Patrons et travailleurs font consensus

Les milieux syndical et patronal étaient unanimes hier: Claude Ryan possédait une ouverture d'esprit et une rigueur intellectuelle qui en faisait un acteur majeur dans les débats de société qui animent le Québec depuis 40 ans.

Gilles Taillon, président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), a bien connu Claude Ryan le politicien. Entre 1985 et 1988, il était directeur général du financement au ministère de l'Éducation, alors dirigé par M. Ryan. Il se souvient notamment d'un homme «extrêmement respectueux de l'autorité». «À chaque décision importante que nous devions prendre, il se demandait toujours comment Robert Bourassa [le premier ministre] vivrait avec nos gestes», souligne-t-il. Dans les réunions, il questionnait beaucoup ses fonctionnaires, «forçant les gens à toujours réfléchir. Il asseyait tout le monde autour d'une table et ne rejetait aucune opinion. Par contre, il restait un homme d'action, il savait trancher».

Comme plusieurs collaborateurs qui ont oeuvré auprès de Claude Ryan au fil des années, Gilles Taillon n'a que des bons mots pour ce «travailleur infatigable, cet intellectuel de haut niveau». Sur le plan économique, M. Ryan n'a toutefois pas été très actif au cours de sa carrière, ne détenant aucun ministère en ce sens. Le CPQ souligne quand même la décentralisation dans le domaine municipal, très controversée à l'époque, qui permet aujourd'hui aux villes de jouer un plus grand rôle sur leur développement industriel.

Paul-Arthur Huot, président et directeur général des Manufacturiers et exportateurs du Québec, estime que la mort de Claude Ryan met en lumière le peu de leaders que le Québec renferme aujourd'hui. «On a besoin de penseurs, de figures de proue, il en était une, dit-il. Il pouvait tirer des conclusions sur un sujet après avoir dégagé les grandes lignes de force.»

Le Québec fait aujourd'hui face à des défis immenses «qui nous frappent de plein fouet» avec la mondialisation en cours, soutient Paul-Arthur Huot. «Il faut voir comment s'adapter, mais tout le monde regarde au ras des pâquerettes. Il faut regarder le contexte dans son ensemble, ce que M. Ryan pouvait faire. Il manque de ces visionnaires aujourd'hui.»

Les syndicats

«À 77 ans, il ne fallait pas avoir froid aux yeux pour venir débattre avec 250 militants de la CSN!» Louis Roy, vice-président de la centrale, parle avec émotion du passage de Claude Ryan au Conseil confédéral d'octobre 2002. À cette occasion, il avait accepté de venir débattre de plusieurs sujets avec les militants de la CSN, dont le vote proportionnel aux élections, qu'il défendait.

Citant entre autres l'opposition de M. Ryan à une loi 101 trop prononcée, une idée que défendait la CSN, Louis Roy estime qu'«il a plus souvent été un adversaire idéologique» de la centrale. Malgré tout, il «forçait les gens, même ses opposants, à structurer leur pensée. Il était très rigoureux».

Tirant une flèche vers le gouvernement Charest, libéral comme lui, Louis Roy juge que M. Ryan n'aurait «jamais utilisé un faux-fuyant comme "j'ai été élu pour ça". Il forçait les débats et il était ouvert à la discussion».

Rappelant au passage que Claude Ryan a chambardé les villes à l'occasion d'une décentralisation controversée et qu'il a réduit le financement public dans les transports en commun, Henri Massé, président de la FTQ, a tenu à souligner «le citoyen de grande valeur» qu'était l'ex-directeur du Devoir. «M. Ryan, même si nous ne partagions pas toujours ses positions ou ses politiques [...] avait le courage de ses opinions et ne se dérobait devant aucun obstacle», a-t-il souligné.