Des prétendants sans dette

Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Pierre Karl Péladeau, Bernard Drainville et Martine Ouellet se sont affrontés lors de la dernière course à la chefferie du Parti québécois en 2015.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Pierre Karl Péladeau, Bernard Drainville et Martine Ouellet se sont affrontés lors de la dernière course à la chefferie du Parti québécois en 2015.

Tous les prétendants évoqués pour la succession de Pierre Karl Péladeau ont mis à zéro l’ardoise de leur campagne au leadership de 2015, révèlent les données du DGEQ. Seul l’ancien chef traîne encore une lourde dette.

Le sommaire des fonds de campagne que publie le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) montre qu’Alexandre Cloutier, Pierre Céré, Jean-François Lisée, Bernard Drainville et Martine Ouellet présentent aujourd’hui des bilans équilibrés pour la campagne qui s’est terminée il y a moins d’un an. Tous pourraient ainsi se lancer dans une nouvelle course sans être embarrassés par des obligations financières envers la Loi électorale.

L’an dernier, c’est M. Cloutier qui avait recueilli le plus de dons parmi les successeurs potentiels (près de 80 000 $ provenant de 725 donateurs), loin derrière M. Péladeau. Bernard Drainville (575 donateurs pour 75 000 $), Martine Ouellet (600 donateurs et 50 000 $), Jean-François Lisée (275 donateurs et 33 000 $) et Pierre Céré (240 donateurs et 21 000 $) suivaient. Seuls Alexandre Cloutier et Martine Ouellet ont mené leur course jusqu’au bout.

Le plafond de dépenses avait été établi à 400 000 $, et chaque candidat officiel devait payer 20 000 $ au Parti québécois (PQ) comme contribution aux frais d’organisation de la campagne. Le candidat Céré n’a toujours pas payé la deuxième tranche des frais d’inscription — son équipe et le PQ ont un différend à cet égard, M. Céré soutenant qu’il n’a pas à payer, puisqu’il s’est retiré avant la fin.

Payer sa campagne

Le cas de Pierre Karl Péladeau sera à suivre : celui-ci a jusqu’en mai 2018 pour rembourser sa dette, qui s’élève à 133 600 $. La loi prévoit que cette dette doit être payée au moyen de contributions d’électeurs. Et un électeur ne peut donner plus de 500 $ au cours d’une même campagne à la direction.

C’est donc dire que M. Péladeau devra se trouver au moins 250 donateurs prêts à le financer… cela même s’il n’est plus en politique active. Sinon quoi ? Une porte-parole du DGEQ répond que le dossier serait transmis à la direction des affaires juridiques pour « suivi approprié ». Une amende pourrait être imposée.

Il faut noter que la dette de M. Péladeau est largement d’ordre moral : il s’est prêté lui-même 100 000 $ pour mener sa campagne (qui a coûté quelque 385 000 $, plus de quatre fois plus qu’Alexandre Cloutier). Mais la loi prévoit qu’un candidat ne peut financer sa campagne à partir de ses propres fonds, de manière à éviter que des candidats riches soient avantagés.

Au fédéral, le cas de Ken Dryden avait montré les limites de la loi canadienne. Candidat au leadership libéral en 2006, l’ancien gardien de but s’était prêté 300 000 $ pour mener sa campagne. Aux dernières nouvelles (2013), il devait toujours 225 000 $… et il refusait de faire d’autres efforts de financement. M. Dryden a quitté la politique après les élections de 2011.

« Il est bien évident » qu’un candidat qui ne paie pas sa dette « contrevient à la Loi électorale du Canada, concluait le directeur général des élections, Marc Mayrand, il y a trois ans. Toutefois, la loi, dans sa forme actuelle, ne permet pas de sanctionner ces candidats ou de les obliger à rembourser leurs dettes impayées. »

2 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 5 mai 2016 06 h 31

    Plein de gens talentueux: Martine Ouellet, Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Bernard Drainville!

    Le PQ est riche de ses cerveaux. J'ai confiance.

  • Jacques Beaudry - Abonné 5 mai 2016 17 h 12

    Les limites de la loi?

    "Au fédéral, le cas de Ken Dryden avait montré les limites de la loi canadienne. Candidat au leadership libéral en 2006, l’ancien gardien de but s’était prêté 300 000 $ pour mener sa campagne. Aux dernières nouvelles (2013), il devait toujours 225 000 $… et il refusait de faire d’autres efforts de financement. "

    Si je comprends bien, il SE devait encore 225 000 $. Dans ce cas, son créancier devrait être compréhensif. :-)

    Tant que la loi permettra à un candidat de se prêter de l'argent, elle sera contournée.

    Il est bien évident que l'esprit de la loi se heurte à la réalité: les électeurs s'interessent peu au financement des candidats et des partis. Ceux-ci peinent à trouver des partisans en nombre suffisant pour rester dans les limites permises par les règles de financement d'un angélisme à toute épreuve.

    Alors, ils trichent. Le vrai problème, c'est le comportement des électeurs. Ils veulent des candidats honnêtes et des partis propres, mais ils ne les appuient pas. Ils veulent des candidats de qualité mais sans avoir à mettre la main au portefeuille.

    La moindre candidature coûte une petite fortune. Si on n'a pas un local, des téléphones, des ordinateurs, des pancartes, etc... on ne va pas loin. Les gens riches pouvaient le payer de leur poche, mais maintenant la loi leur interdit de contribuer plus qu'un citoyen lambda ordinaire. Alors, ils se prêtent à eux-même (en fait à leur organisation de campagne, mais ça revient au même). Et s'il y a des dettes, il ne peuvent pas se rembourser. Pas légalement, en tout cas.

    Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir.