Legault propose un programme politique pour un pays

Québec — En cette saison des idées qui doit animer le Parti québécois, François Legault propose aux militants de mettre de côté le programme du parti de 209 pages, «un programme de province», selon son expression, pour le remplacer par un «programme de pays» qui s'appuie sur un budget détaillé d'un Québec souverain.

Ce «programme de pays», financé virtuellement par l'apport des milliards de dollars que les Québécois versent à l'heure actuelle à Ottawa, servirait de plate-forme électorale aux prochaines élections. Parce que la souveraineté est rentable, a soutenu François Legault au cours d'un entretien avec Le Devoir, ce programme sera beaucoup plus attrayant que les programmes «provinciaux» du Parti libéral du Québec et de l'Action démocratique du Québec. C'est la «souveraineté solution», avance le député de Rousseau, une souveraineté ancrée dans le concret pour résoudre des problèmes actuels. Au cours de la dernière campagne électorale, Jean Charest avait demandé à Bernard Landry si sa priorité était la santé ou la souveraineté. Or la souveraineté permettra justement de régler le problème du sous-financement de la santé, raisonne M. Legault. «Si on n'est pas capables de faire de la souveraineté une solution aux problèmes de santé, selon moi, ça va être difficile de mettre l'urgence de la souveraineté du Québec dans la tête des Québécois et de les convaincre de sa pertinence», a-t-il dit.

Pauline Marois est résolument contre cette approche. Elle ne voit pas non plus d'un bon oeil la rédaction d'un budget d'un Québec souverain. «Je ne crois pas qu'il faut aller trop loin dans la précision», estime-t-elle. Aux prochaines élections, le PQ doit se présenter à l'électorat comme le parti le plus apte à gouverner dans l'état actuel des choses: c'est ce qu'il a toujours fait. Les caractéristiques d'un Québec souverain ne doivent pas être définies seulement par les membres du PQ. «On doit avoir une certaine prudence» et trouver «une façon d'associer la population» à l'exercice, estime la députée de Taillon.

Mme Marois croit que la définition du pays — constitution, institutions, organisation régionale, etc. — est «un des éléments mobilisateurs» qui doivent conduire à la souveraineté. Elle souhaite répéter l'expérience de la Commission sur l'avenir du Québec, mise sur pied par Jacques Parizeau à la veille du référendum de 1995. «Ç'a été une opération extrêmement riche et intéressante, qu'on devrait reprendre en allant plus loin», propose-t-elle. Cette commission itinérante n'a malheureusement pas disposé de suffisamment de temps et l'exercice est demeuré superficiel.

Bernard Landry a donné son aval au projet de François Legault de rédiger un budget d'un Québec souverain. D'ailleurs, le PQ a créé un comité, présidé par M. Legault, sur l'état des finances publiques d'un Québec souverain (Pauline Marois, de son côté, dirige un comité sur le rôle de l'État dans un Québec souverain). Mais le chef du PQ a exprimé des réticences en ce qui a trait à la rédaction d'un programme détaillé pour le pays. Un tel programme commande des choix, un projet de société bien défini, des orientations — droite, centre ou gauche —, alors que le PQ est une coalition de souverainistes de diverses tendances. François Legault croit plutôt que la majorité des militants péquistes sont des progressistes, des militants comme les altermondialistes, que le PQ est en train de perdre. Plutôt que de promettre des baisses d'impôt, le programme d'un Québec souverain devrait proposer d'améliorer les services publics et de créer une caisse santé. «Les jeunes ne veulent pas seulement savoir que le Québec sera assis à la table des nations mais ce qu'on ferait de différent d'Ottawa. Ils ne veulent pas que la souveraineté du Québec, ce soit un chèque en blanc», a-t-il dit.

Depuis deux mois, le comité de M. Legault, qui dispose d'analystes du cabinet du chef de l'opposition, s'active. Les travaux sont suffisamment avancés pour permettre au député d'affirmer que le budget d'un Québec souverain sera nettement à l'avantage des Québécois. Le Québec peut compter sur sa part des surplus soulignés par la commission Séguin. Il peut mettre un terme aux dédoublements (les deux ministères du Revenu, de l'Environnement, etc.) et les choix budgétaires peuvent être différents (moins d'argent pour la défense et plus pour l'éducation). «En 1995, on disait: la souveraineté, c'est un beau rêve mais qui va coûter cher. Aujourd'hui, on peut dire que la souveraineté, c'est un beau rêve et, en plus, c'est rentable», a fait valoir François Legault.
1 commentaire
  • FARID KODSI - Inscrit 6 février 2004 10 h 01

    Les maîtres de la division

    Même au sein de leur propre parti, les souverainistes sont divisés, comment voulez-vous donc qu'ils puissent convaincre tout un peuple sur une option qui n'a pas sa raison d'être dans un pays comme le Canada, un pays plus que souverain.

    Les membres du Parti québécois tout comme certains journalistes, syndicalistes, professeurs et artistes souffrent d'une souverinite aiguë.

    Après le SRAS en Ontario, c'est la souverainite aiguë de la presse (SAP) qui frappe les journalistes du Québec français.

    Heureusement, la SAP ne causera pas d'encombrement dans les hôpitaux du Québec puisqu'elle n'atteint qu'une faible proportion de la population du Québec, une poignée de séparatistes, quelques syndicalistes et un certain nombre d'artistes et de journalistes qui traitent le premier ministre du Québec de frisé, de canadian et de vendu, un vocabulaire méprisant auquel nous ont habitués les adeptes du Parti québécois qui souffrent de cette même souverainite aiguë et qui bombardent leurs adversaires fédéralistes de leur vocabulaire terroriste.

    Heureusement, les enfants ne sont pas affectés par ce mal mais plutôt les vieux adultes, en général des baby-boomers dans la cinquantaine avancée qui traînent cette épidémie depuis plus de quarante ans et qui n'arrivent malheureusement pas à s'en défaire puisque même certains vaccins comme le CG (pour conditions gagnantes) n'a pas eu d'effet et a été mis sur les tablettes en attendant une étude plus poussée de son efficacité sur la souverainite qu'entamera très bientôt les Laboratoires Léger Marketing qui se font un plaisir de disséquer la population québécoise en toutes sortes de groupes pour éviter la contamination. Ainsi, il y a les Québécois pure laine de père et de mère typiquement francophones, une union Michaud/Landry par exemple, des Québécois plutôt francophones, une union McDonald/Cartier par exemple, une union anglophone Smith/O'Sullivan, une union carrément allophone Tang/Chang par exemple, une union allophone francophone Tang/Laviolette par exemple et une union allophone anglophone Chang/Richardson. Avec une telle division, on peut facilement reconnaître les couples qui pourraient être affectés par le malaise de ceux qui ne le seraient pas.

    Vous êtes donc avertis, ne vous laissez pas emporter par la souverainite et tâchez de la combattre avec des armes beaucoup plus raffinées et beaucoup plus subtils que ceux que brandissent les adeptes de cette méchante épidémie incurable.