Les élus de QS préparent leur sortie

Françoise David n’a pas voulu confirmer qu’elle se présenterait aux élections de 2018.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Françoise David n’a pas voulu confirmer qu’elle se présenterait aux élections de 2018.

Alors que Québec solidaire déploie tous ses efforts pour sortir de la marginalité et faire élire une plus grande députation à l’Assemblée nationale, son premier élu, Amir Khadir, dit vouloir partir « le plus rapidement possible » pour laisser sa place à la relève. Et il n’y a pas que lui. Ce sont toutes les figures emblématiques du parti qui doivent céder leur place, clame le politicien à l’issue d’un congrès célébrant le 10e anniversaire de Québec solidaire.

« J’ai l’intention de faire en sorte que Québec solidaire change la culture politique. Et l’un de ces changements, c’est que les gens en politique n’en fassent pas une carrière. Donc, mon souci premier, c’est de démontrer à la première occasion que moi, que Françoise [David], que Andrés [Fontecilla], que Manon [Massé], on n’est pas là pour faire carrière. Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’à la première occasion, il faut qu’on cède notre place. »

Il s’agit, selon lui, d’une « exigence démocratique du changement de culture » que Québec solidaire doit amener. « Je dois partir le plus rapidement possible, c’est une exigence de l’ambition qu’on s’est donnée […] On veut assurer une relève toujours grandissante, toujours différente, pour que le poids individuel du leadership que Françoise ou moi exerçons ne pèse pas trop lourd dans le destin collectif. »

Erreur péquiste

Amir Khadir fait le parallèle avec le mouvement indépendantiste qui « pâtit depuis 15 ans » du départ de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, justement « parce que les figures de représentation individuelle pèsent encore trop lourd sur le destin collectif ». Et c’est ce qu’il espère changer en donnant lui-même l’exemple. Mais peut-être pas tout de suite, concède-t-il.

« On ne m’autorise pas à partir parce que pour gagner plus de comtés, on a encore besoin de moi. Mais dès que ce sera envisageable de gagner plus de comtés sans que je sois là, je vais partir. »

Françoise David

Sa collègue députée de Gouin, Françoise David, a affirmé publiquement il y a quelques semaines qu’elle songeait à la retraite. En conférence de presse, dimanche, la politicienne de 68 ans a soutenu qu’elle avait de grands espoirs de faire élire « plusieurs, plusieurs députés » aux élections de 2018. Mais elle n’a pas voulu confirmer qu’elle s’y présenterait elle-même, répondant que « QS n’est pas le parti d’une seule personne. » Elle parle elle aussi de la relève, qui se fait nombreuse selon elle et que le public devrait connaître « très bientôt ».

Souveraineté

Réunis en congrès pendant toute la fin de semaine à l’UQAM, quelque 400 membres ont été appelés à voter sur différents aspects du programme, notamment sur la mécanique menant à un éventuel référendum. Le parti débattait pour savoir s’il devait donner à une assemblée constituante le mandat de préparer la constitution d’un Québec souverain ou si un gouvernement solidaire élu donnerait plutôt mandat ouvert à une assemblée élue qui proposerait un projet de constitution après avoir consulté la population. « Ce qui a été adopté finalement, c’est le maintien de la proposition initiale de 2009, c’est-à-dire un mandat ouvert », explique Françoise David.

Cette dernière se réjouit de voir que l’idée d’une assemblée constituante, que Québec solidaire était seul à porter il y a quelques années, est reprise par d’autres acteurs politiques et sociaux au sein du mouvement souverainiste. « C’est une bonne nouvelle. Est-ce que ça pourrait à terme faire en sorte que chacun devra mettre de l’eau dans son vin ? On verra. »

Appuis

Québec solidaire, qui vise le pouvoir dans un horizon de dix ans, a reçu plusieurs appuis de taille au cours de la soirée d’anniversaire qui se tenait au Club Soda à Montréal, samedi soir. Dans une courte vidéo, le réalisateur Xavier Dolan a lancé des fleurs aux centaines de militants de Québec solidaire réunis pour l’occasion. « Heureusement, il y a des gens qui ne pensent pas juste au présent ou au futur proche, au futur qui rapporte, mais à l’avenir. Ces personnes-là travaillent pour une société et non pas pour un système ou juste un but ou un dogme. Ces personnes-là ressentent les injustices, les nécessités et imaginent et dessinent la suite […] Ces personnes-là, c’est vous. »

