Baisser les impôts serait une injustice, selon Pierre Fortin

Québec — Le gouvernement Charest aurait tort de procéder à des baisses d'impôt massives de cinq milliards en cinq ans, comme il l'a promis, car il commettrait ainsi une injustice générationnelle alors qu'une «bombe atomique de 10 milliards» se dirige vers les finances publiques du Québec.

C'est ce qu'a soutenu, hier, l'économiste de l'UQAM Pierre Fortin après avoir participé, avec son collègue de l'Université Laval Marc Van Audenrode, à la commission de la culture qui étudie la planification des niveaux d'immigration.

Le choc démographique qui attend le Québec d'ici 20 ans amputera les revenus du gouvernement du Québec de cinq milliards par année parce que moins de personnes travailleront et que celles-ci paieront par conséquent moins d'impôt alors que les coûts des services de santé grimperont de cinq milliards, pour un total de 10 milliards, soit près du cinquième du budget de l'État.

«L'urgence nationale pour le Québec, c'est de réduire la dette», estime Pierre Fortin. La seule marge de manoeuvre possible, selon l'économiste, c'est de diminuer le service de la dette, une ponction annuelle de sept milliards, en réduisant de deux milliards par année, pendant 20 ans, la dette de 112 milliards du Québec.

C'est aussi la seule façon de ne pas commettre une injustice envers les générations futures, injustice dont profiteraient surtout les baby-boomers. «Si on ne fait que réduire les impôts tout de suite, qui va en profiter? Ça va être essentiellement les baby-boomers. Ils vont prendre leur retraite et, après ça, on va écraser nos enfants. On va leur imposer un massacre fiscal pour pouvoir financer nos retraites», appréhende l'économiste. M. Fortin prédit que les autres provinces canadiennes vont d'ailleurs être dans l'obligation d'augmenter leurs impôts d'ici quelques années.

Le gouvernement Charest ne pourra pas non plus continuer à hausser ses dépenses en santé à raison de 7 ou 7,5 % par an, comme il s'y est engagé, alors que l'économie n'affichera au mieux qu'une croissance de 4 ou 4,5 %. À ce rythme, d'ici 20 ans, la santé accaparera 75 % du budget de l'État et l'éducation, le reste. Il n'y aura plus rien pour les autres missions de l'État, a prédit M. Fortin. «Il faut réfléchir pour savoir si on veut vraiment que le gouvernement du Québec se transforme en gros hôpital», sinon il ne nous restera plus qu'à réfléchir à comment «transformer les polyvalentes en hôpitaux supplémentaires», a soutenu l'économiste.

Les Québécois devront donc se demander s'il ne faudrait pas ouvrir la porte au secteur privé dans les services de santé comme en Suède ou en France. C'est ce que proposait d'ailleurs l'Action démocratique du Québec aux dernières élections et ce que Claude Castonguay a défendu récemment à l'Institut économique de Montréal. Pour l'économiste, de telles avenues ne sont ni de gauche ni de droite. «C'est une question de mathématiques.»

L'immigration peut réduire quelque peu l'ampleur du choc démographique, mais elle ne peut résoudre le problème même si on multipliait par quatre le nombre d'immigrants, a expliqué son collègue Marc Van Audenrode. Les familles immigrantes ont une structure d'âge comparable aux familles québécoises et leur arrivée ne fera pas rajeunir les baby-boomers. Ce qui peut se produire toutefois, c'est que davantage de personnes de 55 ans et plus, et même de plus de 65 ans, se retrouvent sur le marché du travail. Liberté 55, «c'est pas mal fini. En tout cas, ça achève», a-t-il souligné.

De même, il est ridicule de parler, comme le fait le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, d'une pénurie de main-d'oeuvre totalisant 640 000 emplois en 2006. Il n'y aura pas de pénurie de main-d'oeuvre généralisée de cette ampleur: les emplois iront ailleurs ou ne se créeront pas. «L'économie va vouloir s'ajuster», a dit M. Van Audenrode.

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