Un nouveau choix pour mettre fin au «statu quo»

Le député péquiste Nicolas Marceau fait partie du groupe de députés et de militants qui veulent améliorer la situation constitutionnelle actuelle.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le député péquiste Nicolas Marceau fait partie du groupe de députés et de militants qui veulent améliorer la situation constitutionnelle actuelle.

Trois élus du Parti québécois sont persuadés d’avoir trouvé la clé pour briser le « monopole libéral » et « régler la question nationale une fois pour toutes », tout cela en un peu plus de six ans. Il s’agit de proposer officiellement aux Québécois deux choix : un Québec indépendant ou un « Canada renouvelé ».

Nicolas Marceau, Alain Therrien et Mireille Jean veulent « améliorer la situation [constitutionnelle] actuelle », quitte à donner une dernière chance au fédéralisme canadien. « Coûte que coûte. »

Pour y arriver, ils ont invité les candidats à la direction du PQ à s’engager à tenir un référendum, trois ans après une victoire électorale du PQ en 2018, durant lequel « les Québécois auraient à choisir entre l’indépendance et une nouvelle offre constitutionnelle du Canada ».

Le successeur de Pierre Karl Péladeau « doit écarter l’approche du référendum classique », où les électeurs sont appelés à se prononcer sur le projet indépendantiste au moyen d’un« Oui » ou d’un « Non », a fait valoir M. Marceau, lors d’une conférence de presse lundi. Pour l’occasion, il était accompagné des militants indépendantistes Catherine Fournier (ex-candidate bloquiste) et Louis Lyonnais (membre de l’exécutif du PQ de Bourget), en plus de ses deux collègues du caucus du PQ. « Il faut que l’ensemble des Québécois puissent gagner, quelles que soient leur langue et leur allégeance politique ; qu’ils soient fédéralistes, nationalistes ou indépendantistes », a-t-il poursuivi.

Respecter le choix

La victoire du camp des fédéralistes permettrait d’« améliorer » un tant soit peu la situation actuelle, a convenu le groupe des cinq. « Je ne peux pas parler pour l’éternité mais, de toute évidence, si l’option du fédéralisme renouvelé l’emporte, le Parti québécois devra reconnaître cette situation et il faudra mettre en vigueur le changement convenu. […] Cela dit, [malgré le fait] qu’il reconnaîtra une légitimité au Canada réformé, le Parti québécois devra être clair sur le fait qu’il priorisera toujours l’indépendance et travaillera sans relâche pour que ce soit cette option qui soit choisie par les Québécois au terme de la consultation populaire sur l’avenir du Québec », a répété l’ex-ministre des Finances devant la presse.

Cependant, M. Marceau a souligné à gros traits la nécessité de donner une « véritable chance aux deux options », à défaut de quoi le PQ peut tout de suite renoncer à une « jonction » des « camps indépendantiste et nationaliste », qui faciliterait grandement l’élection d’un gouvernement péquiste le 1er octobre 2018.

Un gouvernement péquiste agirait « de bonne foi », a-t-il martelé. Dans cet esprit, il mettrait sur pied un « Secrétariat à l’indépendance » et un « Secrétariat au fédéralisme renouvelé » dotés de « moyens suffisants et identiques » pour faire la promotion de leur projet respectif. Le « Secrétariat au fédéralisme renouvelé » serait dirigé par un « négociateur crédible ». Il aurait la lourde tâche de tenir des pourparlers avec Ottawa afin de soumettre, avec lui, une « nouvelle offre constitutionnelle du Canada », sinon le « statu quo » et l’indépendance seront offerts aux Québécois.

La Coalition avenir Québec propose une réforme du pacte entre Ottawa et Québec, mais ses efforts sont « voués à l’échec » puisqu’un gouvernement dirigé par François Legault écarterait toute possibilité de tenir un référendum. Ainsi, sans ce « levier », il, « ne sera jamais capable de forcer le gouvernement canadien à présenter une offre aux Québécois », prétend le « groupe des cinq ». « [Avec cette proposition], on donne aux nationalistes le couteau qu’ils peuvent appliquer sur la gorge du gouvernement fédéral », a fait valoir M. Marceau, à la veille de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.

En plus de présider la « jonction » des « camps indépendantiste et nationaliste », la proposition est de nature à favoriser la convergence du mouvement indépendantiste, font le pari ses cinq instigateurs. « Une convergence réussie permettrait au camp des indépendantistes de se présenter en rangs serrés et organisés », a souligné M. Marceau.


