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Couillard laisse Hamad en plan

Philippe Couillard a reconnu en Chambre mercredi le manque de prudence de celui qui a présidé sa campagne à la chefferie du PLQ.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne Philippe Couillard a reconnu en Chambre mercredi le manque de prudence de celui qui a présidé sa campagne à la chefferie du PLQ.

Le sort de Sam Hamad au sein du caucus libéral est incertain. « [La] situation évolue. Elle va évoluer », a déclaré le premier ministre Philippe Couillard à quelques heures du retour du ministre suspendu au Québec. « Je ne minimise pas [la situation] », a-t-il ajouté, d’un ton ferme.

Le chef du gouvernement n’était pas d’humeur mercredi à réitérer sa confiance à l’égard de son ministre englué dans des allégations de trafic d’influence. Il lui a au contraire reproché d’avoir discuté candidement avec l’ex-collecteur de fonds Marc-Yvan Côté d’une demande d’aide financière de Premier Tech en 2012.

À ses yeux, M. Hamad aurait dû s’assurer que M. Côté figure au Registre des lobbyistes, et ce, même si les règles en matière de lobbyisme ne l’obligeaient pas à le faire. « Est-ce que le député de Louis-Hébert aurait dû être plus prudent ? Certainement qu’il aurait dû être plus prudent », a déclaré M. Couillard en Chambre, alors qu’il était sous le feu nourri des questions des partis d’opposition pour une deuxième journée. « Ce n’est pas illégitime pour une entreprise qui négocie avec le gouvernement d’entrer en contact avec les représentants du gouvernement pour les circonstances dans lesquelles l’aide va être apportée, c’est même nécessaire, mais ça doit se faire sous le couvert de l’application de la loi antilobbyisme », a-t-il poursuivi.

« Justice naturelle »

M. Hamad est attendu de pied de ferme à l’Assemblée nationale par les élus péquistes, caquistes, solidaires — et même plusieurs élus libéraux —, qui lui reprochent publiquement de s’être réfugié sous le soleil de la Floride plutôt que de faire son travail de député et de répondre à toutes les questions suscitées par le reportage de l’émission Enquête.

C’est « avant tout » l’« intérêt supérieur du Québec » qui guidera la suite des choses, a souligné M. Couillard, à la veille du deuxième anniversaire de son élection à la tête du gouvernement du Québec. « J’ai à coeur bien sûr de protéger l’intégrité de l’État avant tout », a-t-il soutenu. Plus tard, il a aussi dit chercher à offrir à M. Hamad « une forme de justice naturelle » en lui permettant de répondre, une nouvelle fois, aux attaques dont il est la cible depuis près d’une semaine. « Pensez-vous que je suis heureux de cette situation ? Je ne suis pas heureux de cette situation. Je comprends très bien la population de ne pas l’être. J’essaie de faire l’équilibre entre mon devoir de gouvernant pour l’État, mais également de m’assurer qu’il y a une forme de justice naturelle ici. Pour moi, c’est important. »

M. Hamad s’adressera aux médias, se contentait-on de répéter dans l’entourage du premier ministre mercredi soir. « On va le laisser atterrir. »

Une nouvelle enquête

À l’initiative du Parti québécois, l’Assemblée nationale a demandé au vérificateur général du Québec de se saisir, lui aussi, du dossier. Par l’intermédiaire d’une motion adoptée à l’unanimité, les députés l’ont instruit d’analyser, d’ici le 1er juin prochain, l’octroi du prêt de 11,2 millions et de la subvention de 8,5 millions octroyés respectivement par Investissement Québec et le ministère du Développement économique à l’entreprise Premier Tech, qui a été annoncé par le premier ministre Jean Charest au printemps 2012.

Le Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale, le Directeur général des élections du Québec — et possiblement le Commissaire au lobbyisme — sont déjà sur le coup.

« La question centrale dans ce dossier consiste à savoir si la transaction, la décision d’investissement du ministère de l’Économie et d’Investissement Québec a été prise selon les bonnes pratiques », a fait valoir M. Couillard, se disant convaincu que M. Hamad n’avait « pas une once de mauvaise intention en lui ». Aucun indice ne lui permet de « soupçonner que cette transaction a été faite de façon différente et irrégulière », a-t-il conclu.

Combien de « Côtédollars » ?

Les partis d’opposition reprochent à M. Couillard de permettre à M. Hamad de continuer à jouir des privilèges d’un ministre en titre alors qu’il est exclu du Conseil des ministres et des comités ministériels depuis le week-end dernier. « Un ministre de rien, pourquoi serait-il ministre ? » a demandé le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau.

La Coalition avenir Québec s’est également évertuée mercredi à entretenir la suspicion à l’égard de tous les ex-« ministres à 100 000 piastres » — ou « ministres à 150 000 , selon Radio-Canada — présents dans le Conseil des ministres dirigé par Philippe Couillard.

