La soeur de James Gabriel invite les siens à montrer leur courage

Dans une lettre publiée aujourd'hui dans la page Idées du Devoir, la soeur du chef de Kanesatake, James Gabriel, invite les habitants de la réserve «à ne pas rester figés par la peur» et à «témoigner» de la situation qui divise Kanesatake en deux clans bien distincts. Wanda Gabriel a donc pris la plume pour montrer qu'il ne sert à rien de se replier sur soi-même.

Mme Gabriel, qui a vu la maison de son frère incendiée par des résidants hostiles aux décisions prises par James Gabriel dans le but d'éliminer le crime organisé, estime «qu'il faut sortir du climat de peur et se tenir ensemble contre la vie criminelle» qui règne à Kanesatake.

«Il y a eu une réunion la semaine passée et beaucoup de gens ne sont pas venus», a-t-elle confié lors d'un entretien avec Le Devoir. «Les gens sont craintifs. L'ambiance est tendue. C'est très tranquille, comme un silence inconfortable. Il n'y a aucun dialogue dans la communauté, les deux clans sont séparés et ne se parlent pas. Certains veulent faire semblant de rien, mais ce n'est pas ce qu'il faut faire.»

Elle veut que justice soit faite et que les responsables de l'incendie qui ont ravagé la maison de son frère soient punis. «Ils doivent subir les conséquences de leurs gestes. Mais je suis inquiète du déroulement de la situation. L'investigation est lente. Ça fait un mois, et toujours rien. Si ce n'était pas arrivé à Kanesatake mais ailleurs au Québec, ça prendrait moins de temps. Pourtant, on a vu le vidéo avec les gens dessus. Je ne comprends pas cette lenteur.»

Wanda Gabriel soutient qu'il y a une énorme influence extérieure sur la criminalité dans la réserve. «Pour la drogue, pensez-vous vraiment que les quelques personnes qui vivent à Kanesatake sont les clients? Ce n'est pas pour nous, c'est pour l'extérieur. Beaucoup de gens manipulent les clans à l'intérieur, ici. C'est la base de beaucoup de problèmes.»

Malgré tout, elle reste «optimiste que les choses vont s'arranger. Il le faut, ne serait-ce que pour les enfants traumatisés par tout ça».

Rappelons que la crise a éclaté début janvier lorsque la minorité au conseil de bande a appris l'existence d'une entente secrète entre le solliciteur général et James Gabriel, une entente qui a entraîné le déploiement d'une soixantaine de policiers autochtones appelés en renfort par le grand chef afin de déloger le chef de police Tracy Cross et de relancer la lutte contre le crime organisé. Une trentaine d'individus avaient assiégé le poste de police, séquestrant les Peacekeepers pendant deux jours avant que le ministre Chagnon n'intervienne pour résoudre la crise de façon pacifique.