Les militants sont réunis en conseil national à Laval - Le PQ à la recherche de nouveaux sentiers

À la faveur du conseil national qui se déroule toute la fin de semaine à Laval, la réflexion sur la modernisation du Parti québécois devrait prendre son véritable envol avec une concurrence des idées teintée par une course au leadership latente.

Le coordonnateur de la «saison des idées» au Parti québécois, le député Daniel Turp, estime qu'il est temps que son parti emprunte de nouveaux chemins et délaisse ses préoccupations sur la mécanique référendaire.

Selon M. Turp, un des principaux enjeux de ce grand dépoussiérage des structures du parti, de son programme et de son option consiste à proposer un projet de société qui accompagnera le projet souverainiste. «Est-ce qu'on doit définir ce à quoi pourrait ressembler le Québec souverain? Peut-être faudrait-il dépasser la mécanique référendaire et proposer ce que devraient être les institutions et les grandes orientations politiques», a-t-il expliqué au Devoir.

Mais voilà, le président du Parti québécois, Bernard Landry, n'est vraisemblablement pas de cette école. Plus tôt cette semaine, il a parlé d'une nouvelle date pour mener les troupes souverainistes vers un référendum en 2008. Littéralement porté par la vague d'insatisfaction envers le gouvernement de Jean Charest, M. Landry poursuit sa réflexion sur la possibilité de rester en selle au delà du congrès prévu au printemps 2005.

D'ici là, le PQ continue son introspection pour mieux se renouveler. Et l'idée d'un projet de société annexé à l'option trouve des adeptes, dont le député François Legault, candidat pressenti s'il devait y avoir une course au leadership. M. Legault propose de mettre de côté le programme péquiste pour adopter un «programme de pays».

Dans l'entourage de M. Legault, on souligne qu'il est plus que temps que les péquistes, «perçus comme des pelleteux de nuages», présentent des idées concrètes, ancrées dans la réalité des citoyens. M. Legault et son équipe tablent donc sur les motivations progressistes de la population (sociales et environnementales, entre autres) et souhaitent se montrer pragmatiques.

À l'inverse, l'autre candidate pressentie à l'éventuelle succession de M. Landry, la députée Pauline Marois, mise plutôt sur les principes et la lutte identitaire. Elle estime que les «caractéristiques d'un Québec souverain ne doivent pas être définies seulement par les membres du PQ». Soucieuse de stimuler les débats, Mme Marois a lancé un site Internet au cours des derniers jours.

Le leadership

Dans ce contexte de tiraillements courtois, la «saison des idées» ne risque-t-elle pas de prendre l'allure d'un exercice strictement cosmétique, compte tenu de l'absence d'une course au leadership? Le vote de confiance à Bernard Landry si celui-ci décidait de demeurer en poste au delà du congrès est encore bien loin.

«Un parti, ce n'est pas juste une tête dirigeante, souligne Daniel Turp. Un parti a beaucoup de leaders à tous les niveaux. Ce sont des militants qui ont donné leur âme à ce parti et qui ont construit un programme qui est peut-être un peu trop illisible maintenant. Mais on peut, avec M. Landry, transformer le parti et offrir un nouveau Parti québécois. On veut un grand remue-méninges qui, je l'espère, sera un grand remue-ménage. [...] Il faut emprunter de nouveaux chemins», croit le député de Mercier.

Il dit croire que la «saison des idées» est un exercice nécessaire qui exige courage et audace. «Ça ne doit pas être une opération de marketing politique. Ça ne le sera pas parce qu'on va faire les débats en profondeur», répète-il.

Chose certaine, les militants réunis toute la fin de semaine en conseil national à Laval prendront connaissance dès aujourd'hui des cahiers qui doivent guider les consultations qui s'amorcent. Ces cahiers — qui n'orienteront pas les réponses, promet M. Turp — sont le résultat des travaux des trois chantiers de modernisation. Les péquistes pourront donner leur point de vue sur les changements à faire d'ici la mi-avril. Juste à temps pour que les troupes donnent un coup de main au Bloc québécois, qui sera en campagne électorale.

Quant au mécontentement que les militants péquistes de Montréal ont clairement exprimé contre «l'ingérence» des experts et des politologues dans les affaires du parti, M. Turp assure que c'est chose du passé. Selon lui, les militants seraient maintenant «mieux disposés» à s'investir et à partager la réflexion.

«Je souhaite que les gens démontrent beaucoup d'ouverture par rapport aux idées qui circulent au Québec, dans les milieux intellectuels, dans la société civile, du développement durable jusqu'à la réforme du mode de scrutin. Il faut aussi être curieux, notamment sur ce qui se fait à l'étranger», affirme Daniel Turp, qui soutient qu'il n'y aura aucune question tabou.

Certaines structures pourraient ainsi être remises en question. Par exemple, le président du parti devrait-il assumer cette fonction une fois qu'il est devenu premier ministre? D'autres questions pourraient également être soulevées, notamment celle de l'engagement du PQ en vue des prochaines élections: s'agira-t-il de tenir un référendum ou des élections référendaires? Déjà, des militants se montrent pressés de soumettre au débat l'idée d'élections référendaires. Trois associations locales déposeront chacune une proposition en ce sens.

La synthèse des consultations sera connue lors du dépôt du rapport, prévu en juin.