Les libéraux accusés d’incohérence

Les deux garderies menacées sont des garderies en milieu de travail accueillant surtout des enfants de fonctionnaires.
Photo: Jonas Unruh iStock Les deux garderies menacées sont des garderies en milieu de travail accueillant surtout des enfants de fonctionnaires.

Des garderies d’Ottawa et Montréal menacent de fermer leurs portes parce que le gouvernement Trudeau maintient une décision des conservateurs de couper le financement octroyé par le fédéral. Le geste est perçu comme une incohérence par rapport au discours libéral encourageant la conciliation travail-famille.

« Il y a une contradiction manifeste, soutient la députée néodémocrate Hélène Laverdière : on a un premier ministre qui se dit féministe et un gouvernement qui dit qu’il veut travailler à la conciliation travail-famille. Mais pendant ce temps, on coupe des subventions à des garderies. C’est un recul là où on devrait avancer », dit-elle.

Les deux garderies menacées sont des garderies en milieu de travail accueillant surtout des enfants de fonctionnaires. Le Centre à la petite enfance (CPE) du complexe Guy-Favreau, à Montréal, perdra à la fin de l’année une subvention annuelle de 190 000 $ qui permettait de payer la totalité de son loyer.

Coupes maintenues

Les subventions accordées par Québec aux CPE pourront combler une partie du manque à gagner, mais le comptable de l’établissement évalue la perte anticipée à quelque 130 000 $. Quelque 70 enfants fréquentent cette garderie située en plein coeur de Montréal.

La subvention de la Garderie Tunney’s Daycare (GTD, un établissement bilingue de 49 enfants) d’Ottawa a quant à elle était abolie en 2014, à la suite de changements apportés au programme Garderies en milieu de travail, géré par Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC). Là aussi, le financement était versé sous une forme indirecte : les gestionnaires de la garderie ne payaient pas de loyer — une économie estimée à plus de 220 000 $ annuellement.

Quand il a appris qu’il devrait désormais payer les coûts de location de ses locaux dans l’édifice de Statistique Canada, le conseil d’administration de GTD a négocié une hausse progressive du loyer. Malgré différentes mesures d’atténuation (augmentation des coûts par enfant, diminution de la masse salariale), il ne voit pas comment il pourrait assumer la totalité de la somme de 150 000 $ qui sera facturée à compter du 1er juillet 2016.

« Le gouvernement considère que nous sommes une entreprise comme les autres, déplore Olivier Marois, président du CA de GTD. Il ne réalise pas que nous sommes à but non lucratif. » Selon lui, la pérennité de la garderie aurait pu être assurée si Ottawa avait accordé un délai de trois ans pour permettre de revoir la structure (par exemple en augmentant le nombre de places disponibles) tout en gelant le loyer.

Dans une lettre datée du 8 mars et obtenue par Le Devoir, la ministre Judy Foote (SPAC) a refusé cette demande, accordant plutôt 90 jours au conseil d’administration pour trouver une solution permanente.

Dans une lettre envoyée à la députée locale — la ministre de l’Environnement et mère de trois jeunes enfants, Catherine McKenna —, Olivier Marois fait valoir que la fermeture de la garderie « enverrait un signal à l’opposé des valeurs véhiculées par [le] gouvernement ». GTD a « permis à des centaines et des centaines de mères de participer au marché du travail » depuis une trentaine d’années, écrit-il.

Refonte

Mis sur pied en 1991, le programme Garderies en milieu de travail visait à aider les fonctionnaires parents à « poursuivre leur carrière dans la fonction publique ». Une douzaine de garderies ont profité des subventions de congé de loyer au fil des ans.

À la fin du règne conservateur, des changements ont été apportés aux politiques de SPAC en matière de prix des loyers dans les édifices fédéraux, entraînant des modifications au financement de garderies en milieu de travail. En novembre 2014, une première garderie (Tupper Tots Daycare, à Ottawa) fermait ses portes, incapable de boucler son budget.

Les menaces de fermeture évoquées par le CPE de Guy-Favreau et GTD sont pour le moment floues. Une pétition qui circule indique que « sans subvention, le CPE sera contraint de fermer ses portes ». La date du 1er janvier 2017 a circulé, mais le comptable de l’établissement a confirmé au Devoir qu’il y a « en banque des surplus accumulés qui peuvent permettre de vivre deux ou trois ans de plus ».

Les libéraux pourraient d’ici là casser la décision. Hélène Laverdière le souhaite… mais souligne « que ça fait plusieurs mois qu’ils sont au courant de la situation et qu’ils n’ont pas posé un geste encore ».

Le Devoir a demandé des explications au gouvernement il y a plus de trois semaines à ce sujet. Mardi, tant le ministère que le bureau de la ministre cherchaient encore les réponses à donner. « C’est un sujet complexe », a-t-on fait valoir.

En campagne électorale, les libéraux ont promis d’utiliser une partie de son fonds d’infrastructures sociales pour aider les provinces et les municipalités à financer les infrastructures de garderie. Quant à la conciliation travail-famille des employés oeuvrant au sein d’entreprises de compétence fédérale, le gouvernement Trudeau a lancé la semaine dernière une consultation pour déterminer des axes d’interventions possibles.