Les astres s’alignent, dit Jean-Pierre Charbonneau

Le mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire semblait aller de soi après la présentation sur les différents modes de scrutin.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire semblait aller de soi après la présentation sur les différents modes de scrutin.

À deux ans et demi des prochaines élections générales, « tous les espoirs sont permis » pour les défenseurs d’une réforme du mode de scrutin au Québec, est d’avis le président du Mouvement démocratie nouvelle (MDN), Jean-Sébastien Dufresne.

À l’initiative de l’organisme citoyen non partisan, des représentants des principales formations politiques et de la société civile se sont rencontrés à deux reprises depuis le début du mois afin d’« établir un consensus sur la façon d’améliorer notre démocratie représentative par une réforme du mode de scrutin ». La ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, y avait même dépêché une émissaire afin qu’elle prenne des notes.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis

« Nous assistons à une première au Québec : l’ensemble des principaux partis politiques autour d’une même table pour s’entendre sur une alternative à notre mode de scrutin dépassé », s’est réjoui le président du MDN, Jean-Sébastien Dufresne, invitant du même souffle Mme De Santis à ne plus « rester impassible » devant les efforts déployés pour mettre au rancard le bon vieux mode scrutin majoritaire uninominal à un tour. « Les conditions sont réunies [pour aller de l’avant avec une révision du mode de scrutin] », a-t-il fait valoir dans une entrevue avec Le Devoir.

L’ex-ministre Jean-Pierre Charbonneau partage le même enthousiasme que M. Dufresne dans la foulée des deux rencontres organisées par le MDN. « Il y a une espèce d’alignement des astres », a-t-il fait valoir après avoir noté pour la première fois la participation à « une même table des représentants de tous les partis », mais surtout l’émergence de « consensus » pour corriger les distorsions créées par le mode scrutin actuel. Par exemple, la Coalition avenir Québec avait fait élire huit députés de moins que le Parti québécois en avril 2014, et ce, même si elle avait obtenu seulement 2,38 de points de pourcentage de voix de moins.

Vers la proportionnelle mixte compensatoire

Le mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire — qui prévoirait l’élection de 75 députés de circonscription et de 50 députés de liste, par exemple — semblait aller de soi après la « présentation sur les types de mode de scrutin alternatif : leurs avantages et leurs inconvénients ».

La discussion se poursuivra très prochainement. D’ailleurs, le MDN a prévu deux autres rencontres en juin, dont l’une avec des représentants du Parti libéral du Québec, du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec, de Québec solidaire, d’Option nationale et du Parti vert du Québec. Ils discuteront des « meilleurs moyens pour faire cheminer des résolutions dans le sens de la réforme souhaitée au sein des partis ».

M. Dufresne était de passage sur la Colline parlementaire mardi afin de s’adresser au caucus des élus du Parti québécois. « Il y a encore un peu de travail à faire », a-t-il reconnu.

Plus tôt, mardi, la candidate à la direction du Parti québécois, Véronique Hivon, s’était engagée la main sur le coeur à amorcer la réforme le mode de scrutin dans les 100 jours suivant son élection comme première ministre du Québec en 2018. « L’élection de 2018, j’en suis convaincue, doit être la dernière élection avec le mode de scrutin actuel. […] Dans un contexte qui s’éloigne de plus en plus du bipartisme traditionnel du régime parlementaire britannique [celui-ci] est vraiment quelque chose qui ne favorise pas l’implication des citoyens », a-t-elle soutenu.

Cloutier fait les choses «autrement» cette fois-ci

La candidate pressentie à la chefferie du PQ, Martine Ouellet, a constaté mardi l’empressement de son collègue Alexandre Cloutier à intervenir dans le dossier des irrégularités alléguées au ministère des Transports. La porte-parole de l’opposition officielle en matière de transports a affirmé que ce type de prises de position n’était pas courant durant la dernière course à la direction du PQ, il y a un an.

« À la dernière course, au niveau quotidien de ce qui se passait à l’Assemblée nationale, ça s’est fait de façon relativement conviviale », a-t-elle dit dans une mêlée de presse. « On n’a pas vu de positionnement comme ça, aussi clair, dans un dossier quotidien. Mais ça se passe autrement cette fois-ci. » M. Cloutier avait réclamé un peu plus tôt la démission du ministre des Transports, Jacques Daoust, qu’il accuse d’avoir fait fi des informations inquiétantes sur la gestion de son ministère. « Jamais sous ma gouverne je n’aurais accepté ça. Pour moi, le ministre aurait été démis de ses fonctions », a-t-il dit.
8 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 25 mai 2016 08 h 22

    C'est mettre la charue dvant les boeufs.

    «À deux ans et demi des prochaines élections générales, « tous les espoirs sont permis.»(Jean-Pierre Dufresne)

    A mon avis, penser revoir le mode de scrutin avant l'indépendance du Québec c'est prématuré. C'est un piège.

    C'est mettre la charue devant les boeufs et c'est nuire à la cause souverainiste.

    Nous n'avons pas hérité uniquemen d'un sytème électoral injuste, c'es tout le régime qui est déficient et mal adapté.

    Ce n'est pas étonnant que nous voulions en sortir.

    Il faut donc faire de l'indépendance notre priorité et quand il sera question d'une constitution pour le Québec la question du mode de scrutin pourra être abordée.

