Course ouverte au PQ

Alexandre Cloutier serait le choix de 27% des sympathisants péquistes.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Alexandre Cloutier serait le choix de 27% des sympathisants péquistes.

La course à la chefferie du Parti québécois (PQ) s’annonce comme une des plus serrées de l’histoire du parti. Le député Alexandre Cloutier part avec une longueur d’avance, mais trois autres aspirants potentiels, dont Véronique Hivon, sont dans la course.

Le député Cloutier est le favori de 27 % des sympathisants péquistes, devant Bernard Drainville (15 %), Jean-Martin Aussant (14 %) et Véronique Hivon (11 %), révèle un sondage Léger réalisé les 4 et 5 mai, tout juste après la démission-surprise de Pierre Karl Péladeau.

Un des candidats potentiels, l’ex-député Jean-Martin Aussant, passera toutefois son tour : il a annoncé aux employés du Chantier de l’économie sociale — qu’il dirige depuis le mois d’août 2015 — qu’il ne sera pas de la course à la direction du PQ, a appris Le Devoir.

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Véronique Hivon

Selon nos sources, l’ancien élu péquiste et fondateur du parti Option nationale restera hors de la politique active parce qu’il tient à remplir son mandat au Chantier de l’économie sociale, un secteur qui représente presque 4 % des emplois au Québec. Il aime son travail et il tient à avoir du temps à consacrer à sa famille. Père de jumeaux de cinq ans, il avait renoncé à la politique pour des raisons familiales, en 2013. Ces raisons sont toujours valables trois ans plus tard.

Lutte serrée en vue

Le sondage Léger, mené sur Internet auprès de 1003 répondants, laisse croire qu’un couronnement paraît peu probable. « C’est la course à la direction la plus ouverte de l’histoire du Parti québécois », dit le sondeur Jean-Marc Léger. « Alexandre Cloutier part premier, mais les trois autres candidats [non déclarés] sont quand même dans la lutte », ajoute-t-il.

Ce sondage mesure des appuis bien théoriques, parce que la course n’est pas officiellement lancée. L’exécutif du PQ doit se réunir ce vendredi pour fixer les grands principes de la course — durée, dépenses maximales des candidats, etc. Aucun candidat n’a annoncé qu’il se lançait. Les aspirants chefs jaugent leurs appuis, font des appels et tentent de rallier les députés et militants péquistes.

Alexandre Cloutier part avec une longueur d’avance, mais sa collègue Véronique Hivon occupe aussi une place enviable dans l’opinion publique, malgré son appui de 11 %. Avec les députés Cloutier ou Hivon à sa tête, le PQ serait à égalité statistique avec le Parti libéral du Québec (PLQ) dans les intentions de vote, révèle le sondage.

Si le PQ était dirigé par Alexandre Cloutier, il obtiendrait 34 % des voix, devant le PLQ (32 %), la Coalition avenir Québec (21 %) et Québec solidaire (8 %). Avec Véronique Hivon, les libéraux seraient à 33 %, le PQ à 32 %, la CAQ à 22 % et QS à 9 %.

Le dernier coup de sonde de Léger, en mars dernier, plaçait les libéraux de Philippe Couillard en tête avec 33 % d’appuis, devant le Parti québécois, alors dirigé par Pierre Karl Péladeau (30 %), la CAQ (22 %) et Québec solidaire (10 %).

La bataille pour la direction du PQ s’annonce serrée, car certains des candidats pressentis peuvent s’exclure de la course. Le député Bernard Drainville, qui jouit de 15 % d’appuis selon le sondage, n’a pas donné d’indice sur ses intentions, cette semaine. Plusieurs s’attendent à ce qu’il ne présente pas sa candidature, après son ralliement tardif à Pierre Karl Péladeau en 2015. Et comme Jean-Martin Aussant ne se présente pas, il reste à voir à quels candidats iront ses appuis théoriques.

Le sondage annonce de mauvaises nouvelles pour les députés Jean-François Lisée et Martine Ouellet, qui réfléchissent à la possibilité de se présenter au poste de chef. À peine 6 % des sympathisants péquistes appuient M. Lisée et 4 %, Mme Ouellet (elle avait terminé troisième avec 13 % des voix dans la course qui avait couronné M. Péladeau, en mai 2015).

