Charest chahuté pendant un discours sur l’éthique

Jean Charest a défendu lundi deux de ses anciens ministres, Nathalie Normandeau et Sam Hamad.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean Charest a défendu lundi deux de ses anciens ministres, Nathalie Normandeau et Sam Hamad.

Un discours de Jean Charest sur la bonne gouvernance a été interrompu par une poignée de manifestants qui a dénoncé les controverses éthiques impliquant des membres du gouvernement libéral.

Le jour même où l’on apprenait que le ministre Sam Hamad se repose en Floride pour se remettre d’allégations de mauvaise conduite, l’ancien premier ministre Charest a dû interrompre — et annuler — un discours qu’il livrait à l’Université McGill, lundi.

Une demi-douzaine de manifestants qui s’étaient faufilés dans la salle ont brandi des banderoles contre l’exploitation du pétrole et contre l’austérité. Ils ont crié des slogans contre l’ancien premier ministre, qui a dirigé le gouvernement du Québec de 2003 à 2012.

« C’est hypocrite qu’il vienne parler de bonne gouvernance, avec tout ce qu’on apprend sur son gouvernement », a dit Kristen Perry, une étudiante qui milite pour les investissements éthiques, rencontrée à l’extérieur de la salle.

Elle et d’autres citoyens venus assister au discours de Jean Charest étaient outrés que l’ex-premier ministre vienne parler d’améliorer la politique au moment où des scandales entachent des membres influents de son ancien gouvernement.

À la défense de ses ex-ministres

Sam Hamad a été écarté temporairement du Conseil des ministres de Philippe Couillard pour des allégations survenues en 2010, quand il faisait partie du gouvernement Charest. Radio-Canada a révélé la semaine dernière que le ministre Hamad a fait pression sur ses collègues au gouvernement pour accorder une aide financière à la firme Premier Tech, de Rivière-du-Loup, qui employait son « ami » Marc-Yvan Côté, ex-ministre libéral. Celui-ci et certains de ses proches ont contribué à la caisse électorale du ministre Hamad.

Deux semaines plus tôt, Nathalie Normandeau, qui était vice-première ministre dans le gouvernement Charest, avait été arrêtée avec six autres personnes — dont Marc-Yvan Côté — pour complot, corruption, fraude et abus de confiance. Avant de livrer son discours lundi, Jean Charest a défendu Nathalie Normandeau, mais a pris ses distances de Sam Hamad.

« Dans le cas de Mme Normandeau, je la connais bien, très bien, et depuis très longtemps. J’ai toujours eu confiance en elle et j’ai toujours confiance en Mme Normandeau », a dit Jean Charest aux journalistes.

« M. Hamad, c’est une affaire différente. Je pense que M. Hamad a posé un bon geste lorsqu’il a décidé lui-même, à son initiative, de faire appel au commissaire à l’éthique », a précisé l’ancien chef libéral.

Il n’a pas répondu à d’autres questions de journalistes, qui l’interrogeaient notamment au sujet des 100 000 $ que ses ministres devaient amasser chaque année pour contribuer à la caisse électorale du parti. Les partis d’opposition soutiennent que cette cible ambitieuse a ouvert la porte à des manoeuvres douteuses de financement électoral par des entreprises qui cherchaient à obtenir des contrats publics.

Jean Charest était invité par l’Université McGill pour parler des recommandations d’un groupe d’experts, dont il faisait partie, pour améliorer la démocratie. Ce rapport, commandé par le Forum des politiques publiques, a avancé neuf recommandations susceptibles d’améliorer la gouvernance, surtout au niveau fédéral. Le groupe propose notamment de valoriser le rôle des députés et de la fonction publique, et de réduire les pouvoirs du Bureau du premier ministre.


Une constitution pour le Québec

Jean Charest est d’avis qu’il y a des arguments solides pour l’adoption d’une constitution pour le Québec, et qu’elle aurait même possiblement empêché le Parti québécois de présenter sa controversée charte des valeurs.

L’ex-premier ministre libéral a tenu ces propos à l’occasion d’une allocution à la faculté de droit de l’Université américaine Yale, fin mars, lors d’un symposium intitulé : « Est-ce que le Québec a besoin d’une constitution écrite ? ». Les remarques de M. Charest, en anglais, ont été mises en ligne par le centre de diffusion de l’université.

