Les militants libéraux ouvrent grand les bras à l’économie de partage et à Uber

La Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (CJPLQ) a remporté une victoire marquante avec l’adoption de sa proposition sur l’économie de partage, proposition qui entre en collision avec le projet de loi 100 sur l’industrie du taxi. 

Après le vote au Conseil général du parti qui se poursuivait samedi, le président de la CJPLQ, Jonathan Marleau, s’est réjoui du résultat, indiquant que c’était maintenant au gouvernement de modifier sa position sur Uber et l’industrie du taxi. «La balle est maintenant dans son camp», a-t-il dit. 

Le CJPLQ présentera des amendements au projet de loi 100, défendu par le ministre des Transports, Jacques Daoust, a indiqué Jonathan Marleau. Selon lui, le projet de loi 100 n’est pas conforme, dans sa forme actuelle, à la résolution adoptée par les militants libéraux. «Il n’y répond pas complètement parce qu’il vient baliser trop sévèrement l’économie de partage et vient essayer de la rentrer dans l’économie traditionnelle», juge le président de la CJPLQ. 

Si Jonathan Marleau est apparu soulagé après le vote, c’est la queue entre les jambes qu’il avait croisé les journalistes plus tôt en matinée, avant que la proposition ne soit débattue. Il venait de prendre le petit déjeuner avec Philippe Couillard et de rencontrer le ministre Jacques Daoust. Vendredi, il avait laissé entendre que le projet de loi 100 ne respectait toutes les valeurs libérales. «J’ai peut-être mal cité», a-t-il laissé tomber, piteux. «Peut-être j’ai ouvert une porte. C’était une erreur, je crois parce que ce n’était pas le fond de ma pensée.»

Sans nommer Uber ou tout autre multinationale de «l’économie collaborative», la résolution adoptée demande au gouvernement de s’engager à collaborer avec les principaux joueurs de l’économie de partage pour permettre les nouvelles pratiques et à «élaborer un cadre législatif et réglementaire qui prend en compte et qui s’inscrit dans la logique des nouveaux modèles d’affaires des acteurs de l’économie de partage et collaborative».

Le gouvernement a rapidement trouvé une parade : puisque Uber, ce n’est pas de l’économie de partage, la résolution, qui porte sur l’économie de partage, ne vise aucunement Uber ou le projet de loi 100. Jacques Daoust a repris ce syllogisme. «C’est une résolution sur l’économie de partage, ce n’est pas une résolution sur Uber», a-t-il soutenu.  

Le ministre s’est toutefois montré ouvert à recevoir des propositions d’amendements de la part de la CJPLQ. Jacques Daoust a dit que la solution qu’il a trouvée «n’est certainement pas l’idéal», mais que personne ne lui a proposé une solution qui soit meilleure.

Pour le gouvernement, il ne s’agit pas d’une rebuffade ou d’une fronde. «Il ne faut voir ça de façon démesurée non plus : l’aile jeunesse, ce n’est pas la première fois qu’elle est en désaccord avec le gouvernement de son parti.» Dans l’entourage du premier ministre, on préfère cette dissidence à une gênante absence de débat. On se souvient amèrement de ce militant, Martin Drapeau, qui avait voulu présenter, lors d’un Conseil général en novembre 2010, une proposition réclamant la création d’une commission d’enquête sur l’attribution des contrats dans l’industrie de la construction. Aucun militant n’avait daigné se lever pour appuyer le militant dissident et la proposition ne fut pas débattue, projetant l’image d’un Parti libéral où les enjeux importants étaient occultés. 

Lors de la plénière, les échanges sur la proposition furent animés, mais civils. Les opposants ont plaidé pour le respect des lois du Québec, une concurrence encadrée plutôt que déloyale, comme celle que pratique Uber.

Un militant de Roberval, Jonathan Hamel, qui a travaillé à la campagne à la chefferie de Philippe Couillard, a fait valoir qu’avec le projet de loi 100, le Québec rejetait un nouveau mode de consommation et de travail qui prend pied partout dans le monde. «Le projet de loi 100 a été applaudi par Martine Ouellet, Amir Khadir et Guy Chevrette. Ça en dit long», a-t-il dit avant le vote.  