Les candidats se prononcent

Véronique Hivon contre le statu quo

« Je suis également profondément anti statu quo : je propose aux Québécois non seulement de changer de gouvernement, mais aussi de changer de pays. […] Le Parti québécois ne peut et ne doit qu’être fidèle à ce qu’il est, un parti résolument indépendantiste. J’[invite mes collègues] à bâtir un projet de pays concret, branché sur les préoccupations et les aspirations des Québécois, comme ils le souhaitent, et à laisser à Philippe Couillard et François Legault le fardeau de la preuve de leurs illusions fédéralistes, renouvelées ou non 


Jean-François Lisée voit des embûches

« Il y a au moins trois obstacles infranchissables pour un chef qui proposerait cette direction-là. Le premier, il faut convaincre une majorité de membres du PQ de financer une proposition de renouvellement du fédéralisme. […] Le deuxième, on se retrouve toujours avec la hantise référendaire de devoir se déchirer sur une question aussi forte sans une préparation plus longue. Le troisième, ça suppose que le gouvernement fédéral va vouloir jouer avec nous. »


Martine Ouellet dit non

« Le Canada n’est pas réformable. Après 1982 et la “Nuit des longs couteaux”, le lac Meech, Charlottetown où le peuple du Canada a dit “Non” au Québec, car il y en avait trop pour le Québec et le peuple du Québec a dit “Non” au Canada, car il n’y en avait pas assez pour le Québec. […] Il faut en finir avec le statu quo. […] Au bout du compte, c’est l’indépendance qui nous rallie tous et toutes, et je demeure convaincue que l’engagement clair à réaliser l’indépendance dans le premier mandat est la clé de la convergence. »


Alexandre Cloutier n’a pas souhaité commenter la proposition de Nicolas Marceau et de ses collègues lundi.
28 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 31 mai 2016 05 h 41

    On sait où le beau risque de René Lévesque nous a mené. J'espère que ces épouvantails du Canada renouvelé, ces rêveurs décrochés de la réalité, (le Canada n'a aucunement l'intention de se renouveler), cesseront d'être une entrave au projet unique et incontournable de l'indépendance du Québec.

    • Claude Bariteau - Abonné 31 mai 2016 08 h 27

      Vous avez raison, madame. Ces corbeaux sont déphasés.

      En effet, selon eux, comme aucun parti n'ose faire une « nouvelle offre constitutionnelle » au Canada, un gouvernement du PQ doit s'y atteler en créant un secrétariat qui en négocierait le contenu avec Ottawa. À défaut d'y parvenir, avancent-ils, les Québécois seraient invités à choisir le « statu quo » ou l’indépendance.

      En quelque sorte, ces corbeaux veulent inviter le renard à préparer un menu pour « corbeaux et renards », oubliant que les renards en ont déjà refusé deux et que le renard en chef ne composera pas avec un chef réputé un menu à faire perdre du poids aux siens.

      De son terrier, ce renard en chef lui répondra qu’il a déjà un menu et est ouvert à des suggestions pour le prendre appétissant aux corbeaux, car il n’entend pas les sous-alimenter car ils contribuent, par flatterie, à leur fournir des aliments qui les font bien manger.

      Interpellés, les corbeaux pensèrent alors lui faire des suggestions et se mirent à la tâche. Comme dans la fable, le fromage qu’ils tenaient en bouche tomba, ce qui réjouit le chef renard conscient que les siens y trouveront l’énergie pour vivre hors de leur terrier.

      C’est ce à quoi conduit la proposition des trois corbeaux. Perchés sur leur branche, ils ne voient pas que les corbeaux ont compris qu’ils doivent composer eux-mêmes leur menu et ne plus alimenter les renards qui les épient. Ils savent même qu’il leur revient de composer leur menu et cuisiner avec des chefs qui marchent à leur côté.

      Or, à voir aller les chefs aspirants et les corbeaux perchés, j’ai un mauvais pressentiment. Aucun ne se rend compte qu’il faille trouver une batterie de cuisine mieux outillée que celle, « référendiste », désormais sous le contrôle des renards, ce qui implique de la remodeler ou d’en utiliser une nouvelle.

    • Monique Bisson - Abonné 31 mai 2016 08 h 30

      Pleinement d'accord avec vous, Mme Bélanger, et j'invite M. Marceau et ses collègues à venir vivre sur la rive nord de la rivière des Outaouais pendant quelque temps :))

      Vivement l'indépendance du Québec!

      Monique Bisson, Gatineau

    • Benoit Toupin - Abonné 31 mai 2016 10 h 29

      Je ne vois pas la propostion comme un retour au beau risque mais bien un processus...

      1) où le statu quo est mis à l'écart.

      2) où ceux qui espère encore le fédéralisme renouvelé (incroyable mais il y en a encore beaucoup) ont l'obligation de concrétiser l'incroyable espoir dans un délai précis,

      3) où les souverainistes s'engagent à définir les contours du pays souhaité.

      Je souhaite que l'on permette à toutes les avenues et idées d'être exprimées et reçues avec ouverture d'esprit. Depuis trop longtemps, les fédéralistes du statu quo peuvent se permettre de laisser aller passivement les choses. Tros souvent, des nationalistes comme ceux de la CAQ laissent croire qu'ils peuvent s'accomoder du fédéralisme et obtenir des concesssions sans jamais en faire la moindre preuve. Depuis trop longtemps les souverainistes sont les seuls a soutenir le fardeau de la preuve...

