Les deux favoris tâteraient le pouls avant de lancer un référendum

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier
Photo: Jacque Nadeau Le Devoir Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier

Point de convergence. Les candidats à la direction du Parti québécois Alexandre Cloutier et Véronique Hivon proposent tous deux de déterminer s’il y aura un référendum dans un premier mandat d’un gouvernement péquiste, et ce, en fonction du degré de « préparation » et de « mobilisation » du mouvement indépendantiste.

Mais comment décréterait-on — une fois à la barre du PQ — que la « mobilisation » est suffisamment grande pour enclencher la « mécanique référendaire » ? « Ce sont des choses qui se sentent », a répondu M. Cloutier en marge de la Conférence nationale des présidentes et des présidents (CNPP) du PQ dimanche. « Il va y avoir différentes manières d’évaluer tout ça », a dit pour sa part Mme Hivon, jugeant « un peu prématuré d’être déjà rendu à l’évaluation de la mobilisation qui aura cours dans deux ans ».

[Les Québécois] ne veulent surtout pas un chèque en blanc. Ils veulent être rassurés, et c’est ce qu’on va faire.

Selon le député de Lac-Saint-Jean, le PQ a, avant tout, l’obligation de « soumettre » un projet d’indépendance « actualisé » à la population québécoise. « [Les Québécois] ne veulent surtout pas un chèque en blanc. Ils veulent être rassurés, et c’est ce qu’on va faire », a-t-il soutenu. Pour y arriver, le candidat de 38 ans promet de charger huit « chantiers » ou « comités » — formés de députés péquistes, d’experts et de militants indépendantistes — de rédiger le « projet d’indépendance du Québec » à compter de l’automne prochain. « Si [l’ex-chef d’Option nationale] Jean-Martin Aussant souhaite nous aider au comité Finances, il est le bienvenu », a-t-il lancé.

Le consensus, mais pas à tout prix

Alexandre Cloutier a reproché dimanche à son adversaire Véronique Hivon de consentir trop d’énergie à l’élaboration d’une « démarche commune menant à l’indépendance », qui serait avalisée par l’ensemble des acteurs du mouvement indépendantiste. « Il faut arrêter d’attendre d’être tous d’accord. Il faut foncer », a-t-il plaidé.

Le PQ « reculer[ait], retourner[ait] en arrière » s’il boudait à ce moment-ci les travaux des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), a fait valoir Mme Hivon. Promettant une « tournée de mobilisation » en 2017, la députée de Joliette a insisté sur la nécessité de « remettre les Québécois en marche, pas autour d’une mécanique ou d’une date, autour d’un projet emballant porteur d’espoir ». « Les citoyens sont au coeur de ma démarche. Je ne crois pas dans les démarches qui vont du haut vers le bas. Je crois dans celles qui partent de la base », a-t-elle affirmé, accusant à demi-mot M. Cloutier de proposer une approche politique allant « de haut en bas ».

Destination 2022 ou 2018 ?

De son côté, Jean-François Lisée a mis en garde les membres du PQ contre les dangers associés à la proposition de M. Cloutier de tenir huit chantiers pour élaborer le « projet d’indépendance du Québec » sans pour autant promettre de tenir un référendum. « C’est difficile de mobiliser lorsqu’on n’est pas certain de la destination. Moi, je dis : suivez-moi pour chasser les libéraux en 2018. Et suivez-moi pour avoir un rendez-vous indépendantiste en 2022. C’est plus mobilisant », a-t-il lancé.

La députée de Vachon, Martine Ouellet, n’a pas manqué l’occasion de déplorer le flou du plan d’accession à l’indépendance de M. Cloutier et de Mme Hivon. « Quand on veut réaliser un projet, il ne faut pas être gêné de ce projet-là. Quand on veut réaliser un projet, il faut l’assumer et avoir confiance », a-t-elle martelé, rappelant sa promesse de « réaliser l’indépendance » d’ici six ans.

Les non-alignés Alain Therrien et Nicolas Marceau tiennent mordicus à la tenue d’un référendum sur l’indépendance dans un premier mandat péquiste « qu’on le sente ou non ». « Il y a une façon d’arriver avec un référendum sur la souveraineté qui va faire en sorte qu’on aura l’appui de la majorité de la population québécoise. C’est du moins ce qu’on croit », a déclaré M. Therrien. M. Marceau et lui promettent d’en dire davantage à ce sujet mardi.
 

