Lisée choque ses concurrents

Jean-François Lisée, qui proposait l’an dernier d’attendre 12 mois avant la prochaine élection de 2018 pour décider d’une promesse de référendum, a rejeté toute possibilité avant le scrutin de 2022.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Jean-François Lisée, qui proposait l’an dernier d’attendre 12 mois avant la prochaine élection de 2018 pour décider d’une promesse de référendum, a rejeté toute possibilité avant le scrutin de 2022.

Jean-François Lisée prend pour cible les marchands d’illusions au sein du Parti québécois, c’est-à-dire ceux qui promettent une victoire du camp du Oui d’ici 2022.

Le député de Rosemont en est certain : le PQ en sera quitte pour l’opposition s’il « brusque » les Québécois au cours de la prochaine campagne électorale en leur promettant de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec une fois de retour aux commandes de l’État. «“Entre eux [les libéraux] et un référendum, on préfère eux” : en ce moment, c’est ce qu’ils disent, les Québécois. […] Mon expérience politique de plus de 20 ans me dit que, d’ici 24 mois, ça, ça ne changera pas », a soutenu le candidat à la direction du PQ lors d’un impromptu de presse lundi.

Du coup, le slogan préélectoral du PQ devrait ressembler à « stressez pas en 2018 » et choisissez un « ostie de bon gouvernement », comme l’a exprimé l’ex-conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard. « Ce n’est pas réaliste de dire : en 24 mois, on serait prêts à dire aux Québécois : “Donnez-nous un mandat pour réaliser l’indépendance.” M. Parizeau a pris six ans. Aucun d’entre nous n’est de la stature de Jacques Parizeau et on ferait ça dans le tiers du temps, soyons sérieux », a poursuivi M. Lisée.

On va opposer au gouvernement Couillard un vrai bon gouvernement en 2018 […], mais on va aussi, dès les mois prochains, commencer à parler de souveraineté, pas entre nous, ce qu’on fait toujours les indépendantistes, mais aux Québécois

 

Les deux autres candidats à la chefferie du PQ, Alexandre Cloutier et Véronique Hivon, trouvent la sortie médiatique de M. Lisée pour le moins précipitée. Cependant, ni l’un ni l’autre ne promettent à l’heure actuelle de tenir un référendum dans un premier mandat péquiste. Pour le moment, seule la candidate pressentie Martine Ouellet prône cette idée. D’ailleurs, il s’agit de « la seule façon de battre Philippe Couillard en 2018 », estime-t-elle.

Alexandre Cloutier a reproché à M. Lisée de faire fi du « caractère imprévisible de la vie politique » en balayant du revers de la main un référendum de 2018 à 2022. « J’ai assez d’expérience en politique pour vous dire que les choses changent extrêmement rapidement, et écarter tout projet de consultation populaire pendant les six prochaines années m’apparaît irréaliste », a-t-il déclaré lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.

Étonnement

Néanmoins, le député de Lac-Saint-Jean a convenu que le projet indépendantiste n’est pas porté à l’heure actuelle par un « élan populaire ». « On doit sentir que les Québécois sont derrière nous, qu’ils ont envie d’embarquer dans le projet de pays qu’on leur aura présenté », a-t-il souligné.

Pour sa part, Véronique Hivon juge que le « projet de pays doit demeurer au coeur de [l’]engagement » du PQ. À son avis, la proposition de M. Lisée équivaut à un refus de parler de souveraineté. « Il dit qu’il faut se donner au moins six ans avant de pouvoir penser parler du projet, de remettre les gens en mouvement. Moi, je vous dis qu’il faut remettre les gens en mouvement dès maintenant », a-t-elle dit lors d’un point de presse tenu dans un parc de Montréal. La députée de Joliette estime que « la chose urgente à faire » est de « montrer aux Québécois comment ce projet s’incarne dans leur vie », pas de discuter d’une « date ou de mécanique » référendaire.

D’autre part, la décision concernant la tenue du prochain référendum « ne doit pas être l’apanage du chef, mais [plutôt le choix] du mouvement souverainiste dans son ensemble. La convergence doit être mise à profit pour ça, mais il appartient aussi aux Québécois » de décider, pense Mme Hivon. Elle promet pour sa part « de se présenter devant l’électorat en 2018 avec une démarche claire et un échéancier d’application de la démarche qui va être clair aussi ». « Il n’y aura pas de faux-fuyant, de piège ou de surprise. Mais peut-on se donner le temps de parler du projet plutôt que la mécanique ? », a-t-elle demandé.

L’ex-chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, n’a pu s’empêcher de partager son étonnement face à la première promesse de campagne à la chefferie du PQ de Jean-François Lisée. Il a invité sur sa page Facebook les partis politiques à « assume[r] face à l’électorat » leur « raison d’être ». « Ça s’appelle tout simplement être démocrate. Les gens, alors, retrouveront confiance en leurs élus », a-t-il écrit, ne nommant à aucun moment M. Lisée dans son billet.

L’ancien ministre des Relations internationales se défend de « mettre en veilleuse » le projet de pays du Québec. « Je veux même mettre dans l’article 1 du Parti québécois qu’on donne rendez-vous aux Québécois en octobre 2022, c’est juste dans six ans », a-t-il lancé.