Victimes du système Uber

Interpellé par un jeune sympathisant immigrant qui, à défaut de trouver un autre emploi, travaille pour Uber afin de faire vivre sa famille, Amir Khadir y est allé d’une comparaison avec le monde interlope. « Il y a des vendeurs de drogue à Montréal-Nord, et j’en connais, qui vendent de la drogue dans la rue parce qu’ils ont une famille à faire vivre. Est-ce que ça m’autorise à dire que vendre de la drogue doit être légalisé pour permettre à ces gens-là de vendre du crack ? Non. Je lui ai dit : tu fais partie des victimes du système. » Selon lui, Uber ne représente pas l’économie du partage, mais une « multinationale » qui fait de « l’évitement fiscal » et qui veut « tuer la compétition » pour mieux augmenter ses prix par la suite. « Le modèle Uber, c’est exactement la représentation de tout ce que nous disons que nous voulons faire différemment. En fait, on existe pour contrer les Uber de ce monde, pour contrer les entreprises capitalistes, ravageuses multinationales qui n’ont aucun respect pour les règles qui touchent à la protection des travailleurs, des lois sociales et des lois fiscales. »
20 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 30 mai 2016 07 h 44

    L'utopie existentielle de la gauche/droite

    "Ces personnes-là travaillent pour une société et non pas pour un système ou juste un but ou un dogme." (Xavier Dolan).

    Vraiment. La richesse doit venir de quelque part si on élimine le capitalisme. La république cubaine a mis en pratique les politiques économiques que Québec solidaire propose, signe et revendique dans son programme économique. On peut aussi voir le résultat en temps réel dans la perle des Grandes Antilles. C'est désolant. Mais quand on est un subventionné, on croit que l'argent apparaît comme par miracle. Et il y a-t-il quelque chose de plus capitaliste que le festival de Cannes ?

    L'esprit dogmatique de Québec solidaire va à l’encontre de la nature humaine puisque, malheureusement, tous ne sont pas nés avec la même intelligence, les mêmes compétences et les mêmes talents. Ce déni de l’individu dans une société socialiste conduit les gens à une résignation qui est inversement proportionnelle à la qualité et à la quantité de travail qu’ils accomplissent ou qu’ils peuvent accomplir. Cette analyse est peut-être darwinienne dans son essence, mais illustre bien pourquoi le système capitaliste est un succès sur toute la planète.

    Évidemment ici, on ne parle pas du capitalisme sauvage, de l’économie néolibérale, du libre échange, de la mondialisation et des magouilles qu'on a entendues à la commission Charbonneau qui sont des tricheries. C’est l’opposé de la pensée capitaliste, quelle soit rhénane ou bien anglo-saxonne. La dialectique gauche/droite n’existe pas; tout ce que vous retrouvez dans les gouvernements de gauche ou de droite, ce sont des gens riches et puissants qui exploitent les autres.

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 mai 2016 09 h 59


      " La richesse doit venir de quelque part si on élimine le capitalisme." -Cyril Dionne

      Démagogie quand tu nous tiens..

      1) QS n'a pas l'intention d'abolir le capitalisme. QS est un parti social-démocrate réformiste.

      2) La richesse existe déjà au Québec, le problème c'est qu'elle est mal répartie. Il y a trop de très riches et trop de très pauvres.

      Et c'est précisément le rôle de l'État de répartir équitablement la richesse.

      - CM

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 mai 2016 10 h 07

      " Cette analyse est peut-être darwinienne dans son essence, mais illustre bien pourquoi le système capitaliste est un succès sur toute la planète. "?

      M. Dionne, êtes-vous au courant que la planète terre se réchauffe?

      " Mais quand on est un subventionné, on croit que l'argent apparaît comme par miracle. "?

      J'ai l'impression que vous connaissez mal le parcour de M. Dolan pour parler de lui ainsi! Mais bon, libre à vous de vous exprimer haut et fort sur ce site...

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 mai 2016 10 h 40

      " Et il y a-t-il quelque chose de plus capitaliste que le festival de Cannes ?" (M. Dionne)?