29 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 29 mai 2016 11 h 45

    Enrichissons notre vocabulaire

    Flair :
    Clairvoyance, finesse à deviner. En politique, le flair est directement issu des sondages internes.

  • François Beaulne - Abonné 29 mai 2016 12 h 21

    C'est pas sérieux!

    C'est pas sérieux cette déclaration de se fier à son flair. Et si son flair flanche, comme c'est déjà arrivé par le passé chex certains chefs du PQ, ce sera l'ensemble du mouvement souverainiste qui, encore une fois en subira les conséquences.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 30 mai 2016 15 h 22

      En effet! Et dangereux!

      Le flou et le mou permettront encore aux libéraux de répandre les pires bruits et la terreur!

      La souveraineté est au coeur de la pensée péquiste, mais il faudrait ne pas trop en parler, et seulement si mon petit doigt me dit que la population est prête à en entendre parler.

      La majorité estime que l'indépendance est une mauvaise idée! En vérité, elle n'en sait trop rien, mais elle se fie à quelques marchands de malheurs! Il faut renverser la vapeur et démontrer concrètement les gains à réaliser en étant libres de notre destinée! Il faut construire des équations qui montrent les avantages à gagner de la souveraineté et tenir un discours où les colonnes de chiffres remplacent les tirades à faire pleurer! Comme Martine Ouellet le croit, il faut foncer et voir dans la souveraineté la première condition d'un ¨bon gouvernement¨! Seuls les pleins pouvoirs pourront, je le crois, lui donner les moyens de mener le Québec autrement et d'apporter de significatifs changements.

      Pas plus que Jean Charest, Philippe Couillard n'a pas les deux mains sur le volant. Il est assis sur le siège derrrière et regarde attentivement sur quel chemin Justin va le transporter, sur quel terrain il va échouer! C'est lui - c'est-à-dire l'Ontario - qui a les clefs et, sur les grands enjeux, le pouvoir de décider! La première bataille à livrer doit aller de ce côté et mettre la main sur les clefs! Mais l'approche doit changer; il faudra davantage parler de comptabilité! Les caquistes pourraient s'y montrer de nouveau intéressés! Peut-être un libéral ou deux!

  • Patrick Boulanger - Abonné 29 mai 2016 13 h 22

    Si QS décidait de s'en remettre à son flair avant de tenir un référendum, bien des péquistes sur le site du Devoir déchireraient leur chemise à répétition!

    • Christian Montmarquette - Abonné 29 mai 2016 17 h 24

      ..et comment !!!

    • Raymond Labelle - Abonné 29 mai 2016 18 h 05

      On pourra économiser en tissu car QS s'en remettrait plutôt au résultat du travail de l'Assemblée constituante élue au suffrage universel et qui aura consulté la population pour déterminer le contenu de ce qui sera proposé par un référendum qui aurait nécessairement lieu pendant son premier mandat.

    • Pierre Hélie - Inscrit 29 mai 2016 20 h 23

      Je sors de ma retraite de ce site pour ramener sur Terre les apôtres du "Parti de la Vérité et de la Vertu". Tiré des mêmes pages où, je constate, ils sévissent de plus en plus:

      "Nous, nous sommes souverainistes. Au cours de cette assemblée constituante, nous allons prôner très activement l’indépendance du Québec. Mais c’est l’assemblée constituante souveraine qui va décider si oui elle veut aller dans cette direction-là", a précisé M. Fontecilla.

      Après le Cirque du Soleil, le Cirque du Vent!!! Bonne continuation à QS.

    • Raymond Labelle - Abonné 29 mai 2016 22 h 15

      Pour que l'assemblée constituante ait un mandat complet, on ne peut d'avance limiter ce mandat.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 mai 2016 06 h 42

      À M. Hélie. Chaque choix a ses avantages et ses inconvénients. Ma compréhension de la proposition de QS (dont je ne suis ni membre ni représentant autorisé, donc je ne garantis pas que je la représente bien) : que tous s'adonnent à une discussion démocratique consacrée uniquement à la détermination du cadre politique de la société et que la proposition de ce cadre proposée par référendum découle de cette discussion. Même s’il est possible que, suite à cette discussion, ça ne soit pas l’indépendance qui soit proposée.