    Je trouve que les souverainistes devraient travailler en faveur de l'indépendance plutôt qu'en faveur de la réforme du mode de scrutin.

    Ils dispersent leurs énergies au désavantage de la cause de l'indépendance.

    • Claude Boire-Lavigne - Abonné 25 mai 2016 10 h 31

      On peut mâcher de la gomme et marcher en même temps.

  • Claude Bernard - Abonné 25 mai 2016 09 h 06

    La peu démocratique proportionnelle

    Le côté peu démocratique de la proportionnelle qu'elle soit totale ou mixte est, me semble-t-il, les listes que les partis préparent et où les noms de leurs «futur» députés sont inscrits.
    Comment des gens qui ne sont pas élus mais choisis par un parti peuvent-ils prétendre à être le choix du peuple.
    Comment peuvent-ils représenter un comté ou une région alors qu'ils sont les représentants d'un parti.
    Plus les députés venant des listes sont nombreux par rapport aux députés élus directement plus cela favorisera la dictature des petits partis qui auront la balance du pouvoir, comme en Israél.
    Moins il y en a, moins le changement sert à quelque chose.

    • Jacques Patenaude - Abonné 25 mai 2016 09 h 57

      C'est en devenant député que Jacques Parizeau disait avoir compris que les politiques élaborée dans son bureau de Québec avaient de nombreux effets pervers. Ça changé beaucoup sa vision de la politique.

      Vous avez raison les députés de listes, dinosaures des partis n'auraient pas à se confronter à la réalité terrain. Élus par leurs partis, rapidement ils prendraient le contrôle et nous aurions deux catégories de députés: les immuables et les éjectables.

      Le Mouvement démocratie nouvelle (MDN) semble ne s'être interrogé que sur le scrutin proportionnel, s'il doit y avoir une réforme je crois qu'il serait préférable de ne pas focuser que sur une seule vision.

      Pour une réforme je préfère de beaucoup le scrutin à deux tours appliqué uniquement localement.

      Le scrutin à deux tours permet de dégager une majorité claire comté par comté, elle oblige à des coalitions locales tout autant que nationales mais les citoyens pourront se prononcer définitivement en sachant quel coalition qu'ils appuient.

  • François Beaulne - Abonné 25 mai 2016 09 h 33

    A prendre avec des pincettes

    Une réforme du mode de scrutin s'impose au Québec, comme au Canada d'ailleurs. Toutefois, avant de privilégier un modèle sur un autre il faudrait examiner soigneusement les avantages et les inconveénients de chaque option envisagée. La proportionnelle, sous quelque forme que ce soit entraine des distortions entre deux classes de députés: ceux élus par les citoyens dans chaque circonscription, dont les tâches, en principe sont plus lourdes que celles de députés nommés à partir d'une liste partisane qui n'ont comme fonction que de siéger au parlement et voter des lois. Dans les pays où existe une proportionnelle on a noté une propension des élus à s'éloigner de leurs commettants pour se transformer en courtisans des chefs de partis de manière à se tailler une bonne place sur la liste que le parti présente aux élections. Est-ce vraiment ce que l'on veut?
    Par contre, dans un système à deux tours, comme en France, par exemple, les citoyens peuvent voter pour un premier choix, puis, si ce premier choix n'obtient pas la majorité, se rabattre sur leur deuxième choix. Le résultat final du processus est tout de même plus représentatif que celui que nous avons présentement. De plus, par souci de légitimité, toute réforme du mode de scrutin devrait être entérinée par référendum, comme le souhaitent 73% des canadiens interrogés dans un récent sondage.

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 mai 2016 11 h 32

      Tout à fait d'accord. La proportionnelle est une solution digne du XXᵉ siècle. On peut sûrement faire mieux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 mai 2016 11 h 45

      Pas d'accord. Le système à deux tours engendre une polarisation, ce qui nuit à l'émergence d'un centre qui représenterait sans doute mieux l'ensemble de la population.

      D'ailleurs, sachez qu'en France, aux élections législatives, il suffit de 12,5% des voix pour se qualifier au second tour, qui oppose donc souvent trois (qu'on appelle des triangulaires) ou quatre candidats.

      Selon moi, «l'idée d'une élection n'est pas de représenter chaque petit bout de territoire, mais la population en tant que groupe. Et ça ne marche pas. Par exemple, toujours en France, alors qu'environ 15% des gens votent pour le Front national, ce parti n'a qu'un député sur près de 600, ce qui amène cet électorat à se sentir exclu.»

      Finalement, «le système à deux tours ne respecte pas le critère dit de Condorcet. Il se peut que le premier tour amène l'élimination d'un candidat qui gagnerait ses duels avec chacun des autres candidats un à un. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé lorsque, à la présidentielle française, on a vu M. Chirac l'emporter face à M. Le Pen, alors que tous sondages donnaient M. Jospin vainqueur face à M. Chirac (et bien entendu face à M. Le Pen et à n'importe quel autre des candidats du premier tour).»

      (Entre guillemets, du texte repris de mon blogue.)

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 mai 2016 15 h 27

      Oups. Mon premier commentaire se voulait une réponse au message de Claude Bernard. Il m'arrive de changer d'avis, mais rarement en si peu de temps!