      Québécor?

    • Cyril Dionne - Abonné 30 mai 2016 19 h 19

      @ MM. Montmarquette et Boulanger

      QS est anticapitaliste. Point à la ligne. Difficile de rajouter plus que cela. Et le socialisme que prônent nos solidaires n'a rien à voir avec la social-démocratie. Le rôle de l'État n'est pas de répartir la richesse, mais bien de s'assurer que les règles sont les mêmes pour tous. Toute une différence.

      Et, où êtes-vous lorsque le parti "liberal" de Philippe Couillard octroie des subventions de plus de 500 millions à Bombardier en plus du cadeau de 1,3 milliards ? Les avions qui seront vendus par Bombardier à Delta Airlines (américain) seront subventionnés à plus de 70% par les contribuables québécois. Ce sont des "make work projects".

      Bien oui M. Boulanger, je suis concerné pour le réchauffement climatique parce que je crois fermement à la science naturelle. Et où êtes-vous sur le pipeline de l'enfer (d' "Energy East") ? Nulle part. Moi aussi je suis concerné parce que celui-ci passe juste en face de chez moi. Et les gens des régions se foutent bien de l'électrification des transports à Montréal parce que non seulement ils ne pourront pas en profiter et qu'ils produisent l'énergie nécessaire pour nos citadins, mais bien parce qu'ils les subventionnent alors qu'eux n'ont rien en retour.

      Ceci étant dit, Xavier Dolan, est un fleuron québécois qui a droit à son opinion. Dans une démocratie, nous somme libres de dire des idioties et ceci n'épargne pas nos vedettes de Cannes. Mais posez-vous la question. Pourquoi est-ce que la plupart des cinéastes et des réalisateurs de renoms et talentueux ont quitté la sphère d'Hollywood et sont inexistants aux autres festivals de films incluant notre petit rendez-vous à Cannes ? Parce qu'avec un clic de souris, vous pouvez avoir des productions hollywoodiennes qui ont coûté des millions à portée de la main avant-même les sorties publiques. L'argent est maintenant dans les séries de télévision et non plus dans les films. La mondialisation et Internet, vous connaissez ?

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 mai 2016 20 h 21

      @ M. Dionne

      M. Dionne, je vous signale que ma question sur les changements climatiques a été formulé en réaction à vos beaux mots pour le système capitaliste qui... détruit la planète (" [...] le système capitaliste est un succès sur toute la planète).

      Quant à M. Dolan, je vous ai simplement signalé que j'ai l'impression que vous connaissez mal son parcour pour parlez de lui comme vous le faites (" Mais quand on est un subventionné, on croit que l'argent apparaît comme par miracle. ").

      Voilà!

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2016 07 h 03

      À Cyril Dionne,

      " Le rôle de l'État n'est pas de répartir la richesse, mais bien de s'assurer que les règles sont les mêmes pour tous." - Cyril Dionne

      Cette affirmation est une contradiction à sa face même puisque les riches disposent de droits que les pauvres n'ont pas.

      Comment par exemple affirmer qu'une règle de droit est la même pour un riche que pour un pauvre, quand il en coute une fortune pour poursuivre une compagnie qui empoisonne des citoyens mais qui dispose de millions pour se défendre, alors que le citoyen ordinaire ne dispose même pas des moyens nécessaires pour la poursuivre?

      - Comment affirmer que la règle du droit à la vie est la même pour tous, quand on sait que l'espérance de vie est de 10 années inférieure dans les quartiers riches que dans les quartier pauvres?

      Et pourquoi donc la plupart des gouvernements dans le monde ont-il adopté un système d'imposition progressif si ce n'est pour taxer d'avantage les riches que les pauvres?

      Tout votre charabia politique et votre étiquetage sans aucun exemple concret contre QS ne tiens pas la route. Et j'espère que le public saura faire la différence entre une campagne de peur et des arguments soutenus par des preuves.

      L'enfer est rouge et le ciel est bleu disait Maurice Duplessis dans les années 30'..

      Et en ce qui me me concerne votre bonhomme 7 heures socialiste ne vole pas plus haut que ça.

      Christian Montmarquette

  • Jean Lapointe - Abonné 30 mai 2016 07 h 59

    Il n'y a pas de quoi se réjouir à mon avis.

