Le Québec peine à retenir ses immigrants anglophones

Dans la catégorie de l’immigration économique, c’est-à-dire les candidats sélectionnés en raison de leurs qualifications professionnelles, 46 % des immigrants admis entre 2004 à 2013 et qui ne parlaient que l’anglais (en plus, souvent, de leur langue maternelle) avaient quitté le Québec en 2015.
Photo: Stéphane de Sakutin Agence France-Presse Dans la catégorie de l’immigration économique, c’est-à-dire les candidats sélectionnés en raison de leurs qualifications professionnelles, 46 % des immigrants admis entre 2004 à 2013 et qui ne parlaient que l’anglais (en plus, souvent, de leur langue maternelle) avaient quitté le Québec en 2015.

Près de la moitié des immigrants choisis par le Québec pour répondre aux besoins du marché du travail partent pour d’autres cieux si, à leur arrivée, ils parlent l’anglais mais pas le français.

C’est ce que révèle une analyse, datée de juin 2015, de la Direction de la planification, de la recherche et des statistiques du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI).

Ainsi, dans la catégorie de l’immigration économique, c’est-à-dire les candidats sélectionnés en raison de leurs qualifications professionnelles, 46 % des immigrants admis entre 2004 à 2013 et qui ne parlaient que l’anglais (en plus, souvent, de leur langue maternelle) avaient quitté le Québec en 2015.

À des fins de comparaison, 84 % des immigrants qui connaissaient le français mais pas l’anglais à leur arrivée restent au Québec. Ce pourcentage baisse à 73 % pour les immigrants qui parlent à la fois le français et l’anglais, et à 68 % pour les nouveaux arrivants qui ne connaissent ni l’une ni l’autre de ces langues.

Connaissance du français

Si on se fie à ses données, miser sur des immigrants dont les qualifications professionnelles sont élevées, mais qui ne connaissent pas le français, comme le souhaite le milieu des affaires, n’est peut-être pas une stratégie gagnante. Lors des consultations sur le projet de loi 77 sur l’immigration en février, le Conseil du patronat du Québec (CPQ), la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et l’Association des manufacturiers et exportateurs du Québec (AMEQ) ont tous plaidé pour un allégement des exigences en matière de connaissance du français pour privilégier l’adéquation entre les compétences professionnelles des candidats et les besoins du milieu du travail. Ainsi, l’AMEQ a demandé qu’on permette aux employeurs d’embaucher des travailleurs immigrants qui ne connaissent pas le français afin de contrer les pénuries de main-d’oeuvre.

L’importance du pays d’origine

D’une façon globale, le quart des 50 000 immigrants qu’accueille le Québec — ou 12 500 personnes — choisit de partir, le plus souvent pour s’installer dans les autres provinces canadiennes. Paradoxalement, ce sont les immigrants sélectionnés par le MIDI qui sont les plus susceptibles de quitter le Québec — près de 30 % d’entre eux s’en vont — même si ce sont les mieux outillés pour se trouver un emploi. Les réfugiés, qui ne sont pas sélectionnés en fonction de leurs compétences professionnelles, mais pour des motifs humanitaires, sont plus nombreux en proportion à rester : 80 % d’entre eux le font.

La provenance des immigrants importe. Les deux tiers des immigrants sélectionnés en provenance du Pakistan s’en sont allés, le même pourcentage ou presque que celui des immigrants de l’Inde. Seulement la moitié des immigrants en provenance de Chine et d’Iran choisissent de s’établir ici.

Selon Stephan Reichold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), deux raisons peuvent expliquer que des immigrants admis au Québec décident de s’installer ailleurs au Canada. Ils peuvent avoir dans d’autres provinces de la famille et des amis qui les invitent à les rejoindre. Ou encore ce sont les circonstances économiques — le chômage — qui les incitent à partir. M. Reichold a cité l’exemple de réfugiés du Bhoutan, installés dans la région de Joliette, qui s’en sont allés faute d’emplois. « Ils ne sont pas partis de gaieté de coeur. Ils aimaient la qualité de vie au Québec », a-t-il relaté.

