Vent de résistance contre Hydro-Québec aux États-Unis

L’ambitieux projet d’exporter plus de 1090 mégawatts supplémentaires d’hydroélectricité du Québec vers le Nord-Est des États-Unis se heurte à une campagne sans précédent des producteurs d’énergie de la Nouvelle-Angleterre, qui disent craindre de perdre 30 % de leur marché.

La New England Power Generators Association (NEPGA), qui représente 100 centrales produisant 84 % de l’électricité dans la région, se bat bec et ongles contre la présence accrue d’Hydro-Québec dans ce marché extrêmement lucratif.

Dans une lettre ouverte publiée mardi dans le Boston Herald, le président de l’organisme fait valoir que l’État québécois livrerait une concurrence déloyale aux producteurs américains en « subventionnant » la production d’énergie. Il affirme que quatre des six dernières pénuries d’énergie en Nouvelle-Angleterre sont dues à des défaillances de transmission de l’hydroélectricité québécoise.

« Le projet de loi sur l’hydroélectricité présenté à la législature de l’État est fait sur mesure pour Hydro-Québec et [son partenaire américain] Eversource — et payé par les résidants et les entreprises du Massachusetts. Il donnerait en sous-traitance le tiers de notre consommation d’électricité en vertu d’un contrat subventionné sur des décennies », écrit Dan Dolan, président de NEPGA.

La société d’État a dû répliquer à ces affirmations au cours des dernières semaines, en émettant des communiqués en réaction aux sorties de NEPGA. « Nous rétablissons les faits », dit Gary Sutherland, porte-parole d’Hydro-Québec.

Cet appel d’offres de trois États — Massachusetts, Connecticut et Rhode Island — pour fournir 5067 GWh d’électricité par an, sur une période de 15 à 20 ans, est une des grandes priorités d’Hydro-Québec. Le premier ministre Philippe Couillard s’est rendu à Boston en novembre dernier pour faire la promotion de l’hydroélectricité « propre » du Québec.

Ces États se sont engagés à diminuer de façon importante leurs émissions de gaz à effet de serre, qui provoquent les changements climatiques. Le Massachusetts, par exemple, compte réduire ses émissions de GES de 25 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2020, et de 80 % d’ici 2050. Le gouverneur de l’État, Charlie Baker, a déclaré en septembre dernier que « l’hydroélectricité canadienne rendra la chose beaucoup plus facile ».

La vache à lait d’Hydro

Hydro-Québec fournit déjà environ 10 % de l’électricité du nord-est des États-Unis en vendant de l’énergie de façon ponctuelle, surtout lors des pointes de consommation des grands froids d’hiver et des grandes chaleurs d’été. Les exportations représentent une vache à lait qui a fourni près du tiers du bénéfice net de la société d’État en 2015, soit 902 millions sur des profits totaux de 3,1 milliards.

Pour répondre aux besoins croissants de la Nouvelle-Angleterre, la société d’État québécoise et son partenaire américain, Eversource, comptent construire la ligne de transmission Northern Pass, entre le poste des Cantons, au Québec, et Deerfield, au New Hampshire, d’où elle rejoindra le système électrique de la Nouvelle-Angleterre. Il s’agit d’un projet de 1,6 milliard de dollars.

Les producteurs américains d’électricité montrent du doigt quatre rapports de l’organisme indépendant ISO New England qui évoquent l’approvisionnement en hydroélectricité du Québec en lien avec des interruptions de courant récentes en Nouvelle-Angleterre. L’organisme souligne toutefois de façon plus large que les problèmes d’alimentation en électricité de la Nouvelle-Angleterre sont liés « à l’utilisation croissante de ressources dont le rendement et la disponibilité sont incertaines, soit des centrales au gaz naturel ne bénéficiant pas de dispositions fermes pour le transport ou l’entreposage du gaz et comptant sur du carburant acheté juste à temps », fait valoir Hydro-Québec.

L’énergie du désespoir

Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, souligne que les producteurs américains d’électricité ont beaucoup à perdre avec la transition de la Nouvelle-Angleterre vers les énergies durables. C’est pourquoi ils se défendent avec l’énergie du désespoir.

« Il n’y a plus de possibilités de croissance pour les centrales au gaz naturel, notamment, avec les contraintes environnementales que s’imposent eux-mêmes les États », explique-t-il.

Depuis une quinzaine d’années, la part des centrales au gaz naturel dans la production totale d’électricité en Nouvelle-Angleterre est passée de 10 % à environ 50 %, souligne le professeur. Les États s’imposent désormais une transition vers l’hydroélectricité et l’éolien, notamment.