      La proposition du groupe Marceau est audacieuse mais représente une avenue réaliste, équilibrée et engageante pour la population et tous les partis politiques...

      La rejeter trop rapidement est peut-être une réaction à laquelle on a tendance à s'adonner entre souverainistes engagées, mais il faut s'adresser à la population toute entière; l'histoire est à eux...

  • Gilles Delisle - Abonné 31 mai 2016 05 h 59

    Un recul ridicule

    Le Parti Québécois a été fondé en 1970, par René Lévesque, par ce que le Québec avait déjà donné TOUTES LES CHANCES au fédéralisme de fonctionner, ce fut la raison pour laquelle le PQ a été crée! Comment expliquer que des élus péquistes opèrent ce recul inexplicable! Un référendum, c'est pour se donner un pays, parce qu'on n'en peut plus de rester dans cette " maison de fous", comme disait Lévesque.

  • André Chevalier - Abonné 31 mai 2016 06 h 32

    Une question claire!

    Avant de demander à la population de se prononcer sur un fédéralisme renouvelé, ce qui impliquerait une modification de la constitution actuelle, il faudrait peut-être savoir si celle-ci peut servir de base à des négociations. Pour ça, il faudrait poser la question dans un référendum, à savoir:«Voulez-vous que le Québec adhère à la constitution canadienne?»
    Bien que le gouvernement québécois, tous partis confondus, refusent depuis 1982 d'adhérer à cette constitution, on a jamais posé la question au peuple. Il serait temps de d'en avoir le coeur net.
    Devant une réponse négative claire à cette question, le gouvernement québécois ne devrait plus se considérer lié par cette constitution et serait parfaitement légitimé d'entamer un processus vers l'indépendance en récupérant ses pouvoirs les uns après les autres.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 mai 2016 09 h 34

      Avant de se lancer dans cette aventure, avez-vous analysé la portée de tous les résultats possibles ?

      Et si les Québécois votaient pour la Canadian Constitution, seriez-vous prêt à admettre que les provinces anglophones avaient raison de nous l'imposer et que tous les gouvernements du Québec jusqu'ici (Libéraux comme Péquistes) avaient tort de refuser de signer ce texte constitutionnel ?

    • André Chevalier - Abonné 31 mai 2016 11 h 39


      Monsieur Martel,

      Si la majorité des québécois acceptent d'adhérer à la constitution canadienne telle qu'elle est, je vais cesser de militer pour l'indépendance et je vais passer à d'autres choses.

      Par contre, si la réponse est négative, cette constitution ne liera plus les québécois et ne pourra pas servir de base de discussion pour une éventuelle réforme de la confédération. Les fédéralistes comme Couillard et ses libéraux ne pourrons plus faire miroiter ces possibilités de réforme pour récolter des votes. Ils devront accepter le verdict de la population et en prendre acte.

  • Pierre Desautels - Abonné 31 mai 2016 07 h 33

    Pourquoi faire simple...


    ...quand on peut faire compliqué. Comme d'autres dernièrement, certains en ont fumé du bon. Philippe Couillard doit être mort de rire. Toute cette mise en scène n'est qu'une nième mouture pour le PQ de se placer sur la défensive. D'un ridicule total...

    • Lise Bélanger - Abonnée 31 mai 2016 13 h 52

      En effet, ridicule... et en plus, dangeureux et embrouillant pour les tièdes ou indécis.
      C'est peut-être bien ce qui est recherché...nous embrouiller encore!
      Si les représentants péquistes sont si frileux, il est grand temps de les changer.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 mai 2016 07 h 45

    Le requiem de la convergence

    Ce n’est pas le rôle des Indépendantistes d’offrir au Canada une _dernière_ dernière chance. Même les Fédéralistes québécois ont abandonné le mirage du renouveau constitutionnel canadien.

    De plus, il n’est pas sage de tenter de négocier un nouveau Canada en position de faiblesse, c’est-à-dire lorsque l’option souverainiste est aussi minoritaire qu’il l’est actuellement.

    Les accords de Meech et de Charlottetown ont démontré que la Canadian Constitution porte en elle-même un verrou insurmontable qui rend impossible toute réforme substantielle.

    En suscitant un espoir futile de renouveau constitutionnel, les trois élus du Parti Québécois confirment le préjugé selon lequel le PQ serait miné de l’intérieur par des gens qui ne croient plus en la cause souverainiste.

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2016 11 h 28

      D'accord avec l'ensemble de votre commentaire M. Martel.

      Le Canada a clairement démontré à quel point il est irréformable.

      Ces gens-là doivent sûrement compter sur l'amnésie collective pour avancer une telle proposition.