Connaissance du français

La ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, croit que la rétention des immigrants au Québec devrait s’améliorer dans les prochaines années. En 2015, 95 % des immigrants sélectionnés par le Québec — l’immigration économique — connaissent le français, a affirmé Kathleen Weil au Devoir. Il s’agit d’une hausse significative par rapport aux années précédentes : de 2004 à 2013, 76 % des candidats choisis connaissaient le français. En outre, la ministre n’écoute pas les exhortations du milieu des affaires : le niveau de français exigé, que le gouvernement du Parti québécois a relevé au niveau 7, est maintenu.

L’immigration économique représente un peu moins de 70 % des admissions, alors que les réfugiés et le regroupement familial constituent le reste.

Kathleen Weil a signalé que la francisation des candidats commence désormais dans leur pays d’origine, souvent par l’entremise des Alliances françaises. De plus, le test de français, qui a été revu, permet de mieux évaluer leur niveau d’apprentissage, a soutenu la ministre. « On travaille tellement fort pour aller chercher des immigrants francophones. »

Reste que pour les immigrants francophones, le marché du travail n’est pas toujours accueillant. Comme le montrait un article du Devoir au début avril, les nouveaux arrivants qui ne parlent que le français éprouvent souvent de la difficulté à se dénicher un emploi : près du quart d’entre eux est au chômage.

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27 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 28 avril 2016 05 h 09

    Énorme foutaise

    Nous nous enfonçons inexorablement dans l'anglicisation.
    C'est notre agonie programmée!

    Les niveaux de littératie francophone déclinent.
    Chez nos diplômés, 35 % de nos collégiens et 20% de nos universitaires sont analphabètes fonctionnels en français!

    Nous alimentons avec désinvolture et hospitalité l'immigration anglophone qui éteint notre culture.

    Nous autorisons les diktats du Conseil du patronat du Québec (CPQ), de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et de l’Association des manufacturiers et exportateurs du Québec (AMEQ) dont la conscience sociale est inversement proportionnelle à l'appât du gain.

    Nous sommes linguistiquement suicidaires.

    • Véronique Vézina - Abonnée 28 avril 2016 08 h 54

      Il y a deux choses: beaucoup d'immigrants qui ont reçu un refus à leur demande d'immigration au Canada se tournent vers le Québec - plus facile. Les immigrants eux-mêmes le disent. Le Québec est un lieu de transition.
      Le quart des immigrants au chômage se trouve principalement dans la population maghrébine, musulmane.
      Le Québec doit mettre de l'avant sa différence.

  • Eric Lessard - Abonné 28 avril 2016 05 h 52

    Culture, langue et civilisation

    C'est une évidence que le peuple québécois veut vivre en français. Par conséquent, un immigrant anglophone qui ne parle pas français va aller naturellement vers le reste du Canada.

    Par contre, quand on parle de francophonie et d'immigration, il ne faut pas oublier que si une grande partie de l'Afrique parle français, ce continent est très éloigné de nous du point de vue civilisationnel.

    Autrement dit, le Québec, au niveau des valeurs de base, est une société occidentale, beaucoup plus près de L'Europe ou des États-Unis que de l'Afrique ou du Proche Orient.

    Je crois qu'il faut faire très attention à ne pas importer des problèmes des pays où les femmes doivent se voiler et où les juifs, les chrétiens et les gays sont persécutés.

    • Jean Richard - Abonné 28 avril 2016 09 h 15

      « ce continent est très éloigné de nous du point de vue civilisationnel. »

      J'aimerais bien savoir ce que signifie une telle affirmation. Méconnaissance de l'Africain ou pur racisme ? Les deux sans doute.

      Je pourrais emprunter certaines de vos paroles... Nous sommes près des États-Unis ? Alors, « je crois qu'il faut faire très attention à ne pas importer des problèmes » d'un pays où on pourrait élire Donald Trump, où l'argent est le maître de l'univers, où la surconsommation met la planéte en péril, où on se promène avec un fusil dans ses poches, prêt à dégainer sur tout ce qui ne parle pas sa langue et dont la peau est d'une autre couleur, d'un pays où la violence est banalisée à l'extrême, apprise très tôt par des enfants rivés à leurs jeux vidéos ou à un écran sur lequel l'aventure est très guerrière... D'un pays riche, très riche, mais qui ne partage pas cette richesse, concentrée dans les mains de quelques heureux alors que l'on réussit à cacher la réalité des gens qui crèvent de faim, qui n'ont rien...

