique Jacques Chagnon, parviennent à mécontenter tous les acteurs concernés. Alors que l'industrie de la sécurité privée redoute que son rôle soit limité par l'État, les policiers municipaux estiment au contraire que le gouvernement accorderait trop de responsabilités aux agents de sécurité.

En outre, le livre blanc propose que les agences de sécurité puissent obtenir des fonctions de surveillance et de gardiennage des lieux publics en concluant des protocoles de services avec des municipalités ou des organismes publics. Les municipalités pourraient aussi conclure avec ces agences des protocoles sur l'application des règlements municipaux et la tenue d'enquêtes criminelles.

Les policiers municipaux craignent que les villes «se paient une police parallèle à bon marché». «On a maquillé les agents de sécurité en officier de police et les équipements qu'ils utilisent pour leur travail — véhicules de patrouille, uniformes, insignes et autres — se sont étrangement rapprochés de ceux des policiers, semant la confusion chez les citoyens et tout cela de façon délibérée. En permettant la patrouille privée dans les rues publiques, les corps de police seront portés à se dégager de leurs responsabilités. On finira par se rapprocher des moeurs américaines qui sont aux antipodes des valeurs démocratiques», a lancé Yves Prud'homme.

En vertu des protocoles de services, les agences de sécurité pourraient aussi se voir confier des fonctions de maintien de l'ordre public, de transport de détenus et de jeunes délinquants, des compétences qui doivent être exclusivement publiques aux yeux des policiers municipaux. Or l'industrie de la sécurité privée estime que ces mêmes protocoles de services sont trop restrictifs.

Selon les policiers municipaux, les agents de sécurité doivent se limiter à la «prévention passive» et être obligés de signaler aux services publics tout crime constaté ou suspecté dans un lieu privé ou public. «La sécurité publique, tant en matière de prévention que de répression, ne peut relever d'un entrepreneur privé guidé par la concurrence et le profit et dont la préoccupation première sera de satisfaire le client, non la justice. Le conflit d'intérêts apparaît évident», a dit M. Prud'homme.

Selon la FPMQ, qui regroupe les associations syndicales de 8000 policiers, une révision de la loi sur les agences d'investigation ou de sécurité — inchangée depuis 1962 — est nécessaire, mais elle devrait avoir pour but de «corriger le détournement actuel des responsabilités publiques en faveur du privé».

Les policiers municipaux souhaitent que les agents de sécurité soient régis par un «code de conduite rigoureux».

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