Parizeau se range derrière Legault

Québec — Jacques Parizeau estime que c'est faire de «l'anthropologie» et déterrer de vieilles expériences périmées que de s'opposer à l'idée de proposer aux Québécois un budget de l'an 1 et le programme d'un Québec souverain, lors des prochaines élections.

«Il faudrait éviter de faire de l'anthropologie. Je comprends qu'on est passé par toutes sortes d'expériences il y a 30 ans, il y a 33 ans, il y a 25 ans, mais le monde a tellement changé», a soukigné M. Parizeau dans un entretien qu'il a accordé au Devoir.

Plutôt qu'un «programme de province», le député de Rousseau, François Legault a proposé, lors du dernier Conseil national du Parti québécois, qu'on ne présente à l'électorat qu'un «programme de pays». Ce programme serait appuyé par un budget d'un Québec souverain qui comprendrait évidemment toutes les sommes que les Québécois envoient à Ottawa. «Je suis d'accord avec cette orientation-là. Je la pense inévitable», a dit M. Parizeau.

Un certain nombre de militants péquistes — c'est le cas de Pauline Marois — s'opposent à la présentation de ce budget de l'an 1 et de ce programme détaillé. «À cause d'un débat télévisé qui a mal tourné il y a 31 ans, tout le monde se voile la face chaque fois qu'on parle d'un budget de l'an 1.» En 1973, le PQ avait accouché d'un budget de l'an 1 mal ficelé que Raymond Garneau, le ministre libéral des Finances, avait réduit en pièces lors d'un débat avec Jacques Parizeau. Mais tout cela est du passé, estime ce dernier. Qu'on s'oppose toujours à ce que le PQ produise le budget d'un Québec souverain, «c'est une réaction anthropologique un peu ridicule», juge-t-il.

C'est plutôt le fait que le PQ n'a pas produit de budget d'un Québec souverain depuis le référendum de 1995 qui étonne M. Parizeau. Un tel exercice avait été réalisé par la commission Bélanger-Campeau sous la plume d'Henri-Paul Rousseau. «C'est un modèle du genre», estime M. Parizeau. Ensuite, la commission parlementaire sur la souveraineté, issue de la loi 150, a élaboré plusieurs scénarios. Enfin, en 1995, les études Le Hir — «Politiquement, ç'a été un four», a-t-il convenu — ont permis la réalisation, à ses yeux, des meilleures études sur les finances publiques d'un Québec souverain.

Pour M. Parizeau, il est tout à fait normal que le Parti québécois dresse ce portrait financier. «C'est le premier volet: voici ce dont on va disposer.» Mais il est tout aussi normal de dire à la population ce qu'on fera avec ces sommes, une fois le Québec souverain, dans un programme bien défini.

Au PQ, après plus de 30 ans d'existence dont 18 ans au pouvoir, «on n'a pas besoin de faire la démonstration que, dans un cadre provincial, on va donner aux gens un bon gouvernement. J'allais dire: ils tiennent ça pour acquis», juge M. Parizeau. On peut donc les amener plus loin en leur proposant «un projet de société articulé, emballant, excitant».

Selon lui, le PQ ne risque aucunement, comme le pensent certains péquistes, de s'aliéner une partie de l'électorat, tels les électeurs fédéralistes qui préfèrent un gouvernement de centre gauche. Bernard Landry n'a-t-il pas lancé un appel aux fédéralistes lors des dernières élections? Jacques Parizeau a cité son propre exemple quand il avait mis la souveraineté à l'avant-plan aux élections de 1994. «Je n'ai jamais promis un bon gouvernement. J'ai simplement annoncé que ça allait de soit», a-t-il soutenu. Et il se dit satisfait des 44,75 % des voix que le PQ a obtenues.

Pour l'ancien chef du PQ, avec ce va-et-vient entre la souveraineté et le bon gouvernement qui met la souveraineté sur «le back burner», les péquistes courent le danger de passer pour des hypocrites. «Et il y a un prix politique à payer pour ça. La confiance ne se mérite pas par des entourloupettes en tout genre. Si ça donne des voix, je suis prêt à manger mon chapeau», estime M. Parizeau. «Les gens aiment les choses claires.»

Qui dit proposer un programme de pays dit fixer des orientations, faire des choix politiques «à gauche, au centre, à l'extrême centre», a dit M. Parizeau en riant. Certains péquistes, comme Bernard Landry, estiment toutefois que le PQ est une coalition de souverainistes: un programme trop clairement à gauche fera fuir les souverainistes de droite. Pour Jacques Parizeau, c'est de l'histoire ancienne qui remonte à la naissance du parti. «Le gouvernement actuel est là pour le démontrer, c'est que le coeur des Québécois, il est au centre gauche.»

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.