    • Lise Bélanger - Abonnée 28 avril 2016 09 h 54

      Le problème se pose à la fois pour les compétences et la langue.

      Sommairement, qui parle français: les français, belges, certains pays d'Afrique et quelques pays du Moyen-Orient. Qui parle anglais: les anglais, les chinois, les indiens, une partie du Moyen-Orient maintenant.

      Les latinos sont portés à apprendre le français.

      En autre:

      Cela fait au moins quarante ans que l'immigration indienne jouit d'un facilité d'immigration exceptionnelle au Canada. Pourquoi les indiens choisissent le Québec et le choisissaient: ils s'y installaient les premières années parce que nos mesures sociales étaient largement plus généreuses que celles de l'Ontario. Puis à la fin de ces premiers besoins comblés et étant devenus citoyens, ils émigraient en Ontario. Ils contribuaient ainsi à l'économie de l'Ontario après avois profité de notre générosité et sans nous apporter de retour économique. Une perte totale économiquement pour le Québec. Ces gens n'ont jamais eu l'intention de demeurer au Québec.

      Il y a deux pays ici: le Canada anglais et le Québec français. Tant que les frontières n'existeront pas, la mobilité des immigrants va toujours être économiquement défavorable au Québec. Il ne peut y avoir qu'un seul gouvernement (fédéral) pour deux entités étatiques différentes et dont les besoins sont souvent opposés. Chacun a besoin de son propre gouvernement, de ses propres lois selon leurs besoins respectifs.

      C'est la seule façon de faire comprendre aux immigrants que s'ils immigrent au Québec c'est pour devenir français. Sinon, ils n'auront jamais cet intérêt. Une seule issue possible: au Québec devenir un pays. Un des rares état colonisés à traîner de la patte pour son indépendance.

    • René Pigeon - Abonné 28 avril 2016 12 h 12

      Réponse à Jean Richard :
      Les médias québécois et canadiens qui diffusent de la télévision et de la cinéma étrangers croient que les Québécois ne veulent écouter que les cinéma et télévision américains, ne suivent que leurs normes économiques.
      Par contre, comme vous dites, le Québec a la fiscalité la plus favorable aux citoyens pauvres et partageant la richesse : Le Devoir 160427.
      René Pigeon, abonné

  • Marc Tremblay - Abonné 28 avril 2016 06 h 15

    Les anglophones

    Qu'ils soient immigrants ou natifs du Québec, les anglophones sont mieux de quitter notre territoire s'ils ne veulent pas apprendre notre langue.

    Parce qu'ils contribuent à nous minoriser.

  • Hélène Gervais - Abonnée 28 avril 2016 06 h 46

    Vous ne trouvez pas ...

    qu'il y a suffisamment d'unilingues anglophones présentement au Québec? est-ce tellement demander que les immigrants, quelque soit leur travail, parlent le français? est-ce que nous reviendrons encore en arrière en nous disant l'anglais c'est primordial au Québec, il faut parler anglais au Québec pour travailler, etc..... Est-ce si grave que ces unilingues anglos partent pour d'autres cieux? Franchement, quand accepterons-nous qu'au Québec on parle français, on vit en français et on travaille en français?Quand nous respecterons-nous suffisamment pour cela? Et que l'anglais est la langue seconde. Quand?

    • Jean Richard - Abonné 28 avril 2016 09 h 19

      L'ennui, c'est que certains ne voient pas le français comme une compétence essentielle. Ça se fait dans bien des pays, mais au Québec, on n'en comprend pas la nécessité.

      Si le français était proclamé langue de travail au Québec, on ne pourrait plus faire la distinction entre compétence dite professionnelle et compétence linguistique, puisque la connaissance du français serait incluse dans les compétences professionnelles.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 28 avril 2016 07 h 08

    C'EST PARFAIT AINSI.

    La protection de la langue française au Québec est primordiale;c'est un choix civili-
    sationnel sensible pour la population,quitte à se serrer la ceinture et celle du patro-
    nat.Vivons modestement et fièrement!