Claude Ryan 1925-2004 - Un politicien atypique

Ottawa — Un politicien non conventionnel, unique, sincère, érudit. Le respect transparaît quand Jean Chrétien, le politicien d'expérience et l'ancien premier ministre, évoque la carrière de Claude Ryan, un homme qu'il a croisé à maintes reprises, tant en coulisses que sur les tribunes.

«Ce n'était pas un politicien conventionnel. Pas du tout. Pas du tout. Il était très sincère et très connaissant. Quand on parlait avec M. Ryan, il ne disait pas des niaiseries. C'était toujours très sérieux. C'était un homme qui avait beaucoup lu et qui avait des convictions claires sur tout», a confié récemment Jean Chrétien au cours d'une entrevue. «Des hommes comme ça, il n'y en a pas beaucoup.»

S'il a été surpris par l'entrée en politique de Claude Ryan, un «grand intellectuel» qu'il voyait davantage évoluer dans des cercles universitaires, il n'a jamais douté de son engagement. «C'était un grand bonhomme, un grand serviteur public. Sa famille peut être très fier de lui. C'était un homme sincère, dévoué et engagé. Et c'est très important que des gens veuillent s'engager. Ça fait une différence. Comment ça se mesure? Je ne le sais pas. On n'est pas là pour la mesure, mais pour faire de notre mieux et c'est ce qu'il a fait», ajoute-t-il.

Les deux hommes se parlaient de temps en temps. M. Chrétien avoue volontiers avoir consulté à l'occasion l'éditorialiste, le chef provincial et le politicien à la retraite. M. Ryan, lui, posait toujours beaucoup de questions, se rappelle-t-il. «Peut-être à cause de son métier de journaliste.»

Ces contacts ont commencé dès l'entrée en politique de Jean Chrétien en 1963 et n'ont jamais cessé, mais, si leur relation était bonne, au dire de Jean Chrétien, ils n'étaient pas des amis intimes. En fait, ils auraient pu se retrouver adversaires lors de la course au leadership du Parti libéral du Québec en 1977. Les deux hommes étaient sollicités pour succéder à Robert Bourassa et ils en ont discuté, lors d'un passage de Jean Chrétien au Devoir.

«Je lui avais dit qu'il était très bon au Devoir, mais que, s'il allait en politique, il faudrait qu'il change certaines choses. [...] Ce n'est pas le même métier. Je lui avais expliqué les difficultés du métier», raconte Jean Chrétien.

«Il était toujours très nuancé, mais dans la bagarre, la nuance disparaît», de poursuivre celui qui allait devenir ministre fédéral des Finances en septembre 1977. M. Chrétien était flatté par les approches — «C'est quand même mieux que se faire engueuler» —, mais nie avoir été vraiment intéressé. Il avait quand même tenté de dissuader M. Ryan de se présenter, selon les reportages de l'époque.

Les deux politiciens n'ont jamais été de proches collaborateurs, mais seront, à une occasion, forcés de faire équipe pour une cause commune: lors de la campagne référendaire de 1980. Alors que Claude Ryan dirigeait le camp du NON, Jean Chrétien y représentait le gouvernement fédéral. Leur style, leur expérience, leur vision de la campagne ne coïncidaient pas. Bien que de nombreux journalistes et auteurs aient fait état de leurs accrochages, Jean Chrétien, lui, a un autre souvenir.

«Ç'avait bien fonctionné. [...] Dans un sens, il y avait des tensions, mais parce qu'il y en a toujours quand on a des responsabilités comme celles-là. On ne s'en allait pas à un pique-nique. C'était donc une tension normale. En fait, je ne dirais pas de la tension, mais de la pression. On faisait face à un défi énorme, et il fallait bien le gérer. Et on l'a bien géré.»

Il convient que M. Ryan aurait peut-être préféré un autre émissaire fédéral, mais le premier ministre Pierre Elliott Trudeau en avait décidé autrement. Le seul incident «désagréable» dont il se souvienne, dit-il, est survenu le soir de la victoire du NON lorsque Claude Ryan a refusé de le laisser parler. «Mais ce n'est pas bien grave. J'en ai vu bien d'autres.»

Leurs conversations étaient rarement personnelles sauf, se souvient Jean Chrétien, lorsqu'il a souligné à M. Ryan les talents de violoncelliste de sa fille. Le père, très fier, avait été surpris et touché.

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