      Un autre point de vue, c'est que l'indépendance est le but à viser par lui-même, peu importe le contenu de cette indépendance. Ce contenu pourrait être déterminé après coup. On s'en fout du contenu, tout ce qu'on veut c'est l'indépendance. C'est celui du PQ.

      Mon point de vue: il y a tant à faire dans notre juridiction actuelle (immigration, santé, sortie du pétrole, équité fiscale, éducation, etc.), on en a déjà plein les bras avec ça. Et il n'y a pas appétit pour un débat constitutionnel et un référendum dans la population actuellement. Le débat sur ces questions fait fuir le citoyen en courant et nous éloigne de la résolution de problèmes que l'on pourrait régler. Tout en permettant au PLQ de conserver le pouvoir en ne faisant rien d'autre que d'agiter l'épouvantail référendaire. Peut-être injuste et cruel, mais c'est comme ça.

      C'est partiellement le point de vue de JFL - qui préparerait quand même un référendum pour le second mandat.

      Hivon et Cloutier - référendum? P'têt' ben qu'oui ou p'têt ben qu'non - le critère déterminant de la décision étant le flair du ou de la chef(fe) à un moment donné, qui tombe après sa désignation comme chef(fe), bien entendu…

      Martine Ouellet: référendum au premier mandat.

      Ceci étant dit, le point de vue de QS est celui qui, d’après moi, est le plus près de l’idéal démocratique. Seul le principe de réalité m’en éloigne… à regret.

    • Michel Blondin - Abonné 30 mai 2016 09 h 33

      @M. Raymond Labelle,

      En premier, la position d’Alexandre Cloutier et de Véronique Hivon est du vrai vaudeville. Leurs positions nous entraînent vers des considérations chimériques. Les seules ayant une position franche sont Jean-François Lisée et Martine Ouellet.

      Lisée peut représenter une position semblable au Cheval de Troie qui est introduit dans le premier mandat, une sorte d’astuce, mais en se liant les mains derrière le dos pour promouvoir son option. Il se handicape pour montrer patte blanche. S’il perd l’élection de 2018, le PQ reculera dans l’imaginaire des électeurs de sa propre dignité et de sa cohérence.

      Martine Ouellet a cependant une position la plus réaliste. Il faut oser pour réussir. C’est justement celle qui fait peur aux fédéralistes. Elle sera diabolisée comme Parizeau.
      En second, dans la situation actuelle, la plus réaliste et la plus démocratique des positions sont de faire du Québec un pays le plus tôt possible.
      Je vous rappellerai qu'il est question de remplacer la constitution de 1982. Cette constitution que l'Assemblée nationale répudie depuis 1982 et dont tout le monde convient enferme le Québec à double tour. Les Québécoises et Québécois la subissent depuis 34 ans. C’est un fait.
      Le projet de faire du Québec un pays avec sa propre constitution est le seul projet rassembleur des trente dernières années.

      Je vous ferai remarquer que les treize États qui ont fait l'indépendance au sud n'avaient pas le consensus et même la majorité. Les tenants de la révolution américaine comptaient sur le tiers de la population alors qu'un tiers n'en voulait et l'autre tiers ne le savait dans l'indifférence.

      En second, quant au parti politique Québec solidaire, qui sollicite l'appui de Chomsky l'anarchiste, ses fondements se sont écroulés quant au projet de faire du Québec un pays. Une finasserie des calendres grecques! En sciences, l'on dira qu'il ne fait pas partie des prémisses, mais des variables à tester. Plus politique que démocrat

    • Raymond Labelle - Abonné 30 mai 2016 10 h 25

      « Se foutre du contenu ». Je vais trahir mon âge. Je me souviens des débats sur le libre-échange avec les États-Unis. Les indépendantistes étaient très enthousiastes – en défaisant l’axe économique Est-Ouest pour accentuer l’axe Nord-Sud, on enlève parmi les raisons d’être de la Confédération. Le tout avec une parfaite indifférence au fait que, et le Canada, et le Québec, en conséquence, pourraient perdre de leur indépendance réelle par rapport aux États-Unis. Un cynisme froid – tout ce qui peut mener à l’indépendance formelle est bon. M. Parizeau avait, après le fait, manifesté quelque remord pour son appui au libre-échange. C’est le seul à ma connaissance. Par ailleurs, Bernard Landry avait même fait une tournée pour prôner que le Canada et le Québec adoptent le dollar américain!