Le discours de NEPGA, selon lequel le Québec « subventionne » l’électricité de ses consommateurs locaux par l’exportation aux États-Unis, « ne tient pas debout », fait valoir Pierre-Olivier Pineau. Le prix de l’hydroélectricité pour les clients résidentiels du Québec est fixé par la Régie de l’énergie. Hydro-Québec vend son énergie aux prix du marché aux États américains. La présence d’Hydro-Québec — un concurrent de taille dans ce marché — a sans doute « un impact à la baisse sur les prix en Nouvelle-Angleterre », rappelle le spécialiste.

L’hydroélectricité coûte moins cher à produire que l’énergie issue des autres méthodes, souligne Pierre-Olivier Pineau. La production ininterrompue, par des barrages, a aussi l’avantage d’être prévisible et invulnérable à des facteurs comme l’approvisionnement en gaz, par exemple.

En augmentant la part du marché d’Hydro-Québec, la ligne de transmission Northern Pass produirait des économies d’énergie de 170 millions par année en Nouvelle-Angleterre, selon une étude financée par Massachusetts Clean Energy Partnership, dont fait partie la société d’État québécoise.

Les producteurs d’énergie américains citent une autre étude qui conclut à une facture supplémentaire de 777 millions par année pour les Américains, en raison notamment du contrat à long terme qui lierait les États à Hydro-Québec.

9 commentaires
  • André Bastien - Abonné 11 mai 2016 08 h 20

    Libre marché?

    Les américains sont pour le libre marché et le libre échange à condition que ce soit eux les gagnants! Et Donald Trump le dit clairement, avec grand succès auprès de son électorat.

  • François Dugal - Inscrit 11 mai 2016 08 h 28

    Sus aux socialistes

    Sus à tous ces socialistes du Nord qui ne parlent pas anglais et qui veulent nous vendre leur électricité soi-disant verte à des prix ridiculement bas!

  • Jean-Yves Arès - Abonné 11 mai 2016 09 h 11

    «La vache à lait d’Hydro»


    Ça c'est le discour du nouveau PDG d 'Hydro Éric Martel. Un discours que refusait de faire l'ex PDG démissionnaire Thierry Vandale. On a toutes les raisons de croire que c'est ce refus de prétendre que l'exportation est payante alors que les prix à l'exportation sont au plancher et que le GV force l'achat de nouvelles approvisionnement au triple et quadruple du prix d'exportation. Et en plus que l'on nage dans les surplus, donc les nouveaux achats sont obligatoirement vendus à l'exportation, à très grande perte.

    Si Hydro veux que l'on croie à ces supposés profits à l'exportation qu'elle nous donne sont prix moyen sur l'ensemble de son volume d'énergie exporté, et qu'elle nous ventile ses coûts de production de cette énergie exportée.

    Là les prix à l'exportation (hors pointes) sont réputés être de 0.03$ le KWh, hors le profit que dit faire le nouveau PDG d'Hydro est justement de 0.03$ le KWh, la production de l'énergie vendu à l'exportation serait d'un coût de 0.0 cenne... Et 100% du prix de vente serait un pur profit.

    Ce qui est à zéro ce n'est pas le coût des exportation mais bien la confiance que l'on peut avoir des déclarations de profitabilité du nouveau PDG Éric Martel.

  • Gilles Théberge - Abonné 11 mai 2016 09 h 15

    Vou ne trouvez pas que ça ressemble à un autre dossier

    Celui du bois par exemple!

    On a du bois en quantité, ils prétendent qu'on le subventionne...

    On a de l'électricité en quantité, ils prétendent qu'on le subventionne.

    Ils ont du lait en quantité... C'est par un tour de passe passe qu'ils sont en train de mettre notre industrie à terre.

    Ils veulent le beurre et l'argent du beurre?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 mai 2016 13 h 55

      «Ils veulent le beurre et l'argent du beurre?»

      Heu, vous parlez de nos producteurs laitiers là?

      Parce que la barrière tarifaire appliquée sur le beurre par le Canada si elle n'a pas été changée c'est 300% !

      Bien sur sur l'on veut rester assis sur ses acquis et imaginé qu'ils resteront les même jusqu'a la nuit des temps nos voisins peuvent peur par leur dynamisme. Mais on peut aussi penser qu'ils peuvent nous inspirer pour leurs meilleurs pratiques. Vous pouvez faire un voyage au sud de nos frontières avec des producteurs d'ici (mais attention au vertige !).
      http://www.lacoop.coop/cooperateur/articles/2013/0

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 mai 2016 16 h 40

      @ JYA Vous semblez vous y connaître en vaches à lait et en hydro-électricité...alors expliquez-moi comment il se fait que la ligne de transport et la ligne de distribution (ligne double) sont déjà ou presque en mode opérationnels?...ca,c'est pour l'électricité

      quant aux vaches québécoises, je suis fort aise que nos producteurs laitiers ne possèdent pas de fermes laitières comme celle des 8 mille
      vaches dans deux bâtiments au Wisconsin...Pauvres vaches...et pauvres Nous...recevant ces GES ...gracieuseté des USA. (vents dominants venant de l'ouest.)