Seul député à intervenir, Pierre Ried a souligné que de nombreux projets de loi étaient votés à l’unanimité à l’Assemblée nationale : il arrive que libéraux et péquistes soient d’accord. «Ce n’est parce que des péquistes sont d’accord que ce n’est pas bon», a-t-il déclaré.

L’ancien journaliste de Radio-Canada et militant libéral, Pierre Bouillon, a livré un vibrant plaidoyer en faveur de l’économie de partage. «Le Parti libéral du Québec a fait entrer le Québec dans la modernité. Le Parti libéral du Québec est le parti de l’économie de marché. […] Le Parti libéral du Québec est le parti de l’innovation. Le Parti libéral du Québec veut transformer le Québec. Je ne reconnais pas ces valeurs dans le projet de loi 100», a-t-il lancé sous les applaudissements. 

Par ailleurs, les militants ont rejeté une proposition pour restreindre le pouvoir du chef libéral de désigner les candidats aux élections dans les circonscriptions. Ils ont également voté contre une résolution s’opposant à la création d’un registre des armes à feu. Enfin, les militants ont adopté une proposition voulant que le Québec accueille au moins la part d’immigrants reçus au Canada qui correspond au poids de sa population, soit 60 000. Comme l’objectif du gouvernement fédéral est d’accueillir 305 000 immigrants en 2016, il faudrait plutôt que le Québec admette 70 000 immigrants pour maintenir le même rythme que le reste du Canada. 
24 commentaires
  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 14 mai 2016 17 h 16

    Non à 70,000 immigrants

    Accueillir des immigrants n'est pas un défi avec le reste du Canada mais plutôt être capable de prendre les moyens pour bien les intégrer à la société d'accueil. On devrait même diminuer la moyenne de 60,000 à 50,000 car actuellement on n'arrive pas à leur donner des implois selon leurs aptitudes.

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 mai 2016 17 h 24

    Le PLQ, un parti de droite

    Cette soi-disant économie de la collaboration, c'est faire baisser les prix au détriment des salaires en privant l'État de recettes fiscales nécessaires et en expédiant les profits à l'étranger. Rien de nouveau pour le PLQ, semble-t-il.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 14 mai 2016 17 h 58

    Réponse à Pierre Bouillon

    Le Parti libéral du Québec a fait entrer notre société dans les inégalités sociales. Le Parti libéral est le parti de l'économie de marché et nous n'en voulons pas. Le Parti libéral est le parti de l'innovation en terme de mesures stimulant la pauvreté. Le Parti libéral a été un expert en communication pour créer la division entre Montréal et les régions lors du conflit étudiant en 2012. Le Parti libéral avait pour projet de transformer l'éducation en valeur marchande et d'en augmenter les frais pour en réduire l'accès. Le Parti libéral, par sa vision, saborde le Québec au niveau économique en n'intervenant pas pour réglementer le commerce en ligne qui est en train d'affaiblir notre économie. Le Parti libéral est aveugle en terme de vision sociale, profitez du moment où les partis d'opposition n'ont pas de chef charismatique, parce que lorsque cela se produira, le Parti libéral sera digne de la filière 13.

  • Louis Lapointe - Abonné 14 mai 2016 18 h 14

    Vivement un programme uber pour le barreau!

    Pendant ce temps, les jeunes du jeune barreau de Montréal veulent contingenter l'entrée à l'école du barreau. Uber devrait inventer un programme informatique pour transformer la profession d'avocat en profession de "partage"!

  • Robert Beauchamp - Abonné 14 mai 2016 20 h 38

    L'avenir

    Lorsque ces jeunes arriveront à diriger ce parti: Attachez vos tuques! Le parti libéral tire à droite? On n'a encore rien vu. Les émules de Godbout, Montmarquette et cie ont été bien formés.