Attirer et retenir la relève

Pierre Vallée Collaboration spéciale
La mobilité au sein de la fonction publique peut aussi représenter un obstacle à l’attraction et à la rétention des jeunes professionnels.
Photo: IStock La mobilité au sein de la fonction publique peut aussi représenter un obstacle à l’attraction et à la rétention des jeunes professionnels.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fonction publique

Qu’en est-il de la relève chez les professionnels de la fonction publique québécoise ? Les conditions qui leur sont offertes permettent-elles de recruter les meilleurs candidats ou au contraire sont-elles devenues un frein ?

« Les mesures de restrictions budgétaires imposées aux ministères et aux organismes de la fonction publique ces dernières années par le gouvernement dans sa recherche de l’équilibre des finances publiques ont eu un effet direct sur la relève des professionnels, souligne Jean-François Landry, troisième vice-président du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Notamment, ils ont réduit de beaucoup les contrats offerts aux employés occasionnels et ces contrats occasionnels sont souvent la porte d’entrée des professionnels au sein de la fonction publique. Au final, ce que l’on remarque, c’est qu’il y a eu une diminution de 5 % des professionnels au service de l’État entre juillet 2014 et juin 2016. »

Les conditions de travail

Les conditions de travail, en particulier les salaires, qui sont moins élevés dans la fonction publique québécoise qu’ailleurs, nuisent à l’attractivité des emplois offerts aux jeunes professionnels. « La fonction publique québécoise est loin d’être le premier choix des jeunes diplômés professionnels, en fait, elle arrive en cinquième place comme employeur potentiel. Et l’on ne voit plus chez les jeunes diplômés professionnels le même désir de servir au sein de l’appareil public que l’on voyait auparavant. »

Et les bas salaires ne sont pas les seuls en cause. « La flexibilité au travail, et tout ce qui touche à la conciliation travail-famille, fait partie des conditions de travail recherchées par les jeunes professionnels. Il faut réaliser que ces derniers sont souvent dans la jeune trentaine, exactement au moment dans leur vie où les engagements familiaux prennent de l’ampleur et de l’importance. Un seul petit exemple, les congés de maladie. Autrefois, on en comptait douze dans l’année et ils étaient cumulables, aujourd’hui, ils ne sont plus cumulables et il n’y en a que dix. Un détail ? Pas pour des parents qui doivent prendre congé pour demeurer à la maison auprès d’un enfant malade. »

 

Précarité et autres irritants

La précarité d’emploi aussi est un élément dissuasif. « Quand vous n’avez que des contrats occasionnels d’une durée de six mois à un an, et que vous ne savez jamais d’un contrat à l’autre si votre emploi sera renouvelé, et que ce régime dure pendant trois ou quatre ans, votre intérêt de demeurer au sein de la fonction publique ne peut que diminuer. »

La mobilité au sein de la fonction publique peut aussi représenter un obstacle à l’attraction et à la rétention des jeunes professionnels. « Aujourd’hui, les jeunes professionnels s’attendent à ce que leurs employeurs mettent pleinement à profit leurs connaissances et leurs compétences. Par contre, dans la fonction publique québécoise, plusieurs jeunes professionnels n’ont pas l’impression d’être utilisés à leur pleine valeur. De plus, si un jeune professionnel occupe un emploi qui n’est pas entièrement en lien avec sa formation académique et professionnelle, et que la mobilité au sein de la fonction publique ne lui permet pas de postuler et d’en trouver un qui le soit, cela devient décourageant et une raison de vouloir travailler ailleurs. »

Autre irritant ? « Plusieurs jeunes professionnels au sein de la fonction publique québécoise doivent être membres d’un ordre professionnel pour exercer leur profession. Or, au sein de la fonction publique québécoise, les cotisations à leur ordre professionnel tout comme le coût des formations obligatoires exigées par l’ordre sont entièrement à la charge de l’employé, l’employeur n’y contribuant en rien. Par contre, ailleurs, notamment dans le secteur privé, tous ces coûts sont assumés par l’employeur. »

Selon Jean-François Landry, le gouvernement, s’il tient à assurer la relève de ses professionnels, a un examen de conscience à faire. « Il doit absolument se pencher sur l’organisation du travail des jeunes professionnels. Le défi est double : attirer la relève professionnelle et la retenir, mais surtout, faire en sorte qu’elle puisse s’épanouir au sein de la fonction publique québécoise. »