Fournier accusé de faire deux poids, deux mesures

Sylvia Martin-Laforge, la directrice de l’organisme Quebec Community Groups Network.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sylvia Martin-Laforge, la directrice de l’organisme Quebec Community Groups Network.

L’organisme Quebec Community Groups Network (QCGN) reproche au ministre responsable de la Francophonie canadienne, Jean-Marc Fournier, de verser dans le « deux poids, deux mesures » quand il refuse de permettre aux enfants d’immigrants anglophones au Québec de fréquenter l’école anglaise tandis qu’il demande au Canada anglais d’ouvrir l’accès à l’école francophone au-delà de ses obligations constitutionnelles.

« On pourrait nous aussi trouver un moyen de se renouveler. C’est aussi important pour les anglophones du Québec que pour les francophones hors Québec », a fait valoir Sylvia Martin-Laforge, la directrice du QCGN qui regroupe 48 organismes communautaires de langue anglaise au Québec.

« La communauté d’expression anglaise trouve ça malheureux quele ministre Fournier soit si généreux envers les francophones hors Québec quand on a des gouvernements qui sont mesquins à notre égard », a déploré Sylvia Martin-Laforge.

Dans une vidéo diffusée la semaine dernière, Jean-Marc Fournier lançait un appel aux autres provinces pour qu’elles ouvrent « la porte de l’école francophone au-delà du minimum constitutionnel ». Ainsi, les enfants d’immigrants francophones ne devraient pas attendre que leurs parents obtiennent leur citoyenneté pour obtenir le droit de fréquenter l’école française.

Or, dans un point de presse mercredi dernier, Jean-Marc Fournier a indiqué qu’il n’était pas question d’offrir une forme de réciprocité en permettant aux immigrants anglophones au Québec de fréquenter l’école anglaise. L’« asymétrie » entre la situation du Québec et celle du reste du Canada est un concept bien compris dans les autres provinces, avait-il soutenu. « Ce n’est même plus une discussion. »

Selon Sylvia Martin-Laforge, la plus importante revendication de la minorité anglophone à l’heure actuelle porte sur l’accès à ses écoles : les immigrants issus des pays du Commonwealth et dont la langue première d’instruction est l’anglais devraient avoir le droit d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise, ce que la loi 101 leur défend. « Ça ouvre tout un panier de crabes. On le sait, ça », a-t-elle convenu.

En 1992, le Groupe de travail sur le réseau scolaire anglophone, présidé par Gretta Chambers, avait recommandé que tout enfant originaire de pays anglophones puisse fréquenter l’école anglaise au Québec.

En dehors de la région de Montréal, la communauté d’expression anglaise est en déclin. Partout, y compris à Montréal, la fréquentation des écoles de langue anglaise est en baisse dans une proportion plus forte que celle des écoles de langue française. Les deux réseaux sont affectés par des facteurs démographiques similaires, mais les écoles anglophones ne peuvent compter sur l’apport des immigrants pour amortir la chute. Selon les données compilées par le QCGN, le nombre d’élèves dans les écoles de langue anglaise a chuté de 60 % depuis 1971 contre 36 % dans le réseau francophone.

Qui plus est, en dehors de Montréal, la communauté anglophone compte de plus en plus sur les élèves dont la langue maternelle est le français — considérés comme des « ayants droit » — pour remplir ses écoles. Les francophones représentent le tiers des étudiants du réseau scolaire anglophone alors qu’ils n’étaient que 16 % en 1971.

À Montréal, l’inscription d’élèves anglophones à l’école française contribue de façon non négligeable au déclin de l’école anglaise. Plus du quart des élèves de langue maternelle anglaise fréquentent l’école française.

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