Il a dit avoir accepté l’invitation de prononcer cette conférence parce que le contexte actuel est « intéressant » et aussi à la lumière d’un événement récent « qui lui a donné des raisons de s’inquiéter », soit la charte des valeurs du gouvernement péquiste de Pauline Marois.

« L’une des questions qui m’est [alors] venue à l’esprit était : est-ce que cela se serait produit s’il y avait eu une constitution au Québec ? », a-t-il dit.

Selon lui, une constitution pour la province ne pourrait être adoptée qu’après un référendum à ce sujet.

Pour cette raison, M. Charest, qui s’est décrit dans sa conférence comme « le général en temps de guerre » contre le référendum de 1995, n’aurait pu présenter de référendum sur une constitution pour le Québec.

La population aurait été confuse, a-t-il affirmé, y voyant un obstacle qui n’aurait vraisemblablement pas été surmonté.

Mais au-delà de cet enjeu, il y a lieu de se demander si une constitution serait une bonne chose pour le Québec, a-t-il expliqué.

« Sur de nombreux points, il y a des arguments solides et rationnels qui peuvent être faits en faveur d’une bonne constitution provinciale écrite », a dit M. Charest.

Et si une telle constitution avait existé en 2013 lorsque le projet péquiste de charte des valeurs a été déposé à l’Assemblée nationale, elle aurait peut-être pu empêcher un tel projet — qualifié par M. Charest d’offensant. Ou elle aurait à tout le moins permis de formuler des arguments plus solides pour s’y opposer, a-t-il fait valoir.

Également, une constitution provinciale aurait peut-être aidé les Québécois à renforcer leur sens d’identité, « ce qui sera toujours une préoccupation », a-t-il avancé.

M. Charest n’a pas détaillé le contenu d’une constitution québécoise. Tout au plus a-t-il suggéré certaines lois qui pourraient y être intégrées, comme la Charte de la langue française et la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Mais les bonnes circonstances doivent exister pour qu’une telle discussion ait lieu, a précisé l’ancien premier ministre, qui continue de faire l’apologie du fédéralisme.

« Je ne vois pas ce jour à l’horizon », a-t-il dit.

Et jusqu’à ce qu’il arrive, M. Charest recommande de travailler avec les outils qui existent actuellement.
28 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 5 avril 2016 05 h 44

    Vraiment impayables, ces Libéraux!

    Comme le dit si bien l'expression populaire, "Y a vraiment des pieds au derrière qui se perdent!" dans l'univers politique de cette province.

    Le monsieur, ici, sur la photo, est celui qui a tout fait pour éviter la Commission Charbonneau.

    Levez la main ceux qui devant l'actuel cirque Libéral ont l'impression qu'ont les prend pour des outres dans lesquelles on peut foutre à peu près n'importe quoi...

  • Daniel Le Blanc - Inscrit 5 avril 2016 06 h 23

    gouvernance et néolibéralisme

    La gouvernance est concept néolibéral qui n'a rien à voir avec le fonctionnement de l'État et l'administration publique entendue dans une gestion de type keynésienne. Ce concept que l'on entend maintenant dans tous les médias illustre bien comment l'idéologie de l'École de Chicago s'est infiltrée dans notre subconscient collectif. Que Charest parle de bonne gouvernance est normal car il en est un grand spécialiste tout comme l'était Lucien Bouchard et Bryan Mulroney, Margaret Tatcher, Ronald Reagan et Pinochet.

  • Michel Lebel - Abonné 5 avril 2016 06 h 25

    Plutôt incongru!


    Qu'est-ce qui prend à Jean Charest de parler présentement de Constitution québécoise? Le sujet me paraît pour le moins incongru! C'est comme l'idée de faire pousser des oranges au Québec! L'idée plaira cependant certainement au PQ et à un de ses plus ardents promoteurs, le professeur Daniel Turp. Jean Charest a vraiment perdu la touche politique!

    M.L.

