Québec fait confiance à Lafrenière

Robert Lafrenière
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Robert Lafrenière

Québec a arrêté son choix, et Robert Lafrenière pourra poursuivre le travail entrepris en 2011 à la tête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Le commissaire a été reconduit dans ses fonctions mercredi, au terme d’un processus de nomination dénoncé par l’opposition.

« Il est évident que l’UPAC est une organisation dont le travail nécessite stabilité et crédibilité », a soutenu en conférence de presse le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. Ce dernier a utilisé les mots « stabilité » et « crédibilité » dans pratiquement toutes ses réponses.

Ainsi : pour « assurer toute la stabilité requise dans la conduite des enquêtes déjà en cours », le choix de Robert Lafrenière s’imposait, a-t-il dit. Ou encore : le patron de l’UPAC « a toute la crédibilité requise pour continuer dans l’exercice de ses fonctions ».

« C’est une institution qui est très, très, très importante pour la confiance que les citoyens ont envers l’intégrité de leur administration publique, a ajouté M. Coiteux. À ce stade-ci de l’histoire de cette organisation, la stabilité, pour nous, est une chose très importante. »

Un comité de sélection avait soumis la semaine dernière une liste de candidatures à Québec. Cette liste demeure confidentielle, mais des rumeurs ont fait état de l’intérêt de trois personnes : Denis Gallant (inspecteur général de la Ville de Montréal), Denis Morin (un des fondateurs de l’escouade Marteau à la Sûreté du Québec) et Didier Deramond (directeur adjoint au SPVM). Le nom de l’ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, l’avocate Sonia Lebel, a aussi été mentionné dans les médias.

La nomination de M. Lafrenière survient trois semaines après la spectaculaire frappe de l’UPAC qui a mené aux arrestations des anciens ministres libéraux Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté. Les libéraux auraient-ils pu ne pas reconduire le mandat du patron de l’UPAC dans ce contexte ? Martin Coiteux assure que ce ne fut « absolument pas une considération ».

« On a un comité qui a été formé, qui a fait son travail, qui nous soumet des candidatures hautement valables, et on a à s’interroger : est-ce qu’on veut faire un changement ? Pourquoi faire un changement lorsque pour nous, à ce stade-ci, la stabilité et la crédibilité sont fondamentales pour continuer ? » a-t-il dit.

Processus

Les partis d’opposition ont tous profité de l’annonce de Québec pour réitérer que le processus de nomination du patron de l’UPAC devrait être revu. Le ministre Coiteux ne ferme pas la porte à une modification, mais indique que le gouvernement « n’en est pas là ».

« On ne conteste pas du tout le choix du gouvernement, la personne de M. Lafrenière, explique la députée caquiste Nathalie Roy. Mais pour un poste aussi important, la nomination devrait être faite par un vote aux deux tiers de l’Assemblée nationale, pour assurer le maximum de transparence. » À l’heure actuelle, dit-elle, « il y a une apparence bizarre : le gouvernement libéral choisit une personne qui enquêtera sur le Parti libéral ».

Même position au Parti québécois, où le député Pascal Bérubé a « pris acte » du choix de M. Lafrenière. « On espère qu’il puisse poursuivre la conduite de ses enquêtes avec toutes les ressources et l’indépendance nécessaire. »

Car au-delà de la transparence, M. Bérubé croit qu’un choix par l’Assemblée nationale permettrait aussi une plus grande indépendance du commissaire. « À l’heure actuelle, lors de l’étude des crédits en Sécurité publique, je dois demander au ministre la permission de questionner le commissaire », dénonce-t-il.

Manon Massé, de Québec solidaire, a salué le choix de M. Lafrenière en soulignant qu’il « semble avoir compris [avec les arrestations du 17 mars] les attentes du public selon lesquelles il faut mettre fin à l’impunité des hauts responsables politiques ».

Jusqu’ici, l’UPAC a procédé à 164 arrestations, indiquait M. Lafrenière lors d’un colloque-bilan organisé mardi. L’un des dossiers centraux de son deuxième mandat sera de pousser le projet de conversion de l’UPAC en un corps de police indépendant.

Avant sa nomination à l’UPAC, Robert Lafrenière était sous-ministre à la Sécurité publique. Il a fait l’essentiel de sa carrière à la Sûreté du Québec.

4 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 7 avril 2016 04 h 39

    Le hasard et la nécessité

    Disons que le spectacle politique actuel, hasard ou créé de toute pièce par qui? favorisait ce choix. En effet, il y a de grosses pointures qui sont sortis de la boîte à un moment propice.

    • Claude Richard - Abonné 7 avril 2016 10 h 05

      Effectivement, on peut se demander, maintenant que le patron de l'UPAQ a obtenu ce qu'il voulait, si la ronde des arrestations et les fuites stratégiques vont se poursuivre. Ces arrestations et fuites ont mis bien du temps à se produire. Quelle sera l'urgence à partir d'aujourd'hui? Chère nature humaine...

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 7 avril 2016 05 h 34

    Bonne chance

    La députée caquiste Nathalie Roy, à l’heure actuelle, dit-elle, « il y a une apparence bizarre : le gouvernement libéral choisit une personne qui enquêtera sur le Parti libéral ». En fait même si en ce moment les membres du PLC sont sur la sellette, l'UPAC enquête sur tout le monde; d'autres verront leur tour arriver bientôt.

    Jusqu’ici, l’UPAC a procédé à 164 arrestations, il serait intéressant de voir la liste compilée et de ceux-ci, combien furent coupable et avec quelles furent les sentences.

  • Donald Bordeleau - Abonné 7 avril 2016 10 h 03

    Coiteux a tenu son bout.

    Le ministre Coiteux voulait démissionné si Monsieur Lefrenière n'était pas reconduit à la tête à la tête de l'UPAC.

    Certains ministres voulaient changer pour un nouvel Eliot Ness en la personne en Denis Galant.