Québec s’apprête à intégrer Uber à l’industrie du taxi

Le ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports, Jacques Daoust, lèvera le suspense en présentant, jeudi, un projet de loi qui intégrera Uber à l’industrie du taxi.

Le titre du projet de loi laisse peu de doutes sur les intentions du ministre : « Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant principalement les services de transport par taxi ». Jacques Daoust ne légifère pas sur « l’économie de partage » dont la multinationale Uber s’est faite la grande propagandiste, mais sur l’industrie du taxi au sein de laquelle figureront les services fournis par Uber. « On n’est pas en train de faire un projet de loi anti-Uber, on est en train de revoir l’industrie du taxi », a-t-il affirmé à l’Assemblée nationale.

Jacques Daoust a évoqué la souplesse — la « flexibilité », c’est le mot qu’il a répété — que le projet de loi accordera aux firmes « de nouvelles technologies qui sont les intermédiaires de taxi ». Mais une de ses préoccupations centrales, c’est le lien de confiance entre les détenteurs actuels de permis de taxi et le gouvernement. Le ministre a rappelé que le gouvernement du Québec a toléré et même appuyé le marché secondaire des permis de taxi. « Il y a plein de gens qui ont fait confiance au gouvernement et on n’a pas le droit spontanément de décevoir leur confiance », a-t-il dit. Les changements se feront « dans le respect des personnes qui sont chez nous », a promis Jacques Daoust.

Ventes comptabilisées

Selon les informations qui ont filtré dans d’autres médias, le gouvernement imposera l’installation d’un module d’enregistrement des ventes (MEV) dans tous les véhicules engagés dans le transport par taxi, y compris les voitures reliées au système Uber. Les taxes non perçues dans l’industrie représenteraient un manque à gagner pour le gouvernement de près de 100 millions.

Le ministre a souligné qu’un chauffeur de taxi, même s’il est travailleur autonome, n’est pas exempté de percevoir les taxes de vente sur ses revenus de moins de 30 000 $, comme c’est cas pour les autres travailleurs autonomes. Il a salué l’ouverture récente d’Uber qui s’est montrée disposée à percevoir les taxes de vente alors qu’elle s’y était toujours opposée. En outre, le ministère des Transports délivrera de nouveaux permis sous forme de blocs d’heures.

Opposition

Au nom de la modernité, la Coalition avenir Québec a choisi de défendre les intérêts de la multinationale et de ses usagers. Le député de Groulx, Claude Surprenant, a pressé le ministre de « s’ouvrir à l’économie de partage du XXIe siècle ». Le député a prédit que si le gouvernement parvenait à se débarrasser d’Uber, « il y en aurait 100 autres demain pour prendre la place ».

Que des jeunes libéraux, ulcérés par le traitement réservé à Uber — traitement contraire, à leurs yeux, au principe de libre marché cher à leur parti — préparent une fronde contre lui et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, n’émeut guère Jacques Daoust. Le Parti libéral du Québec « tolère la dissidence », a-t-il dit.


1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 12 mai 2016 08 h 47

    Deux mots : trahison et duperie

    Trahison de l'industrie du taxi.

    Duperie quant à la mise au pas d'UBER.

    C'est très exactement à l'inverse de ce qui avait été annoncé : UBER met au pas l'industrie du taxi.
    On ne pouvait rien attendre d'autre des libéraux.

    C'est l'ouverture « à l’économie de partage du XXIe siècle », comme la prônent le PLQ et la CAQ : l'hyperconcentration des profits entre les mains des mafieux.

    Servile Daoust, servile Anglade.