      Quant aux qotas et autres "barrières" tarifaires fédérales...c'est du chinois pour le commun des mortels...Je sais par contre que nos producteurs de lait et fromage..ont un dilemme avec le diafltré venant des USA ...question poudre de lait protéiné qui s'est enfargé dans les méandres de nos ronds de cuir fédéraux ou est-ce l'inverse...?

      Pour faire une histoire courte....j'espère que l'on va pouvoir vendre notre électricité au sud de nos frontières québécoise...électricité renouvelable.
      Car parait-il que terre-neuve le fait ou le fera aussi...et le fédéral lui a refilé une subvention assez costaude pour le faire.

      Serait-ce de là que vient cette soudaine levée de bouclier de la NE?
      quand le fédéral s'en mêle...il y a toujours du négatif pour le Québec.

      VLQL... comme dirait m. côté

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 mai 2016 11 h 14

      @ Nicole, je ne connais pas beaucoup le secteur laitier mais je m'intéresse a celui de l'énergie depuis une vingtaine d'années. Je ne sais pas de quelle ligne de transport vous parlez mais je sais que ce qui a convaincu le GV de ne plus ajouter d'appel d'offre en production d'électricité ce ne sont pas nos surplus... mais l'impossibilité dans livrer plus à l'extérieur de nos frontières, les lignes de transport étant pleines ! Pour dire, il n'y a pas juste les pétrolières qui ont de la difficulté à sortir leur production du pays !

      Pour les barrières tarifaires elles sont bien simples (même si le détail de leur application est complexe). Ce sont des taxes applicables sur certains produits qu'on ne veut pas voir faire compétiton avec notre propre production intérieur, et c'est variable selon les réciprocités ''d'amitié'' des pays, ou par ''compassion'' de type aide aux pays en développement.
      http://www.cbsa-asfc.gc.ca/trade-commerce/tariff-t

      Bref les choix sont très subjectifs, et les intérêts de plusieurs secteurs s'entrecroisses, même s'il n'ont aucun liens entre eux. (comme l'attente de l'approbation d'un pipeline pour confirmer un investissement en aéronautique).

      Moi aussi je suis pour l'exportation d'électricité, mais uniquement si l'opération est rentable et ne consite pas a vendre notre portion patrimoniale à bas coût (et prétendre des profits!) pour ensuite nous faire payer à grand coûts les productions additionnelle dont on avait pas besoin, et qui sont très cher. Dans ce cas, qui est le nôtre, on détrousse et appauvrie la population pour créer un besoin artificielle qui fait le bonheur monétaire de quelques uns. C'est priorisé la business sur l'intérêt de la population et le sociale en générale.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 mai 2016 11 h 16

      Et voyez le portrait, le secteur de production d'électricité américain crie au dumping de notre électricité et nos producteurs crient a l'agonie annoncée pour d'ingrédiants laitier qui fitre a travers le mur de protection tarrifaire...

      Dans les deux cas ce que les acteurs respectifs veulent c'est un prix élevé aux consommateurs de leurs produits !

  • Christian Méthot - Inscrit 11 mai 2016 12 h 58

    Ça se comprend...

    Il est évidement qu'une telle transaction d'électricité serait économiquement bénéfique pour le Québec, qui pourrait exporter ses ressources énergétiques, à l'instar des pays exportateurs de pétrole qui exportent les leurs. Sur le plan environnemental et de la réduction de la production de gaz à effets de serres, les impacts seraient notoires, en contribuant à l’élimination d'électricité produite avec des combustibles fossiles.

    D'un autre côté, on ne peut que comprendre la réaction des Américains, qui apparait somme toute modérée. Imaginons un instant la situation inverse, où l’on planifierait que les Québécois importent 30% de leur consommation électrique annuelle des Américains ou des Ontariens; on ferait rapidement face à un scandale national, au point où il ne serait pas surprenant qu’une large frange de la population québécoise serait prise de convulsions, l'écume à la bouche, se roulant à terre et s'exprimant en "langues".

    Essayons au moins de convaincre les Américains qu'ils ont à gagner de cette transaction d'électricité, mais ne nous faisons pas trop d'illusions, surtout s'ils élisent Donald Trump.