À 27 % chez les péquistes, l’appui d’Alexandre Cloutier se compare à celui de 29 % qu’il avait remporté lors de la course de 2015. Cette fois, aucun candidat ne se démarque comme Pierre Karl Péladeau, qui a dominé la bataille de l’an dernier du début à la fin. Élu avec 57,6 % des voix, l’actionnaire de contrôle de Québecor avait commencé la course avec l’appui de 53 % des sympathisants péquistes, avant même d’annoncer officiellement sa candidature.

Signe de la popularité de Pierre Karl Péladeau dans le mouvement souverainiste, 45 % des sympathisants péquistes disent souhaiter qu’il revienne un jour en politique ; 32 % s’y opposent.

Première vraie course

Cette fois, le PQ s’apprête à vivre « la première vraie course à la chefferie » de son histoire, estime Jean-Marc Léger. Les sept premiers chefs péquistes, de René Lévesque à Pauline Marois, avaient un dauphin — ou un aspirant successeur partait nettement favori — quand ils se sont retirés, rappelle le président de la firme Léger.

Cinq jours après la démission fracassante de M. Péladeau, qui a mis fin à sa courte carrière politique pour s’occuper de ses enfants, le caucus des députés péquistes doit élire ce vendredi matin le chef intérimaire du parti. Agnès Maltais et Sylvain Gaudreault ont manifesté le désir de diriger le PQ d’ici à l’élection du prochain chef, possiblement à l’automne 2016.

Selon notre sondage, 24 % des électeurs estiment que le départ de Pierre Karl Péladeau profitera au PLQ, 21 % croient que c’est la CAQ qui en bénéficiera, 16 % jugent plutôt que c’est le PQ et 3 %, Québec solidaire.

Un sondage probabiliste de cette taille (1003 personnes) aurait une marge d’erreur de 3 % dans 19 cas sur 20.


Les prétendants à la chefferie

Quelle personnalité politique ferait le meilleur chef pour le Parti québecois?
 
Nom Tous les répondants Électeurs péquistes
Alexandre Cloutier          22 % 27 %
Bernard Drainville 10 % 15 %
Véronique Hivon 10 % 11 %
Jean-Martin Aussant 9 % 14 %
Jean-François Lisée 6 % 6 %
Martine Ouellet 3 % 4 %

Sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal réalisé en ligne les 4 et 5 mai 2016 auprès de 1003 personnes. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3 % dans 19 cas sur 20.

L'ex-ministre Duhaime en faveur de Cloutier

Une nouvelle génération s’apprête à prendre les commandes du Parti québécois, se réjouit l’ancien ministre péquiste Yves Duhaime.

«
 Une nouvelle dynamique va s’installer. Et puis, c’est un changement de la garde complètement. On oublie un homme d’affaires prospère et puis on va se rajeunir de quelque 10, 15 ans, ça va envoyer un signal à notre jeunesse », a-t-il fait valoir dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

L’ex-député de Saint-Maurice a affiché jeudi son « penchant prononcé » pour le « garçon brillant » qu’est Alexandre Cloutier dans une éventuelle course à la direction du PQ. « [M. Cloutier] est diplômé pas à peu près. C’est rare qu’un gars du Lac-Saint-Jean ait un diplôme de Cambridge », a fait remarquer le natif du Saguenay. « Bref, il a très exactement le profil qu’il faut pour prendre la relève ! »

L’ex-membre des gouvernements de René Lévesque et de Pierre-Marc Jonhson ne trouve rien à redire sur Véronique Hivon. « Madame Hivon, c’est une femme qui a un bon gabarit », a-t-il souligné. Pour sa part, Martine Ouellet n’a pas une compétence suffisante en travail d’équipe, selon lui. « Elle a un compagnonnage un peu plus difficile. »

Marco Bélair-Cirino
9 commentaires
  • Claude Noël - Inscrit 6 mai 2016 07 h 34

    course au PQ

    Je verrais bien le duo Cloutier Yvon. Un duo à donner le goût de vivre aux québecois.