    « Cette dernière (Françoise David) se réjouit de voir que l’idée d’une assemblée constituante, que Québec solidaire était seul à porter il y a quelques années, est reprise par d’autres acteurs politiques et sociaux au sein du mouvement souverainiste.»

    Pour moi il n 'y a pas de raison de s'en réjouir parce que l'idée d'une constituante avant l'indépendance est complètement absurde.

    C'est que tant que nous ne serons pas officiellement des citoyens québécois, nous serons officiellement des citoyens canadiens et vous ne pouvez quand même pas demander à des citoyens canadiens dont un grand nombre ne sont pas très favorables à la souveraineté du Québec et dont plusieurs sont franchement opposés à cette souveraineté de rédiger un projet de constitution pour un Québec indépendant à faire approuver par la population.

    Tous les indépendantistes peuvent y aller de leurs propositions mais il semble qu'il va de soi que ce n'est qu'une fois que le Québec sera officiellement indépendant politiquement qu' une assemblée constituante pourra être convoquée pour rédiger un projet de constitution à soumettre aus nouveaux citoyens québécois pour approbation ou rejet.

    Tous les projets déjà rédigés pourront alors servir comme documents de travail.

    Il m'apparaît essentiel que les participants à cette assemblés acceptent la décision qui aura été prise de faire du Québec un pays indépendant reconnu par les Nations unies. Les opposants auront déménagé ou devront se résigner.

    En attendant il faudra une constitution temporaire qui elle n'a pas besoin d'être approuvée par la population. Ce sera au nouveau gouvernement qui sera en place après la déclaration d'indépendance d'y voir.

    Cela m'apparaît comme tellement évident que je ne comprends pas comment il se fait qu'il y ait encore des indépendantitstes qui soient favorables à cette proposition.

    Cette proposition ne devrait pas être considérée par le Parti québécois.

  • Jean Lapointe - Abonné 30 mai 2016 08 h 25

    Est-ce bien mérité?

    »Donc, mon souci premier, c’est de démontrer à la première occasion que moi, que Françoise [David], que Andrés [Fontecilla], que Manon [Massé], on n’est pas là pour faire carrière. Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’à la première occasion, il faut qu’on cède notre place. »

    Non seulement les «chefs» de Québec solidaire se considèrent comme ayant le monopole de l'intelligence et celui de la vertu mais en plus ils se présentent comme des exemples à suivre alors que ce qu'ils poposent comme chose à faire ce n'est pas encore fait.

    C'est qu'ils sont encore là et on ne sait pas quand ils vont abandonner la poiitique.

    Pourtant il faudrait que tous les hommes politiques et femmes politiques fassent comme eux.

    Quelle modestie!

    On ne peut pas dire qu'ils ont une mauvaise opinion d'eux-mêmes et d'elles-mêmes en tout cas.

    Mais est-ce bien mérité?

    Personnellement je trouve cela insupportable.

    Comment peut-on en venir à se trouver supérieurs à tout le monde à ce point?

  • Patrick Boulanger - Abonné 30 mai 2016 09 h 16

    Allez Mme David, vous êtes encore jeune et énergique. Je vous invite donc à rester en place pour au moins deux (!) autres mandats (si le coeur y est toujours). C'est bien beau les discours de M. Khadir contre les politiciens carriéristes, mais j'estime qu'il est possible que QS ne survivent pas bien longtemps à votre départ. Le parti me semble encore bien fragile...

  • Jean Ranger - Inscrit 30 mai 2016 10 h 52

    Jean Ranger

    Pourtant le président des États-Unis doit se retirer après 2 termes (8 ans maximum) et poutant les USA fonctionne bien ....je crois que certains pourraient imiter cette façon de faire.

    • Marc Tremblay - Abonné 30 mai 2016 16 h 09

      Commentaire sans rapport.

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2016 06 h 41

      D'accord avec le commentaire de Jean Ranger, qui oui, a un rapport.

      La question de la limitation du nombre de mandats des élus et même des partis politiques, devrait par ailleurs être abordée dans un projet de constitution justement pour faire en sorte que des gens ou des organisations ne s'intallent pas au pouvoir en petits despotes ou en monarques irrévocables. Parce que comme le disait Lord Acton: «Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument ».