Lisée promet six ans de turbulences, disent les libéraux

Après avoir choqué un bon nombre de péquistes, le candidat à la direction du PQ Jean-François Lisée a subi mardi les railleries d’élus libéraux et caquistes.

En mettant au jeu sa proposition de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec entre 2022 et 2026, le député de Rosemont a donné le coup d’envoi d’un « concours de menuiserie » consistant à « construire des casiers à homards pendant six ans », a lancé le ministre Gaétan Barrette. « Je trouve que c’est un peu mépriser la population. Je pense que la population a compris pendant 40 ans que cette option-là [l’indépendance], ils ne la voulaient pas », a-t-il dit en marge du caucus des élus libéraux.

De son côté, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a dit tout bonnement ne « pas [avoir] de préférence » entre la « sprinteuse » Martine Ouellet et le « marathonien » Jean-François Lisée dans « la course au référendum » qui bat son plein au PQ. « À la fin du jour, ce qu’on sait avec le PQ, c’est qu’il y a un référendum et on plaide pour la séparation, alors que nous, dans notre formation politique, on dit “ oui à l’économie ”, “ oui à l’éducation ”, “ oui à la santé ”, “ oui aux vraies affaires ”. Il faut le faire “ ensemble ”. Il faut essayer de rassembler les Québécois, pas de les diviser », a-t-il déclaré, recyclant des slogans électoraux du PLQ.

M. Lisée promet ni plus ni moins « au moins six ans de turbulences » aux Québécois, a fait valoir quant à lui le ministre Pierre Arcand. Les péquistes discuteront « tout le temps […] de référendum, alors que les “ vraies affaires ” au Québec, c’est l’économie, c’est la santé, c’est l’éducation », a-t-il averti.

L’ex-ministre des Relations internationales ne s’est pas laissé démonter. « Je vais vous parler de turbulences, moi. Je vais vous parler des personnes handicapées qui ont été coupées par le Parti libéral, et leur vie est en pleines turbulences. Je vais vous parler des enfants qui se sont fait enlever leur psychorééducateur… » a-t-il rétorqué à un jet de pierre de la salle du caucus libéral.

Il a appelé l’électorat québécois à couper court à la « turbulence » provoquée par « Gaétan Barrette, Sam Hamad et Lise Thériault » lors des prochaines élections générales, en 2018. À ce moment-là, le PQ proposera un « super bon gouvernement » — sa mère l’a sommé de laisser tomber l’expression « ostie de bon gouvernement » — et repoussera la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec à un second mandat, soit entre 2022 et 2026. « Relaxez ! On est calmes. On est sérieux. On est méthodiques. Notre tâche immédiate de salubrité publique, de santé politique, c’est d’enlever ce gouvernement toxique. […] Le mot “ référendum ” est le principal repoussoir à cette mobilisation. Je pense que c’est un poison dans le système. Donc, il faut le retirer du système pour parler des autres choses, y compris d’indépendance », a insisté M. Lisée. « Si nous voulons nous libérer des libéraux en 2018, c’est la voie qu’il faut suivre. Si nous voulons faire réussir l’indépendance à partir de 2022, c’est la voie qu’il faut suivre », a-t-il répété, rappelant avoir obtenu l’appui de l’ex-ministre Camil Bouchard, de l’historien Éric Bédard ainsi que du sociologue Mathieu Bock-Côté.

Le chef de la CAQ, François Legault, est persuadé que la majorité de la population québécoise ne se ralliera pas au projet indépendantiste « ni dans deux ans ni dans six ans ». « Tout ce que fait M. Lisée, c’est qu’il reporte le problème à plus tard. Il nous dit : “ On va avoir une campagne référendaire qui va durer six ans. ” Les Québécois ne seront pas dupes, là », a-t-il déclaré aux médias.

Dans un élan d’enthousiasme, M. Lisée a suggéré à la presse la question de l’urne (ballot question) du scrutin de 2022 : « Nous donnez-vous le mandat de vous amener à la souveraineté, à l’indépendance, dans les quatre prochaines années ? »

Lisée, un frein à la convergence ?

La députée de Joliette, Véronique Hivon, a reproché mardi à M. Lisée de s’inscrire en faux par rapport aux efforts de convergence du mouvement indépendantiste en « baiss[ant] les bras sur la capacité que nous avons de remettre les Québécois en mouvement » entre 2018 et 2022. Elle a dit regretter de voir son confrère adopter « vraiment » la rhétorique du « bon gouvernement ».

« La souveraineté, ce n’est pas une date sur un calendrier. C’est un projet de société », a-t-elle répété inlassablement. Cela dit, Mme Hivon fera connaître où elle loge à ce sujet d’ici la fin de la campagne à la chefferie. Elle se refuse à ce moment-ci de « tuer dans l’oeuf » la « démarche d’accession commune » esquissée par les Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), où elle est l’émissaire du PQ.

La députée de Vachon, Martine Ouellet, est aussi d’avis qu’un « engagement clair à réaliser l’indépendance » constitue « la clé de la convergence », ainsi que de la victoire électorale du PQ en 2018.

Ne voulant pas succomber au « sentiment d’urgence » ayant gagné le caucus péquiste, Mme Ouellet annoncera seulement le vendredi 27 mai, à la veille d’une Conférence nationale des présidentes et présidents (CNPP), si elle brigue la chefferie du PQ.


Neuf appuis pour Alexandre Cloutier

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, a reçu mardi un neuvième appui de la part du caucus du PQ. La députée de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, a soutenu que « le temps est maintenant venu pour [sa] génération et la précédente de passer le flambeau de la maîtrise du Parti québécois et de sa destinée à cette belle relève talentueuse, instruite et capable » incarnée par M. Cloutier.

« Un jour, ce jeune homme sera premier ministre d’un Québec indépendant. Il avait déjà le talent, l’énergie et l’intelligence d’un chef en devenir. Depuis, il a ajouté l’expérience et la sagesse. Bref, il est maintenant prêt à assumer les plus hautes fonctions », a déclaré l’ex-ministre lors d’une mêlée de presse sur la colline parlementaire. La candidate Véronique Hivon bénéficie pour sa part du soutien de cinq députés. Aucun député péquiste ne s’est encore rangé derrière Jean-François Lisée, qui est la troisième personne à avoir officialisé sa candidature à la succession de Pierre Karl Péladeau.
22 commentaires
  • Denis Marseille - Inscrit 18 mai 2016 05 h 36

    ça saute aux yeux!

    Que c'est Monsieur Lisée qui est le candidat que les libéraux craignent le plus... Ça va être intéressant.

    Allez PQ!

    • - Inscrit 18 mai 2016 10 h 12

      Les libéraux et caquistes ils ont la chienne. C'était tordant hier de les entendre recourir à la seule arme dont ils disposent: la peur !

    • Gilles Théberge - Abonné 18 mai 2016 11 h 51

      Oui la peur!

      La peur bleue, la peur qui paralyse, la peur qui est la marque du manque de courage, la peur d'oser!

      "On va toujours trop loin pour quelqu'un qui ne s'en va nulle part"...!

      Nommez-les ceux qui ne s'en vont nulle part. Ils ne sont pas durs à trouver...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 mai 2016 05 h 50

    l’économie, la santé, l’éducation

    Et messieurs dames du PLQ il vous reste deux ans pour nous démontrer que vous avez «fait» quelque chose avec vos slogans parce que «l’économie, la santé et l’éducation» ça fait aussi longtemps que «l'Indépendance» qu'on les entend et on les attend encore.

    Avec qui les Québécois vont-ils manquer de patience en premier ?

    PL

  • François Dugal - Inscrit 18 mai 2016 07 h 47

    Dix ans

    Les libéraux promettent une décennie de "vraies affaires" : ayoye!

  • Jacques Morissette - Inscrit 18 mai 2016 07 h 52

    Les années de turbulence de M. Lisée, selon Les Libéraux.

    De la façon dont les Libéraux parlent de Jean-François Lisée, je pencherais plutôt pour lui à la direction comme chef du PQ.

    Dans un article de Vincent Marissal, dans La Presse du 17-05-16, (RE) Bienvenue M. Lisée:
    «L’arrivée de Jean-François Lisée change la dynamique de cette course. Ceux qui pensaient en faire un concours de personnalités devront se résigner à débattre avec un adversaire qui a toujours pensé qu’il est plus important d’avoir raison que d’être populaire.» Je suppose que le concours de popularité des autres candidats à la chefferie du PQ pèserait moins lourd pour les Libéraux que M. Lisée qui dit, selon V. Marissal, «...qu’il est plus important d’avoir raison que d’être populaire.»

  • Jean Lapointe - Abonné 18 mai 2016 08 h 07

    Vive la grande corvée pour l'indépendance en 2022.

    «Il faut le faire “ ensemble ”. Il faut essayer de rassembler les Québécois, pas de les diviser », a-t-il déclaré, recyclant des slogans électoraux du PLQ.» (Marco Bélair-Cirino)

    L'idée de Jean-François Lisée d'impliquer tous les souverainistes québécois dans une grande corvée vers l'indépendance en 2022 à la suite d'un référendum est des plus emballante.

    Elle va nous permettre à nous tous les souverainistes de nous engager activement dans un projet des plus louable qui est celui de faire du Québec enfin un pays libre en 2022 au lieu de subir continuellement les dommages causés par des libéraux affairistes sans idéal rongés par la corruption.

    Il est vraiment désolant de lire ce que certains ministres libéraux en ont dit. Ce n'est pas très édifiant de leur part ni très stimulant.

    Ils prétendent vouloir rassembler tous les Québécois mais dans leur esprit cela implique la fin de l'histoire pour les Québécois car ils devraient alors oublier qui ils sont sont pour plutôt devenir des Canadiens de langue française.

    Nous les souverainistes nous voulons poursuivre l'histoire qui a débuté en 1608 à Québec et non pas y mettre fin.

    Et si nous nous y mettons vraiment tous, comme le préconise Jean-François Lisée, je pense que nous pouvons en arriver à convaincre bon nombre de nos concitoyens, quelles que soient leurs origines, du bien-fondé de ce projet.

    C'est de l'action qu' il faut et tous et chacun d'entre nous devrions faire notre part pour qu'en 2022, ou quelque part par là, la déclaration de l'indépendance puisse être déclarée.

    Nous les souverainistes nous voulons vivre pleinement et non pas seulement survivre.

    C'est une question de volonté. Nous n'avons pas le choix. C'est l'instict de survie qui nous anime.