Couillard dans la tourmente

Le premier ministre Philippe Couillard face aux représentants des médias mardi, à Québec
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard face aux représentants des médias mardi, à Québec

Le premier ministre Philippe Couillard est plongé dans la tourmente. Il paraissait ébranlé mardi après-midi après que les partis d’opposition eurent remis en question sans relâche son jugement politique dans l’« affaire Hamad ».

Le chef du gouvernement a encaissé coup après coup durant une période des questions houleuse. « Est-ce que le premier ministre attend que l’UPAC débarque au grand complet au Conseil des ministres pour faire le ménage ? » a lancé à un moment l’élue solidaire Manon Massé, prenant de court les élus libéraux. Ils étaient abasourdis.

M. Couillard s’est défendu de prendre « à la légère » les allégations de trafic d’influence à l’endroit du ministre sans portefeuille Sam Hamad. Il l’a temporairement mis à l’écart de tout organe décisionnel, a-t-il réitéré. En effet, M. Hamad ne prendra part ni aux séances du Conseil des ministres ni aux réunions de différents comités.

Privilèges de ministre

M. Couillard lui permet cependant de continuer à profiter de tous les privilèges attachés à la fonction de ministre : salaire accru, garde du corps, véhicule de fonction, etc. « Le premier ministre a inventé le Club Med des ministres libéraux », a tonné la leader parlementaire adjointe de l’opposition officielle, Agnès Maltais, décrivant M. Hamad comme « ministre à zéro responsabilité ministérielle ». « Le bout du bout : au lieu de faire son travail de député, il s’en va en vacances en Floride. »

Les élus d’opposition n’en avaient mardi que pour les « liaisons dangereuses » — expression de Pierre Karl Péladeau — entre M. Hamad et l’important collecteur de fonds Marc-Yvan Côté, qui fait l’objet d’accusations de fraude, d’abus de confiance, de corruption et de complot liées à des activités de financement du PLQ tenues entre 2000 et 2012.

D’ailleurs, certains élus libéraux s’expliquaient mal mardi la proximité entre M. Hamad et M. Côté au fil des dernières années. Le président du Conseil du trésor suspendu aurait « pu être plus prudent » et « ne pas avoir ces contacts-là » avec M. Côté, a soutenu le leader parlementaire adjoint du gouvernement, Gerry Sklavounos.

Le ministre Jean-Marc Fournier n’a toutefois pas expliqué la présence de M. Côté à des rassemblements du PLQ après qu’il eut été expulsé à vie du Parti libéral du Canada en 2005 en raison de pratiques de financement illégales.

Éclipse médiatique

L’« affaire Hamad » a fait ombrage mardi sur les annonces parsemées ici et là durant la journée par l’équipe des communications du gouvernement libéral.

Face à la pression médiatique, M. Hamad a, lui, convenu de rentrer dans la capitale nationale jeudi, notamment pour « rencontrer les médias », a fait remarquer M. Couillard. Le chef du PLQ a toutefois refusé de préciser — trois fois plutôt qu’une — si M. Hamad rentrait précipitamment des États-Unis à sa demande.

« Brûlé », le ministre sans portefeuille avait décidé de séjourner en Floride afin de refaire le plein d’énergie, ce qui a créé un malaise au sein du caucus libéral. « Cet aspect-là chatouille la population, évidemment, dans le contexte », a souligné le ministre Laurent Lessard, après la diffusion de photos où on voit M. Hamad jouer au golf comme si de rien n’était. « C’est quelque chose qu’il va vouloir corriger », a-t-il ajouté.

M. Hamad a mis les voiles le week-end dernier vers la destination soleil à sa propre initiative. « Ce n’est pas qu’on l’a laissé partir, il nous a avisés qu’il partait, tout simplement », a précisé M. Couillard. « Il s’est poussé en Floride pour fuir la tempête médiatique que le premier ministre a lui-même créée », a suggéré de son côté le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau.

« Déchéance morale »

Les élus de Québec solidaire évoquaient même mardi la possibilité qu’il y ait des élections générales anticipées. « Le gouvernement libéral est sérieusement ébranlé. [Il faut maintenant] envisager que ce gouvernement ne se rende pas en 2018 », a soutenu Françoise David.

