Une convergence souverainiste embryonnaire en héritage

En tant que chef du PQ, Pierre Karl Péladeau (à droite) aura notamment tendu la main à Québec solidaire et à l’un de ses députés, Amir Khadir.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En tant que chef du PQ, Pierre Karl Péladeau (à droite) aura notamment tendu la main à Québec solidaire et à l’un de ses députés, Amir Khadir.

Le passage de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois aura été si bref qu’il est difficile de parler de son héritage. On lui doit toutefois d’avoir formalisé l’idée de la convergence souverainiste. Le chef péquiste a rejeté l’avenue du racolage des caquistes, à droite, que d’aucuns privilégiaient, pour tenter plutôt de rassembler, à gauche, les progressistes.

Lundi, au moment où il annonçait son départ de la vie politique, il ne s’était écoulé que neuf jours depuis qu’il avait formulé, dans une lettre publiée dans Le Devoir qu’il cosignait avec Véronique Hivon, cette ouverture aux autres partis souverainistes que sont Québec solidaire et Option nationale. « La convergence ne vise pas à gommer ces différences, pas plus que l’union n’entraîne la fusion », écrivaient-ils. « Nous croyons, nous aussi, que le projet de pays ne trouve sa pleine valeur que s’il permet d’apporter des réponses progressistes et novatrices aux défis qui sont les nôtres. »

Inspiré par l’expérience catalane, Pierre Karl Péladeau est convaincu que l’indépendance du Québec, la seule raison pour laquelle il s’était lancé en politique, doit passer par l’union des forces vives de la nation. L’indépendance s’incarne dans un projet de gouvernement dont le PQ était prêt à discuter avec la gauche.

Cette position contrastait avec son passé de baron de la presse, toujours actionnaire majoritaire de Québecor, encore qualifié par Guy A. Lepage dimanche de « roi du lockout ».

Institut de recherche

Pierre Karl Péladeau laisse derrière lui un institut qu’il voulait indépendant du PQ et financé comme un organisme de bienfaisance. Présidé par l’ex-député du Bloc québécois et constitutionnaliste Daniel Turp, l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) annonçait au début avril la nomination de Geneviève Baril, recrutée à l’Institut du Nouveau Monde, à titre de directrice générale. Le lancement officiel de l’organisme est promis pour ce printemps. On peut douter que l’IRAI puisse survivre sans l’impulsion de Pierre Karl Péladeau.

Le 19 mai dernier, les militants péquistes ont élu Pierre Karl Péladeau au terme d’une course qu’il avait dominée d’un bout à l’autre. Les militants, dont la moyenne d’âge est élevée, ont vu dans leur nouveau chef une dernière chance de réaliser la souveraineté de leur vivant. Ils ont eu leur « moment Péladeau », pour reprendre l’expression de Jean-François Lisée, un moment que personne n’aurait cru si court.

Comme chef, Pierre Karl Péladeau, à l’instar de Jacques Parizeau, jouissait d’un atout que d’autres chefs péquistes, que ce soit Lucien Bouchard, Pauline Marois ou même René Lévesque, n’ont pas eu : les militants croyaient à son inébranlable volonté de réaliser l’indépendance. C’est un avantage dont Pierre Karl Péladeau aurait pu tirer profit alors que le PQ doit revoir l’article 1 de son programme lors de son congrès de 2017. On prévoyait que les militants lui accorderaient toute la marge de manoeuvre qu’il leur aurait demandée.

Chef en apprentissage

Son passage en politique fut marqué par des ratés, des déclarations qu’il a dû reprendre et des écrits intempestifs sur les réseaux sociaux. Ce qu’on a vu, c’est un chef qui avait « des croûtes à manger », a-t-il lui-même convenu, un homme en apprentissage dont les réflexes politiques n’étaient pas aiguisés.

Il avait traversé un mois de janvier misérable alors qu’il annonçait sa séparation avec son épouse Julie Snyder. Mais en février, le chef péquiste avait repris de l’aplomb. Durant la présente session à l’Assemblée nationale, Pierre Karl Péladeau avait trouvé un ton plus juste pour ses interventions, souvent sur des sujets économiques avec lesquels il était à l’aise, notamment la création d’emplois, la perte des sièges sociaux et l’investissement de l’État dans Bombardier.

Pour se trouver un nouveau chef, le PQ ne se lancera pas dans une longue course à la chefferie comme la dernière, qui s’est étalée sur sept mois, prévoit-on déjà. Un congrès spécial des membres pourrait faire l’affaire, d’autant plus que les candidats pourraient bien se trouver parmi les adversaires de la course de 2014-2015. Improbable pour l’heure, un couronnement n’est pas impossible.

De retour chez Québecor?

Des observateurs du monde des affaires s’attendent à un retour de Pierre Karl Péladeau dans un poste de direction au sein de l’empire Québecor, dont il reste l’actionnaire de contrôle. « C’est la voie la plus probable pour lui », estime Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques. M. Nadeau était un haut dirigeant de la Caisse de dépôt et placement du Québec lorsque l’institution a investi dans Québecor pour lui permettre d’acquérir Vidéotron, en 2000. Il connaît bien Pierre Karl Péladeau. Il s’attend à le voir revenir dans l’empire fondé par son père. « Il est propriétaire du bloc de contrôle de l’entreprise. Peu importe son titre, il a un ascendant » sur Québecor, explique Michel Nadeau. M. Péladeau pourrait par exemple devenir président exécutif du conseil tout en laissant Pierre Dion au poste de président et chef de la direction de Québecor, croit M. Nadeau. L’entreprise a changé depuis que Pierre Karl Péladeau a délaissé son titre d’administrateur de l’entreprise pour se lancer en politique, en mars 2014. Québecor a vendu la chaîne de journaux Sun, a fermé les chaînes télévisées Sun News et Argent, a cédé à Transcontinental ses hebdomadaires québécois et a réduit la taille de l’agence de nouvelles QMI, notamment. Lundi, l’action de Québecor a terminé en hausse de 0,74 %, à 33,81 $, à la bourse de Toronto. Marco Fortier
2 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 3 mai 2016 06 h 22

    Un homme de conviction

    Non, il n'arrivait pas de la CAQ. Pierre-Karl Péladeau , même avec une expérience limitée en politique, croyait à l'indépendance de son pays, assez pour en devenir le chef du parti péquiste. Il n'était pas de ces girouettes politiques opportunistes comme le sont les Legeault, Anglade, Barrette, Proulx et d'autres, ou comme des Joly et Deltell chez les fédéraux. Non, il avait des convictions politiques. Il fut l'un des premiers chefs péquistes à tenter de créer une convergence avec les autres partis d'opposition, malheureusement, il s'est buté à une entêtée bornée comme Mme David sur le sujet. Nous ne saurons pas s'il aurait été un grand chef politique, mais déjà, en moins d'un an, on sentait chez ce chef inexpérimenté, une volonté sincère de mener à bien ses convictions profondes pour son pays.

  • Sylvain Rivest - Abonné 3 mai 2016 09 h 13

    Une perte de temps plutôt!

    La convergence a été de la salive gaspillée.
    Oublions ce moment d'égarement.

    C'est encore de la division qui ne fait qu'engraisser les mouvements fédéralistes.