      Enfin, si vous trouvez CM virulent envers le PQ, réconciliez-vous avec lui en lisant Léo-Paul Lauzon, qui l’est encore plus : http://www.journaldemontreal.com/2014/03/03/le-pq- M. Lauzon écrit (entre autres) : « (…) une chance que l'on a pas fait la souveraineté avec les péquistes sinon on serait encore devenu plus contrôlé par les États-Unis jusqu'en devenir une succursale comme le sont Porto-Rico et Hawaii. »

      Ou encore ici : http://www.journaldemontreal.com/2016/05/25/le-pq-

      « Ah ben, une de mes préférées est la suivante, émanant du Conseil du Trésor: «Léonard annonce la mort de l'État-providence» (Le Devoir, 18 octobre 1996). À vrai dire, le libéral Martin Coiteux au Conseil du Trésor avait l'air d'un communiste face au péquiste Jacques Léonard et à d'autres. »

      « Ah ben, la géométrie variable du péquiste Daniel Paillé lui a permis d'obtenir une belle job au Parti conservateur fédéral, un autre parti de gauche, je suppose ».

      Mais bon, si en même temps, vous voulez rigoler avec sérieux, il y aussi ceci : http://www.journaldemontreal.com/2016/05/19/la-gau

    • Raymond Labelle - Abonné 30 mai 2016 14 h 39

      À M. Blondin. Accordons à Mme Ouellet, à JFL et à QS le mérite d'être clairs et francs (je ne connais pas la position d'ON). Bien que chacune des positions soit, bien entendu, forts différentes l'une de l'autre. Vous plaidez bien votre cause. Aux lecteurs de choisir.

      Je dirais que la position de QS est quand même fondée sur un idéal démocratique: qu'une assemblée constituante, exclusivement consacrée à la réflexion sur notre cadre politique global, élue, consultant la population dans ses travaux, accouche d'un projet qui reflète le résultat de ces discussions. C'est le principe selon lequel on ne peut d'avance présumer du résultat de ces discussions qui est foncièrement démocratique. Et, pour paraphraser Justin, l'idéal démocratique ne se présente pas de la même manière en 2016 qu'en 1776. Je ne dirais pas non plus qu'il s'agit de calendes grecques - QS prévoit un échéancier assez précis se concluant nécessairement dans le premier mandat.

      Si je comprends bien: je ne suis pas membre de QS ni n'en suis un représentant autorisé. J'espère ne pas déformer sa pensée.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 mai 2016 20 h 46

      Pour nuancer un peu LP Lauzon. Malgré tout (le PQ et le PLQ), le Québec est quand même une des juridictions qui a le plus de mesures sociales et une fiscalité des plus progressives en Amérique du Nord. Attention, nos gouvernements font souvent (très) dur mais ça, on l'a montré de plusieurs façons. On a des acquis - mais souvent en danger.

      Entre autres, sur les ressources naturelles, on est dans les pires au Canada, y compris avec la réforme de la loi sur les mines de Martine Ouellet, qui a amendé la loi blanc bonnet en loi bonnet blanc (à peu près même charge fiscale globales, avec quelques déplacements de répartition).

  • Christian Montmarquette - Abonné 29 mai 2016 13 h 28

    Le petit doigt de Véronique Hivon

    ...et de son côté, Véronique Hivon préfère attendre de voir ce que son petit doigt lui dira..

    • Raymond Labelle - Abonné 29 mai 2016 20 h 26

      Lequel petit doigt lui soufflera également qui est "représentatif" de la société civile pour déterminer la composition de "son" assemblée constituante...

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 mai 2016 08 h 15

      ...non..mais.. il est vraiment fantastique ce petit doigt de Véronique Hivon.. Et quand on pense qu'elle en a deux!.. Un pour le référendum et l'autre pour la constitution.. Espérons qu'elle ne nous fasse pas un "finger' avec.. ;-)

  • Raymond Labelle - Abonné 29 mai 2016 19 h 49

    Après les "conditions gagnantes"...

    ... "le flair du cheuf".

    • Sébastien Paquin Charbonneau - Inscrit 30 mai 2016 07 h 48

      Ça sent le pays! On l'a déjà entendu celle-là aussi!