À Ottawa, on évoque le souvenir d'un grand Canadien

Ottawa — Grand Québécois peut-être, mais grand Canadien aussi. Dans la capitale fédérale hier, c'est le combat soutenu de Claude Ryan pour le fédéralisme, son rôle dans la campagne référendaire de 1980 et sa capacité de concilier son appartenance au Québec à celle au Canada qui auront retenu l'attention.

Tout le monde à Ottawa n'avait hier que de bons mots pour l'ex-éditorialiste et politicien, soulignant à tout coup sa rigueur intellectuelle. «Canadien indéfectible et engagé, il aura été au coeur des grands débats sur l'évolution du Québec au sein de la fédération canadienne, a dit le premier ministre Paul Martin par voie de communiqué. Sa contribution à cet égard mérite la reconnaissance de tous les Québécois ainsi que celle de leurs compatriotes ailleurs au pays.»

Ceux qui l'ont connu de plus près parce qu'ils ont travaillé dans son entourage cachaient mal leur émotion. Le ministre de la Santé Pierre Pettigrew était du nombre. Il avait été engagé par Claude Ryan comme jeune journaliste au Devoir. Plus tard, c'est le même Ryan qui l'avait recruté comme chef de cabinet du chef du Parti libéral du Québec. «J'avais taquiné M. Ryan quand je l'avais vu la dernière fois. Je lui avais dit: "M. Ryan, vous êtes un homme intelligent. Généralement, un homme intelligent ne fait pas la même erreur deux fois!"»

M. Pettigrew a apporté un éclairage différent sur le personnage souvent qualifié d'austère en rappelant qu'il aimait beaucoup rire. «Il avait un gros rire tonitruant, une espèce de rire en cascade dont je vais beaucoup m'ennuyer. Tout en travaillant de très longues heures, il était capable de prendre le temps.»

C'est pourtant cette image d'austérité que Liza Frulla conservera affectueusement de celui qu'elle désigne comme son «mentor». Elle a fait son entrée en politique provinciale et au cabinet en 1989 alors que Claude Ryan était secrétaire du comité des affaires sociales, comité devant lequel tous ses projets de ministre des Communication et de la Culture devaient passer avant de cheminer au Conseil du trésor et au conseil des ministres.

«Quand on défendait le dossier culturel avec M. Ryan, il fallait être vraiment, vraiment blindé avec des arguments hors du commun parce que M. Ryan c'était un intellectuel, mais les affaires culturelles, les grandes démonstrations culturelles, il était plus ou moins friand de cela. Quand j'arrivais [avec mes projets], j'avais toujours l'impression d'être celle qui prônait la folle dépense.» Elle ajoute encore: «C'était un homme plutôt austère, un homme qui se plaisait à dire qu'il n'était pas allé dans une salle de cinéma depuis 1956, alors c'est assez intimidant pour une ministre de la Culture.»

Prenant la parole en anglais uniquement, le député libéral de Hull-Aylmer, Marcel Proulx, a souligné les efforts fédéralistes de celui qui a dirigé le camp du Non en 1980. «Claude Ryan était un Canadien engagé avec une foi inébranlable en son pays. Il croyait à un Québec fort dans une fédération canadienne de collaboration.»

Les trois chefs des partis d'opposition ont salué le départ de Claude Ryan. Gilles Duceppe a souligné sa grande contribution aux débats publics et sa capacité de toujours les élever à un niveau supérieur. «Malgré le fait que je ne partageais pas sa vision de l'avenir constitutionnel du Québec, je sais que l'amour que lui portait Claude Ryan était authentique.»

Tandis que le néo-démocrate a rendu hommage au «philosophe», le chef intérimaire conservateur Grant Hill a indiqué que les Canadiens devaient lui être reconnaissants pour «son combat résolu pour l'unité canadienne».

Enfin, l'ex-ministre Sheila Copps conservera dans ses archives un souvenir qu'elle juge bien représentatif de l'intellectuel qu'était M. Ryan: un petit calepin à son effigie. Lors de sa course à la chefferie du Parti libéral du Québec, c'est en effet des calepins de notes que Claude Ryan distribuait tandis que d'autres offraient des ballons ou des macarons...

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