Hydro-Québec peut éviter la filière thermique en misant sur l'interconnexion

Les chercheurs de l'Institut de recherche en électricité (IREQ) d'Hydro-Québec estiment que la capacité des interconnexions actuelles avec les provinces et États voisins ainsi qu'avec les grands réseaux privés du Québec est amplement suffisante pour combler un éventuel «déficit» énergétique entre 2007 et 2010, une solution temporaire, moins coûteuse et moins néfaste pour l'environnement que la construction de la centrale thermique du Suroît.

L'étude publiée hier par le Syndicat professionnel des scientifiques de l'IREQ (SPSI) a été rendue publique hier deux heures avant l'annonce du report du projet du Suroît jusqu'à son examen par la Régie de l'énergie. Ses conclusions rejoignent celles du BAPE et du ministère de l'Environnement, lequel affirmait le 8 décembre dernier, dans le rapport d'analyse derrière l'approbation du Suroît, que le fameux déficit appréhendé par Hydro n'avait pas été démontré. De toute façon, ajoutait ce rapport, la capacité des interconnexions avec les réseaux voisins permet de répondre aux besoins temporaires qui ont justifié le projet thermique.

«L'importation d'électricité, en complément avec l'utilisation de nos réservoirs hydroélectriques, s'avère une potion financièrement intéressante afin de combler les besoins en énergie du Québec, explique le président du SPSI, Jean-Marc Pelletier. Alors que les producteurs extérieurs au Québec disposent de capacités de production largement inutilisées à certaines périodes de la journée ou à certaines périodes de l'année, Hydro-Québec serait en mesure de se procurer l'électricité à bon prix» et de combler le déficit temporaire appréhendé au lieu d'y répondre par une centrale qui polluera pendant 30 ans.

Selon le SPSI, les interconnexions permettent d'importer plus de 4000 MW des réseaux voisins. Hydro soutient que sa capacité d'importation ne dépasse pas les 3325 MW. La différence entre ces deux évaluations est d'environ 700 MW, soit assez près de la puissance installée du Suroît. Le SPSI ajoute que 1200 MW sont aussi disponibles au Québec grâce aux interconnexions avec les réseaux de production d'Alcan et de Brascan, qui ont des barrages au Lac-Saint-Jean et sur la Lièvre. Ceci porterait la possibilité des achats possibles à 5152 MW, en sus des 38 000 MW produits par Hydro-Québec et les chutes Churchill.

Au plus fort de la récente vague de froid, la consommation interne a atteint 39 000 MW, ce qui laisserait une marge de sécurité de 2000 à 4000 MW, si on se réfère aux chiffres publiés par les chercheurs.

Au sommet de la même vague de froid, Hydro-Québec affirmait que sa capacité réelle d'importations des provinces et États voisins ne dépassait pas les 1600 MW. Le Nouveau-Brunswick et l'Ontario étaient aussi gelés que le Québec et gardaient tous leurs mégawatts, affirmait-on au Devoir. La ligne Nicolet-Radisson-Des Cantons ne pouvait pas fournir plus que la production de la Baie-James, soutenait la société d'État, parce que le poste de Radisson était occupé à transformer les mégawatts de ces barrages pour la métropole.

«Faux», affirme le président du SPSI, Jean-Marc Pelletier, car lorsque l'électricité de la Baie-James est transformée à Nicolet (courant continu en courant alternatif) au profit de Montréal, le poste Des Cantons est totalement isolé de celui de Nicolet. Il peut donc importer à pleine puissance des États-Unis, soit plus de 1600 MW selon les documents officiels d'Hydro-Québec. Le problème, dit M. Pelletier, c'est que les Américains — que nous alimentons à raison de 2000 MW par jour, soir et matin — refuseraient de nous vendre des mégawatts à d'autres moments, de crainte notamment de déstabiliser leur réseau.

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