Le député caquiste Éric Caire a demandé combien de « Côtédollars » ont été engrangés par le Parti libéral du Québec après qu’il eut « vendu son âme à Dracula », c’est-à-dire Marc-Yvan Côté. « Ils ont banni Marc-Yvan Côté du Parti libéral du Canada. Qu’a fait le Parti libéral du Québec, lui, de son côté ? Ils ont, pour 2007, 2008 et 2009, délivré des certificats de solliciteur à Marc-Yvan Côté. On a demandé au déshonorant Marc-Yvan Côté de collecter des fonds », a-t-il dénoncé.

De son côté, Québec solidaire a proposé la création d’une « commission spéciale transpartisane » afin d’assurer la mise en oeuvre des recommandations de la commission Charbonneau, en plus de « faire des recommandations dans tout ce qui peut avoir trait à la collusion et la corruption », a expliqué la députée de Gouin, Françoise David.


11 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 7 avril 2016 03 h 00

    Jusqu'où ira-t-il? (!)

    Selon Garnotte, la guillotine est fin prête ( http://www.ledevoir.com/photos/galeries-photos/les ). Je vous invite à lire (ou relire) un article paru en 2014 dans Le Devoir ( http://www.ledevoir.com/culture/livres/421285/la-g ). «Comme on dit par chez-nous: «arx Tarpeia Capitoli proxima»»;) Après le breffage, je souhaite qu'il tourne le pouce vers le sol. Bien quoi!? les Québécois ont encore le droit de rêver.

    JHS Baril

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 7 avril 2016 05 h 38

    Question: Et cette nouvelle fuite..

    .. de documents internes du PLQ mentionnant que Sam a - comme ça ce faisait à l'église le dimanche - ramassé 156,000$ dans son petit panier de la quête du Parti, est-ce que cela pourrait aider à ce que... "... la situation évolue. Elle va évoluer." ???

    Bon jeudi, monsieur Hamad!

    • Marc Lacroix - Abonné 7 avril 2016 09 h 56

      L'évolution souhaitable, à mon avis, c'est que M. Couillard soit prêt à faire ouvrir les livres du PLQ aux services de vérification et d'enquête du gouvernement et de garantir la collaboration de tous, afin de rassurer la population sur la qualité du nettoyage à faire et à faire avec transparence; finies les cachoteries!

      Il n'y a pas que le PLQ qui devrait envisager d'ouvrir ses livres, car ce n'est pas uniquement envers les libéraux que la population a perdu confiance, mais envers les politiciens en général.

  • Michel Lebel - Abonné 7 avril 2016 06 h 50

    Assumer!

    Que Philippe Couillard assume ses responsabilités de chef de parti et de chef de gouvernement. Un point, c'est tout!


    M.L.

    • François Dugal - Inscrit 7 avril 2016 08 h 55

      Et pour "assumer ses responsabilités", monsieur Lebel, que doit faire le premier ministre, au juste?

    • Michel Lebel - Abonné 7 avril 2016 12 h 37

      @François Dugal,

      Tout simplement demander à Sam Hamad de démissionner comme ministre en attendant la fin des enqêtes le concernant.

      M.L

  • Donald Bordeleau - Abonné 7 avril 2016 09 h 43

    Un expert en avancement des dossiers et en financement politique.

    Il va probablement démissionné pour arrêter la tempête médiatique sur le trafic d'influence.

    Ceci afin de finir pour le PLQ de creuser sa tombe.

    Le fossoyeur est entrain de creuser d'autres fosses.

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/201

  • Claude Richard - Abonné 7 avril 2016 09 h 55

    Le chef et les amis jetables

    Philippe Couillard prend ses distances de Sam Hamad, comme il a pris ses distances de Nathalie Normandeau, d'Yves Bolduc, d'Arthur Porter. Après les avoir fréquentés et en avoir fait des gens de confiance. Et le jugement dans tout cela? Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es. Là est le problème. Couillard n'est pas vraiment mieux que ces gens à la conscience élastique. S'il y a quelque chose, il est pire: il se drape dans la vertu, alors qu'il est le chef d'orchestre des véreux.

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 7 avril 2016 10 h 52

      Ça en dit long et large sur le père Couillard en effet.

      D'accord avec vous: au-dessus de tout, jamais de sa faute, comment peut-on supposer que, douter de... etc. En lambeaux, sa chemise...!

      Avez-vous déjà tenté de confronter un médecin? N'importe lequel?

      La différence, ici, c'est que là où il a décidé d'aller, dans sa vie, le "neuro-chi", c'est loin, loin, loin en dehors de sa spécialité...

      Pis à date, comme dans le cas de l'affaire Porter, les Résultats, ces trucs qui n'ont nullement besoin de leçons d'éloquence pour frapper fort et convaincre, n'impressionnent vraiment pas grand monde. La destruction du modèle québécois, conduite par une équipe de... sous performants à l'éthique disons, assez ordinaire... Pour l'Histoire, il devra repasser.