Pour sa part, Amir Khadir a dit observer la « déchéance morale » du PLQ depuis son arrivée à l’Assemblée nationale, il y a sept ans. « [Elle] s’installe graduellement, crise après crise, déni après déni, refus de reconnaître les problèmes et refus d’y apporter des remèdes », a-t-il affirmé.

Aux yeux de Québec solidaire, la carrière politique de M. Hamad est terminée, et ce, peu importe les conclusions tirées par le Commissaire. « De simples vérifications du Commissaire à l’éthique ne suffiront pas à redorer le blason du député de Louis-Hébert, parce qu’il y a le conflit d’intérêts et l’apparence de conflit. Le tribunal populaire, lui, a tranché. », a déclaré Manon Massé, pressant maintenant le chef du gouvernement d’ordonner une enquête sur tous les anciens « ministres à 100 000 piastres » au sein du Conseil des ministres.

M. Couillard a quant à lui insisté sur la « glorieuse histoire » du PLQ, ainsi que sur les « pratiques exemplaires » développées depuis son arrivée aux commandes il y a trois ans. « Moi, je prends la responsabilité du parti à partir de ma nomination en tant que chef, en mars 2013 », a-t-il déclaré lors d’un impromptu de presse.

« Effet libéral »

M. Hamad s’est vu retirer samedi ses responsabilités de président du Conseil du trésor, et ce, pour la durée de l’enquête du Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale. Celui-ci s’affairera à démêler les allégations de trafic d’influence qui pèsent sur le ministre libéral en déterminant s’il a fait bonifier une aide gouvernementale offerte à l’entreprise spécialisée en horticulture Premier Tech en 2012 à la suite des pressions de Marc-Yvan Côté.

Le ministre des Transports, Jacques Daoust, a écarté tout scénario d’interférence politique dans ce dossier. « Ce ne serait pas acceptable d’avoir des pressions comme ça », a souligné l’ex-président d’Investissement Québec. Le député péquiste Alain Therrien n’en croyait rien. Premier Tech a bénéficié à coup sûr de l’« effet libéral », selon lui.

Une nouvelle politique empêchera de savoir si Côté fait l'objet d'une enquête

Une nouvelle politique de communication du commissaire au lobbyisme François Casgrain empêchera les médias de savoir si ses services enquêtent sur les interventions de l’ex-ministre Marc-Yvan Côté auprès de Sam Hamad, selon ce qu’a appris La Presse canadienne. En vertu de cette politique, fonctionnaires et élus ne pourront pas savoir si les lobbyistes qu’ils rencontrent font l’objet d’une vérification ou d’une enquête. M. Casgrain ne révélera ces informations que dans des circonstances exceptionnelles dont les critères ne sont pas publics, a indiqué mardi un porte-parole du commissaire, Daniel Labonté. M. Labonté a expliqué que M. Casgrain a exclu la possibilité de révéler exceptionnellement s’il se penche sur la situation de M. Côté, dont des courriels révèlent qu’il a fait du lobbyisme sans être inscrit au registre prévu à cette fin. M. Casgrain a refusé une demande d’entrevue pour expliquer sa nouvelle politique de communication, rendue publique mardi, après une demande de La Presse canadienne.
34 commentaires
  • Sylvain Bolduc - Inscrit 6 avril 2016 00 h 59

    Son condo

    Il apparaît maintenant que ce n'est pas dans un hotel mais bien dans sa propre résidence dans laquelle il est reparti aussi vite qu'arrivé. Ça change bien des choses je trouve que de savoir que M. Hamad a une résidence hors du pays et peut-être à l'abri de quelques perquisitions que ce soit par les autorités policières québécoises.

    Est-ce que l'UPAC par exemple a le pouvoir d'enquêter facilement aux USA?

    Je dis ça comme ça...