Ouellet prolonge sa réflexion

Martine Ouellet maintient le suspense, et ce, même si les candidatures à la direction du PQ se bousculent depuis le départ fracassant de Pierre Karl Péladeau il y a 15 jours. La députée de Vachon précisera mardi le moment où elle annoncera si elle brigue — ou non — une nouvelle fois la chefferie du PQ. Plusieurs personnalités ont invité Mme Ouellet à prendre part à la nouvelle course à la direction du PQ, saluant son engagement « clair » à faire un pays du Québec dans un premier mandat.


Consultez notre dossier sur la course à la chefferie du PQ

13 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 mai 2016 00 h 35

    De moins en moins crédibles

    J'aime bien son mot quand il parle de marchants d'illusion , faire l'indépendance ce n'est pas seulement de décider de faire l'indépendance mais c'est aussi d'être capable de déterminer les conditions favorables, si ca continu comme ca, ce sont les autres provinces qui vont nous foute a la porte pour instabilité, caractérielle, nous sommes en train de devenir de moins en moins crédibles

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 17 mai 2016 13 h 34

      votre commentaire est de ceux qui ne font rien avancer ...
      les conditions favorables c'est quoi?

      Ça fait plus de 20 ans que, des gens comme vous, demandent des conditions favorables...pour que le Québec devienne un Pays...

      Un attrappe nigauds (les conditions favorables)...

      Le PQ a déjà tombé dans le piège...mais Il a appris depuis.

      Ceux qui réclament (ce piège) sont des fédéralistes ou des inconscients qui ignorent tout du processus référendaire ou font semblant de...

      C'est à ces derniers (les vrais inconscients) que le Parti Québécois va s'adresser...

      Un candidat qui essaie de faire populiste en disant vouloir faire une (sic)
      "osti de bon gouvernement" ...ça ne passe pas chez moi.


      Vivement l'arrivée de Martine Ouellet dans la mêlée...(pour continuer le
      projet de pays... avec Mme Hivon, M. Cloutier et/ou tout autre candidat(e) qui ne s'est pas encore manifesté(e).)

      Comme le dit si bien Mme Hivon, il faut remettre les gens en mouvement.

  • Michel Lebel - Abonné 17 mai 2016 04 h 02

    Quel langage édifiant!


    Le candidat Lisée promet un ''ostie de bon gouvernement''. J'ai bien lu! En utilisant pareil langage, l'homme vient de se discréditer comme chef de sa formation et encore plus comme éventuel premier minstre. Passons!


    Michel Lebel

    • Marc Tremblay - Abonné 17 mai 2016 22 h 27

      Ben voyons donc! Faut pas jouer les vierges offensées face à un sacre. C'est juste que c'est étonnant d'entendre ça de la bouche de Lisée.

    • Michel Lebel - Abonné 19 mai 2016 05 h 41

      @ Marc Tremblay,

      La question est que Lisée veut être chef de parti et éventuellement premier ministre. Il est un homme public et non un humoriste... Il est vrai qu'au Québec tout va de nos jours. Tout peut être dit impunément en ce pays de la liberté totale d'expression. Je ne mange pas de cette farine. Par ses propos populistes, Lisée s'est discrédité. C'est tout.

      Michel Lebel

  • Maryse Veilleux - Abonnée 17 mai 2016 06 h 04

    Il a raison!

    Il a tout-à-fait raison, cela démontre à quel point une frange des membres de ce parti sont déconnectés.

  • Pierre Desautels - Abonné 17 mai 2016 07 h 05

    Une question de temps.


    Malgré ce qu'ils disent, Véronique Hivon et Alexandre Cloutier en arriveront à la même conclusion que Lisée. Seule Martine Ouellet, contre vents et marées, garde le cap...

    • - Inscrit 17 mai 2016 11 h 50

      Je suis aussi de cet avis. Donc, ça ne sert à rien de déchirer sa chemise pour ensuite convenir ensemble qu'il vaut mieux y mettre le temps pour préparer un vrai projet de société qui soit un projet gagnant de pays.

  • Germain Dallaire - Abonné 17 mai 2016 07 h 32

    La souveraineté, oui mais...

    Il faudra bien un jour trouver un nom pour tous ces souverainistes qui prétendent l'être mais disent que la population n'est pas prête et qu'en attendant, il faut être un bon gouvernement. Si ce n'était de l'utilisation de l'anglais, on pourrait parler de "wishfull" souverainiste. On pourrait parler de néo-souverainistes ou encore de crypto-souverainistes. Peut-être simplement de jovialistes de la souveraineté parce que jovialiste, c'est à peu près ce qu'avait l'air M. Lisé hier quand il parlait de son hostie bon gouvernement. À la fin des années 90, Mario Dumont avait mis le référendum en veilleuse pour dix ans. À l'époque, tout le monde avait bien compris qu'il ne pouvait plus être considéré comme souverainiste, ce que l'évolution de l'ADQ et de la CAQ a confirmé. M. Lisé parle de six ans, M. Cloutier parle des changements imprévisibles de la politique, Mme Hivon des travaux de la convergence dont QS, avec sagesse, s'est retirée le temps de la course péquiste. Vivement Mme Ouellet pour parler un peu du présent!
    Germain Dallaire
    abonné