  • Yvon Bureau - Abonné 6 mai 2016 07 h 40

    Une Marche, pas une course svp

    Pour une Marche authentique, affirmative, sage et vraie.

    Élection à la chefferie : d'ici fin août.

  • - Inscrit 6 mai 2016 08 h 06

    En attente ...

    ... de ce que chacun a à dire. Tout est loin d'être joué.

  • Antoine Maranda - Abonné 6 mai 2016 08 h 34

    Du positif

    Le mouvement souverainiste a touché le fond du défaitisme et de l'auto-sabotage dans les dernières années, maintenant il va rebondir. Les successeurs possibles (Véronique Hivon, Martine Ouellet, Alexandre Cloutier) m'apparaissent charismatiques, crédibles et prêts à continuer le travail de repenser le PQ au XXIe siècle qu'a (enfin) entrepris avec clairvoyance le PQ avec la convergence souverainiste.

    Le PQ ne peut plus simplement traiter de haut tous les autres partis, parler plus du référendum que de la souveraineté elle-même, renier avec mollesse ses racines de gauche et ne pas tendre la main aux immigrants en s'enfermant dans un nationalisme purement ethnique. Il ne peut plus dénier leur identité et leurs revendications aux autochtones, ne pas remettre en question les fondements du système politique et économique à l'heure du libre échange dévastateur. En général il ne peut plus se permettre de ne voir dans l'indépendance que l'indépendance d'un état: ce qui a donné le goût aux gens de vouloir un pays, c'est d'abord de se libérer eux-mêmes, collectivement. D'où l'intérêt d'un processus participatif,clair, positif et ambitieux. PKP était un bon gestionnaire du parti, mais il manquait de naturalité (crispé) et son statut de grande figure de la droite économique et médiatique l'auraient à juste titre desservi. Il a consenti à ce que soit lancé enfin le parti sur la piste de l'humilité, de l'écoute, de la remise en question. Ça va continuer avec de la chance, jusqu'à ce qu'enfin cette formation dégage quelque chose de positif et d'entreprenant, ou bien elle éclatera et laissera place à mieux. L'indépendance c'est peut-être pour dans dix ans... ou dans cent. Mais ça ne peut pas toujours ne pas arriver, comme dit Miron.

    Émile Vigneault

  • Colette Pagé - Inscrite 6 mai 2016 10 h 04

    Un appel au Gros bon sens !

    Sans minimiser les qualités de Véronique Hivon, ne serait-il pas approprié qu'afin de faire l'économie d'une campagne à la chefferie, que la députation se rallie derrière le 2ème candidat ayant obtenu le plus de voix lors de la dernière campagne à la chefferie. Un député brillant doté d'une formation académique exceptionnelle et d'une expérience politique sans faute. Un chef capable de Faire de la Politique Autrement et de favoriser le projet de Convergence.

    • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 8 mai 2016 00 h 25

      Pour cela il faudrait un social democrate qui ait une volonte politique de remettre l'économie sur les rails et d'investir dans le cheminde fer et les transports en commun.

      Nous avons Hydro-Québec, il nous faut Chemin de Fer Québec maintenant et Mines Québec. Ainsi le minerai du Québec serait transformé au Québec avec des emplois a forte valeur ajouté.

      Il faudra décentraliser le Québec en créeant de vraies régions basées sur un bassin économique donc le Grand Montréal devrait être une seule région avec une seul société de transport, une seule commission scolaire,etc...

      Les régions devraient gérer à leur échelle tout ce qui concerne l'éducation, le logement, les transports, la mixité sociale des villes, les pompiers, le service de santé.

      Est-ce que les Québécois sont prêts à de tels changements?

      Dans les années 70-80 sûrement, maintenant ils ont d'autres aspirations que de s'intéresser à la politique et je ne parle pas de la majorité des femmes qui se moquent royalement de la politique alors que beaucoup de gens se sont battus pour qu'elles aient leurs droits.

      L'histoire se répète sans cesse mais l'humanité n'apprend jamais de ses erreurs.