Changer la culture avant de multiplier les structures

Mis sous pression à la suite des révélations concernant le ministère des Transports du Québec (MTQ), le premier ministre Philippe Couillard n’a pas tardé à annoncer la création d’un Bureau de l’inspecteur général (BIG) au sein du ministère.

Ce nouvel organisme de surveillance, qui s’ajoutera à l’ensemble des structures existantes aux niveaux provincial et municipal, a-t-il sa place ? Le professeur de philosophie à l’Université de Sherbrooke André Lacroix, spécialiste en éthique et codirecteur de l’ouvrage Marchés publics à vendre : éthique et corruption (Liber, 2015), en doute.

Le gouvernement Couillard prend-il la bonne décision en multipliant les organismes de surveillance des pouvoirs publics ?

Le Québec fait bien de s’intéresser aux problèmes d’éthique, mais la multiplication des organismes de façon aveugle n’est pas la bonne solution. Il faut de la coordination et un changement de culture.

On a tendance à créer un ensemble d’organismes de surveillance, mais encore faut-il savoir quelle mission on leur donne. Ce sont des pare-feu intéressants, mais ce n’est pas avec cela qu’on va parvenir à changer les mentalités et les approches.

Quelle approche devrait-on privilégier ?

Les organismes de surveillance sont pertinents, mais il faut qu’ils soient coordonnés entre eux. Les informations ne sont pas toujours partagées, on fonctionne encore trop souvent en silo. Il faut donc que les organismes sachent ce que l’autre fait pour éviter les dédoublements.

Il faut également former les fonctionnaires pour mettre fin à certains types de pratiques de portes tournantes, lorsqu’on passe du privé au public de façon trop rapide. Il ne faut pas mettre sur pied un nouvel organisme chaque fois qu’on observe un problème.

Ça crée une enflure administrative et je ne crois pas que ce soit de cette façon que nous arriverons à des solutions.

Croyez-vous que la création d’un Bureau de l’inspecteur général au sein du MTQ soit justifiée ?

Dans le cas du MTQ, le gouvernement a agi pour éteindre le feu. Au fond, on crée un organisme plutôt que de s’attaquer directement au problème.

On va nommer un nouvel inspecteur, qui devra former son bureau et prendre connaissance des dossiers. On vient rassurer tout le monde, on fait une belle opération de relations publiques, mais était-ce nécessaire de créer une nouvelle structure ? Je n’en suis pas convaincu.

On aurait peut-être pu utiliser les structures en place pour arriver aux mêmes fins. Il faudrait commencer à prendre au sérieux les problèmes au MTQ, ce que le gouvernement actuel ne fait pas.

Il ne faut pas seulement enquêter sur des personnes, mais plutôt se demander si la structure est la bonne.

Est-ce que les suivis sont adéquats, est-ce qu’il y a assez de personnel ? C’est tout cela qu’il faut regarder, plutôt que de faire une chasse aux bandits, intéressante en matière de relations publiques, mais pas toujours utile pour régler un problème.

Est-ce que les organismes de surveillance en place ont suffisamment de dents ?

Il ne s’agit pas seulement de savoir si les organismes ont des dents ou non, mais plutôt de savoir si les élus prennent la situation au sérieux.

Il faut que les organismes soient pourvus de dents, mais aussi d’outils pour former et sensibiliser l’administration publique. Au-delà des mécanismes institutionnels en place, il faut une véritable volonté politique pour corriger la situation.

Dans le cas du MTQ, les rapports n’ont pas cheminé à l’interne. On ne connaît pas toutes les raisons, mais il s’agit sans doute d’un manque de sensibilité ou d’un déni de la part de certains fonctionnaires.

Constatez-vous des progrès depuis le dépôt du rapport de la commission Charbonneau ?

Je ne suis pas certain que nous ayons avancé. Le gouvernement a fait des suivis, c’est intéressant, mais est-ce qu’on y met les fonds nécessaires, est-ce qu’il y a une volonté politique ?

Est-ce qu’on vient de sortir de la commission Charbonneau pour passer à une ère où tout le monde est désormais plus vertueux ? Je suis loin d’en être convaincu.
 

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1 commentaire

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  • Gaston Bourdages - Abonné 21 mai 2016 04 h 12

    Bien d'accord avec vous monsieur Lacroix à l'effet...

    ...«qu'il ne faut pas seulement enquêter sur des personnes» (11e paragraphe) Pourquoi alors ne pas enquêter sur les comportements des personnes, sur l'éthique des structures ? Pourquoi ne pas utiliser les mots «Propreté, netteté, probité, transparence»? Ce qui est propre, net, clair, transparent n'est pas corrompu et la collusion, à ce que j'en sais, ne peut y trouver d'intéressantes$$$ niches.
    Mercis monsieur Lacroix pour votre pertinent partage de doutes. À cette heure où la perte de confiance, le cynisme ambiant causent de gigantesques torts à la démocratie. Et que dire aussi de la dignité qui en prend pour son rhume.
    Gaston Bourdages.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.