Québec prêt à aider Alimentation Couche-Tard

Le fondateur de Couche-Tard a évoqué la vente de la société advenant la fin des actions à droit de vote multiple en 2021 si les actionnaires refusent de changer leur fusil d’épaule.
Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir Le fondateur de Couche-Tard a évoqué la vente de la société advenant la fin des actions à droit de vote multiple en 2021 si les actionnaires refusent de changer leur fusil d’épaule.

Le gouvernement du Québec est prêt à aider le président du conseil exécutif d’Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, afin d’éviter la vente d’un autre fleuron du « Québec inc. », sans toutefois aller jusqu’à préciser les moyens qui pourraient être mis de l’avant.

L’homme d’affaires a semé l’émoi en évoquant la vente de la société, au cours d’une entrevue avec La Presse, si les actionnaires refusent de changer leur fusil d’épaule, ce qui entraînerait la fin des actions à droit de vote multiple en 2021. Par courriel, l’entreprise a refusé de commenter davantage les propos de M. Bouchard.

Cette déclaration a eu des échos jusqu’à l’Assemblée nationale, mercredi, où le ministre des Finances, Carlos Leitão, a assuré que Québec serait « toujours là » si M. Bouchard avait « besoin d’aide » afin d’éviter que la multinationale se retrouve sous contrôle étranger.

« En tant que gouvernement, nous regardons cela attentivement, a-t-il dit en mêlée de presse. Si l’actionnaire de contrôle a besoin d’une aide […] du gouvernement, nous sommes-là. »

Le dossier du maintien des sièges sociaux a considérablement pris de l’ampleur sur la colline parlementaire depuis la vente des fleurons Rona à Lowe’s et, plus récemment, du Groupe St-Hubert à l’Ontarienne Cara.

Une clause signée en 1995 prévoit la disparition des actions multivotantes une fois que tous les fondateurs d’Alimentation Couche-Tard auront atteint l’âge de 65 ans. Le plus jeune des quatre, Jacques d’Amours, fêtera son 65e anniversaire en décembre 2021.

Faute d’appuis, l’entreprise avait retiré à la dernière minute sa proposition visant à prolonger les modalités de ce statut lors de l’assemblée annuelle en septembre dernier.

Au cours de l’entrevue à La Presse, M. Bouchard, qui détient 38,94 pour cent de ces actions de catégorie A, a estimé que des actionnaires torontois de l’entreprise étaient en grande partie responsables de ce blocage.

La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détient 26,9 millions d’actions de catégorie B, ou 6,42 pour cent, aurait voté en faveur du prolongement de la proposition.

Si l’institution prône une politique de six pour un en ce qui a trait aux actions multivotantes, elle était à l’aise avec le modèle de Couche-Tard en raison de sa solide performance.

De son côté, la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a estimé que les actions multivotantes étaient « essentielles » pour le maintien de fleurons comme Couche-Tard et Bombardier sous contrôle québécois.

Celle-ci n’a toutefois pas voulu dire précisément de quelle façon le gouvernement Couillard pourrait épauler l’entreprise.

« C’est au cas par cas, a dit Mme Anglade. Il faudrait s’asseoir avec les gros joueurs afin de prendre des décisions éclairées. Il faut trouver des formules pour garder le leadership au niveau québécois. »

Des mesures concrètes 
Le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont pour leur part plaidé pour le déploiement rapide de mesures concrètes pour s’assurer de conserver les sièges sociaux au Québec.

Pour le chef péquiste Pierre Karl Péladeau, la fenêtre de cinq ans avant la fin des actions à droit de vote multiple est suffisante pour agir.

« Encore faudrait-il que le gouvernement, qui, théoriquement, devrait être au pouvoir jusqu’en 2018, comprenne les tenants et aboutissants du marché financier », a-t-il prévenu.

Selon M. Péladeau, il existe plusieurs moyens, comme des conventions d’actionnaires, à la disposition du premier ministre Philippe Couillard, qui, déplore-t-il, ne les connaît pas.

Entre-temps, Investissement Québec (IQ), qui ne détient pas d’actions de Couche-Tard, a l’intention d’approcher l’entreprise, à un moment qui n’a pas été dévoilé, afin d’en savoir plus sur la « problématique », a confirmé sa porte-parole, Chantal Corbeil.

« Il peut y avoir différentes formes d’aide, a-t-elle expliqué. Cela dépend des besoins. Dans ce cas-ci, c’est probablement de la participation. »

Mme Corbeil a rappelé qu’Investissement Québec pouvait seulement être un partenaire minoritaire dans l’éventualité où une forme d’intervention serait envisagée.

À Ottawa, le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, s’est montré très prudent dans ses commentaires, affirmant qu’il s’agissait à ce stade-ci d’un enjeu interne.


 
9 commentaires
  • Marc-André Demers - Inscrit 20 avril 2016 13 h 39

    Deux poids, deux mesures

    Rona, une quincaillerie grande surface et de quartier, Saint-Hubert, un restaurant familial et Le Cirque, un joyau culturel, ne méritaient pas cette «aide». Par contre, Couche-Tard, une multinationale reconnue pour ses pratiques anti-syndicales qui vend principalement du pétrole et du sucre, les deux drogues les plus communes et addictives auxquelles l'économie capitaliste s'accroche, ça mérite bien un petit coup de pouce de notre gouvernement néo-libéral.

    Évidemment.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 20 avril 2016 14 h 37

      Y-a-pas a dire ce gouvernement gouverne a vue et tout croche tout le temps.Leur incompetence est leur qualité premiere.Le Québec est vraiment gaté d etre dirigé par un tel cabinet...... J-P.Grise

    • Pierre Robineault - Abonné 20 avril 2016 18 h 12

      Mais voyons!
      Mais voyons donc! Il ne s'agit nullement d'incompétence de notre gouvernement!
      Lorsqu'une fois n'est plus coutume, c'est sciemment que l'on continue d'agir ... tout en jouant les vierges offensées avec le plus large des "sourires d'indignation" lorsqu'interpelé! Notre dernier premier ministre maîtrise à merveille cet art, vous le verrez, encore et encore une fois! Faut se rappeler de Péloquin: "Vous n'êtes pas tannés de mourir, bande de caves!"
      Pierre Robineault, abonné

  • Denis Carrier - Inscrit 20 avril 2016 15 h 51

    Actions vs subventions

    Si c'est une bonne affaire que la Caisse de dépôt et de placement du Québec prenne des parts au lieu d'aller mettre notre argent dans les paradis fiscaux , si ce n'est pas une bonne affaire que le gouvernement se tienne loin.

  • Denis Carrier - Inscrit 20 avril 2016 15 h 51

    Actions vs subventions

    Si c'est une bonne affaire que la Caisse de dépôt et de placement du Québec prenne des parts au lieu d'aller mettre notre argent dans les paradis fiscaux , si ce n'est pas une bonne affaire que le gouvernement se tienne loin.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 20 avril 2016 16 h 20

    Ça dépend...

    Rona et St-Hubert n'étaient peut-être pas dans la liste des p'tits namis ou...
    Couillard Inc ...a peut-être trouvé un ou deux G$ sauvés sur le dos des contribuables...ce qu'on appelle un excédent budgétaire... impromptu!

  • - Inscrit 20 avril 2016 17 h 34

    Nés pour un petit pain !

    Un dépanneur ça vaut la peine, mais pas un quincaillier.