QS rejette la stratégie de Lisée

«Le minimum qu’on doit aux gens de notre société québécoise, c’est la clarté», dit la porte-parole de Québec solidaire Françoise David.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le minimum qu’on doit aux gens de notre société québécoise, c’est la clarté», dit la porte-parole de Québec solidaire Françoise David.

Le report d’un référendum sur la souveraineté durant un deuxième mandat du Parti québécois (PQ), comme le propose l’aspirant-chef Jean-François Lisée, serait un obstacle important à la convergence des forces indépendantistes, estime Québec solidaire.

Pour qu’il y ait convergence, le PQ devra proposer une « démarche claire dès le premier mandat » en faveur de la souveraineté, affirment Françoise David et Andrés Fontecilla, co-porte-parole de Québec solidaire (QS). En table éditoriale au Devoir dans le cadre des 10 ans de la création de QS, ils insistent aussi pour que le PQ adopte une plateforme résolument progressiste en vue d’une éventuelle alliance au scrutin de 2018.

Québec solidaire met en veilleuse le projet d’alliance électorale avec les autres partis indépendantistes d’ici à ce que le PQ élise un nouveau chef, en octobre prochain. La formation de gauche compte consulter ses membres avant d’entériner toute forme de convergence avec les autres partis, préviennent les deux porte-parole de QS.

« On ne va pas en élection en disant aux gens : “Surtout, oubliez qu’on est souverainistes. Faites semblant qu’on ne l’est pas, là, pour vous rassurer.” De toute façon, ça ne marche pas, alors pourrait-on être clair ? Le minimum qu’on doit aux gens de notre société québécoise, c’est la clarté », dit Françoise David.

Calendes grecques

Andrés Fontecilla estime que le processus d’accession à l’indépendance fait partie des « sujets fondamentaux » sur lesquels les partis doivent être d’accord pour qu’il y ait convergence. « On vient d’entendre M. Lisée dire “pas de référendum durant le premier mandat”, donc la stratégie du gouvernement est renvoyée aux calendes grecques. […] Si on renvoie à un horizon très lointain la possibilité d’un référendum, d’une démarche vers l’indépendance, évidemment que les discussions vont être plus ardues en ce qui nous concerne », dit-il.

Pas à n’importe quel prix

Québec solidaire fête ses 10 années d’existence. Le parti a remporté 7,6 % des voix aux élections de 2014 et fait élire trois députés, quand Manon Massé est allée rejoindre Amir Khadir et Françoise David sur les banquettes de l’Assemblée nationale.

Né en 2006 de la fusion de l’Union des forces progressistes et d’Option citoyenne, le petit parti se fait reprocher régulièrement de « diviser le vote souverainiste » et de favoriser le maintien au pouvoir des libéraux. Québec solidaire se défend de jouer les trouble-fête et affirme que la fameuse convergence avec le Parti québécois et Option nationale ne se fera pas à n’importe quel prix.

« On ne demande pas au Parti québécois d’adopter le programme de Québec solidaire, on lui demande de se prononcer sans ambiguïté, parce qu’on nage souvent dans l’ambiguïté avec le PQ, sur des sujets qui nous apparaissent fondamentaux », dit Mme David.

QS attend par exemple une position claire du PQ contre l’exploitation du pétrole et des projets de pipelines. La formation de gauche insiste aussi sur la nécessité de taxer davantage les banques et les institutions financières, sur davantage de justice sociale grâce aux programmes sociaux et sur une politique identitaire inclusive. La charte des valeurs du Parti québécois passait très mal chez QS.

Capitalisme humain

Le parti se défend d’avoir une vision étroite et idéologique. Les porte-parole s’emportent quand on leur rappelle qu’ils ont été qualifiés de « bolcheviques ».

« Ça, excusez-moi, mais c’est vieux, notre image a changé », dit Françoise David. Le parti est favorable à la création de richesse et appuie une baisse d’impôts pour les petites entreprises, insiste-t-elle.

Signe des temps, le parti compte dissiper les doutes sur son programme économique lors de son congrès du 10e anniversaire qui aura lieu la dernière fin de semaine du mois de mai, à Montréal. « On veut inscrire nommément que Québec solidaire favorise la croissance économique balisée par des notions d’intérêt commun », dit Andrés Fontecilla.

Une autre résolution prévoit de revisiter la proposition d’assemblée constituante pour « lui donner un mandat plus précis en ce qui concerne la souveraineté du Québec », explique-t-il. Les statuts de QS prévoient ainsi qu’un gouvernement solidaire convoquerait une assemblée constituante chargée de rédiger la constitution d’un Québec souverain — dans un premier mandat.

Le petit parti a une relève de qualité pour assurer un changement de garde, souligne Françoise David. À 68 ans, elle admet qu’elle n’a pas décidé si elle sera candidate aux élections de 2018. Amir Khadir, lui, a dit être prêt à céder sa place dans la circonscription de Mercier, qu’il représente depuis 2008, si des militants du parti se manifestent pour lui succéder.

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