  • Denis Paquette - Abonné 6 avril 2016 03 h 24

    Des pauvres et des très riches n'habitants même pas le territoire

    Il faut se débarasser de ce gouvernement au plus tôt, avant qu'il n'ait démantelé et appauvri le Québec a jamais, dommage que les indépendentistes soient si divisés, ca permet a une classe de bourgeois bien nantis de s'accaparer de toutes les richesses du Québec, avec un sans gêne, dont même la commission Charbonneau n'a pas réussi a en venir a bout, en fait que va-t-il resté du Québec après que ces gens se seront servis des pauvres et des très riches qui vont s'en foutre et n'habiteront meme pas le territoire

  • Marc Leclair - Inscrit 6 avril 2016 05 h 46

    « Moi, je prends la responsabilité du parti à partir de ma nomination en tant que chef, en mars 2013 »

    ... avant çà, je fermais les yeux et prenais ma part comme tout le monde, sans trop poser de questions. Mais bon, c'est du passé tout çà!

    Ça c'est de l'engagement monsieur!

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 6 avril 2016 06 h 48

    "À son initiative"

    À son initiative (air connu..) Sam Hamad renoncera à sa limousine, son chauffeur, son salaire de ministre, la totale...

    Non, mais, quoi? C'est sa force, Sam, l'initative... Il en a toujours pris tout plein toute sa vie et pour faire plaisir à tout le monde: son papa, sa maman, ses profs, ses patrons chez Roche, ses amis chez Premier Tech... Pas de chicane, tout le monde égal, des initiatives pour tout le monde, Sam...

  • Michel Lebel - Abonné 6 avril 2016 06 h 58

    Gouverner


    Les partis d'opposition joue leur rôle. Au premier ministre de pleinement jouer le sien, soit gouverner avec calme et fermeté.

    M.L.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 6 avril 2016 09 h 15

      Avec vos bons conseils, M. Couillard devrait réussir sa mission. Je ne savais pas qu'il pouvait compter sur un autre conseiller M.L.

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 6 avril 2016 09 h 38

      Psitt! Gouverner, c'est AUSSI DÉCIDER!

      Trancher quand il le faut. Démissionner quand il le faut. Comme le PM d'Islande. Et, voyez un peu pour faire plus près, le comportement de la voisine, en Ontario. Le comportement de cette dame, ces derniers jours, était à vous donner envie de déménager à Hawkesbury! Elle (en donne au moins l'impression..) gouverne.

      Y aurait-il ici, tant chez Hamad que chez Couillard, classique illustration du Principe de Peter? Ça saute au pif!

      À l'évidence, selon son parcours, Couillard sait mal s'entourer. À l'évidence, si Hamad comme nous l'avons entendu ad nauseam ces derniers jours "ne peut supporter la pression" - et il l'a lui-même démontré! - alors, il n'a rien à faire dans un poste aussi exigeant.

      Alors?
      Alors comme vous dites: Allez, Monsieur, gouvernez, que diable parce que nous, nous on vous regarde et on attend. Et il nous passe par le ciboulot des interrogations pas jojo; du genre il s'en sortirait comment, notre PM, en cas de Vraie Grosse Crise du genre le verglas, ou un "Bataclan" dans le quartier des spectacles?

      Couper des budgets, ça, un fonctionnaire peut faire ça. Gouverner, c’est pas ça!

    • Linda Hart - Inscrite 6 avril 2016 10 h 14

      Franchement monsieur, vous êtes très certainement perturbé. Les partis d'opposition jouent leur rôle, pas joue leur rôle. Ça semble beaucoup vous déranger de l'admettre. Tant qu'à votre pm, il est au-dessous de tout, c'est le mieux que l'on puisse en dire. D'ailleurs, de nombreux commentateurs s'interrogent à savoir ce qu'il fait là !

    • Serge Morin - Inscrit 6 avril 2016 10 h 57

      Il n'en a plus la crédibilité.
      Démission immédiate ou forcée.
      Ses jours sont comptés

    • Michel Lebel - Abonné 6 avril 2016 11 h 43

      @ Linda Hart,

      Vous ne faites jamais d'erreur de frappe en écrivant vos commentaires? Je vous dis bravo, si tel est votre cas! Sachez que je ne suis aucunement perturbé par la situation politique actuelle. La politique n'est pas du tout la priorité de ma vie! Pas du tout!

      M.L.