Le Collège militaire royal pourrait retrouver son statut d’université

Le gouvernement de Jean Chrétien avait fait « fausse route » en fermant les portes du CMRSJ en 1995-1996 par souci d’économie, a fait valoir le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry, aux côtés de François Legault, vendredi à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir Le gouvernement de Jean Chrétien avait fait « fausse route » en fermant les portes du CMRSJ en 1995-1996 par souci d’économie, a fait valoir le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry, aux côtés de François Legault, vendredi à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le gouvernement fédéral réfléchit sérieusement à la possibilité de redonner au Collège militaire royal de Saint-Jean (CMRSJ) les moyens d’offrir une formation universitaire.

« Le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes envisagent la possibilité que le Collège militaire royal de Saint-Jean devienne une institution conférant des diplômes universitaires », a indiqué le cabinet du ministre de la Défense nationale, Harjit Singh Sajjan, dans un échange avec Le Devoir vendredi. « Cependant, aucune décision n’a été arrêtée à ce moment-ci », a précisé l’attachée de presse Jordan Owens.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a interpellé Ottawa sur la nécessité de « redonner » au CMRSJ sa « mission universitaire », et ce, plus de vingt ans après l’avoir confiée au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario. Il s’agirait de « tout un symbole » en marge des commémorations entourant le 350e anniversaire du Fort Saint-Jean. En effet, l’offre de programmes d’études universitaires au CMRSJ constituerait un « témoignage de confiance » à l’égard de la population de la région, en plus d’être « un geste fort pour les francophones de la part du nouveau gouvernement fédéral », a-t-il soutenu lors de son passage à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le gouvernement de Jean Chrétien avait fait « fausse route » en fermant les portes du CMRSJ en 1995-1996 par souci d’économie, a fait valoir le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry, qui se tenait à ses côtés. « Ça a coûté plus cher que prévu. » D’autre part, le Collège militaire royal de Kingston n’a pas su répéter les « succès » obtenus par le corps professoral de l’établissement de Saint-Jean. Par exemple, le programme debilinguisme a connu des ratés. « [Au CMRSJ], ce n’était pas juste pour permettre aux francophones d’apprendre à parler anglais, mais ça permettait aussi aux anglophones de [s’initier] à la culture francophone et, éventuellement, d’obtenir un niveau de bilinguisme élevé qu’ils pouvaient garder toute leur carrière », a soutenu M. Landry. Le professeur associé à l’Université de Sherbrookecroise les doigts afin que le CMRSJ « produise » bon an mal an 300 élèves-officiers.

« Difficile pour un francophone »

M. Landry observe, non sans inquiétudes, le nombre de diplômés universitaires francophones du Collège militaire royal du Canada s’« éroder » depuis deux décennies en raison essentiellement de « la difficulté de Kingston à recruter des francophones du Québec ». À l’heure actuelle, les francophones représentent 22 % des 883 cadets inscrits au programme de formation des officiers de la Force régulière et au programme de formation-intégration à la Réserve. Ils étaient deux fois plus avant la fermeture du CMRSJ, soit environ 400.

Le CMRSJ a rouvert partiellement sous l’ordre du gouvernement conservateur en 2008, mais seulement pour offrir des programmes d’études collégiales. Pas de programmes d’études universitaires. « Les [futurs] officiers francophones ont le droit de recevoir une formation universitaire en français, ici, à Saint-Jean. […] Ce n’est pas juste une question de retombées économiques, c’est aussi une question de fierté », a fait valoir M. Legault devant la grille du collège militaire.

Le chef caquiste a appelé les élus québécois au sein du caucus du Parti libéral du Canada à « fermement demander » le rapatriement de programmesde formation universitaire à Saint-Jean-sur-Richelieu dans le cadre de l’examen de la Politique de défense. « C’est certain que les députés libéraux de l’Ontario vont vouloir tout garder à Kingston », a averti le chef « nationaliste », planté devant un unifolié et deux fleurdelisés. « La CAQ défend l’idée d’un Québec fort à l’intérieur du Canada. La promotion de la langue française est au coeur de notre projet. L’éducation en français est un droit. Ça doit être aussi vrai dans les forces armées canadiennes », a-t-il poursuivi.

M. Legault craint que plusieurs détenteurs d’un diplôme d’études collégiales du CMRSJ aient balayé la possibilité de déménager à Kingston pour effectuer des études universitaires, et ainsi renoncé à un poste d’officier au sein des forces armées. « Il y a un risque réel qu’on se retrouve avec moins d’officiers de haut niveau francophones », a-t-il soutenu, flanqué des députés Claire Samson, François Bonnardel et Éric Caire. Malgré la diminution de la fréquentation des collèges militaires, les Québécois continuent néanmoins de « prendre [leur] place » dans tous les échelons des forces armées, a nuancé M. Landry.

Mais la réouverture complète du CMRSJ « corriger[ait] la grave erreur » commise en 1995 par le gouvernement fédéral, a conclu le député de Saint-Jean, Dave Turcotte.

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