    • Marc Lacroix - Abonné 5 avril 2016 08 h 48

      Ce que je trouve passablement incongru, c'est votre exemple de faire pousser des oranges au Québec et le lien fantaisiste que vous faites avec le PQ. L'article parle de Jean Charest, pas des oranges, ni du PQ!

    • Bernard Morin - Abonné 5 avril 2016 09 h 03

      Il parle de constitution pour faire diversion comme à son habitude! Et comme à l'habitude cela vous plait.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 5 avril 2016 10 h 04

      Pour faire de la politique, il faut avoir un bon jugement, ce que Charest a perdu, ou n'a jamais eu de toute évidence...

    • Michel Lebel - Abonné 5 avril 2016 10 h 19

      @ Marc Lacroix,

      Un peu d'humour, M.Lacroix! Je voulais simplement dire que les questions constitutionnelles ne sont plus du tout une priorité pour les Canadiens, Québécois inclus.


      Michel Lebel
      Ancien professeur de droit constitutionnel

    • Colette Pagé - Inscrite 5 avril 2016 10 h 22

      Se pourrait-il que ce matin votre expresso soit plus corsé qu'à l'habitude ! Car vos commentaires, en tout respect, ne sont guère pertinents. Vous nous avez habitué à davantage de cohésion.

      Peut-être que la fuite en avant du président du Conseil du Trésor vous a fait penser aux oranges de Floride ? Une métaphore !

      Quant au sujet de la Constitution québécoise, sauf erreur, rien dans les propos de Jean Charest ne faisait référence à cette idée défendue par le professeur Daniel Turp.

    • Marc Lacroix - Abonné 5 avril 2016 11 h 29

      M. Lebel,

      Je ne suis pas impressionné par les titres, mais par les arguments et là..., je ne vois pas beaucoup.

    • Michel Lebel - Abonné 5 avril 2016 12 h 08

      @ Marc Lacroix,

      Je n'ai pas d'argument à donner. Je suis dans l'ordre de l'évidence, comme Paris est la capitale de la France. Fin.

    • Michel Thériault - Abonné 5 avril 2016 13 h 18

      Monsieur l'"Ancien professeur de droit constitutionnel" (!??), vos propos sont, comment dire, comme à l'habitude. Ce qui, on va se le dire, n'est pas tout à fait un compliment.

    • Michel Lebel - Abonné 5 avril 2016 14 h 56

      @Michel Thériault,

      Ces attaques ad hominem ne sont pas dignes d'un journal comme Le Devoir. Mais je vois que ces jours-ci bien des commentaires discutables sont publiés dans ce quotidien. Ils n'avancent rien au débat.

      M.L.

  • Marc Lacroix - Abonné 5 avril 2016 06 h 28

    L'éthique, comment laisser croire qu'on en a !

    Oui, Jean Charest est maître sur les façons de faire comme s'il en avait, mais dans les faits, il s'est montré maître dans l'art de transformer un parti politique "en bonne affaire", tout en gardant le sourire et en se moquant de ses adversaires. Il vendait des postes de ministres en échange de rentabilité en contributions politiques; lui parlerait d'éthique!

    Lui connaît l'ex-ministre Normandeau et elle a sa confiance, alors qu'elle fait face à la justice pour des magouilles politiques!?! Doit-on comprendre que Charest s'estime au-dessus des lois?

    Déjà, nous pouvons nous demander comment il se fait qu'il n'ait pas eu à témoigner à la Commission Charbonneau, mais c'est peut-être pour ne pas nuire à l'UPAC! Qui sait!

    Certaines choses sont difficilement compréhensibles, mais que l'on demande à M, Charest de venir parler "d'éthique", là nous tombons dans le mystère!

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 5 avril 2016 15 h 00

      Et comme on dit:" qui se frotte à l'ail ne peut sentir la giroflée"!

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 6 avril 2016 06 h 01

      @ Marc Lacroix, il n'y a rien d'étonnant que Charest ait été invité à faire cette conférence à McGill car c'est une de ses anciennes conseillères politiques qui l'a invité. Je ne sais plus son nom mais elle travaille à McGill.

      Tous s'explique.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 avril 2016 06 h 58

    Quel toupet !

    La contribution à la caisse du PLQ sous Jean Charest était un ticket qui donnait le droit de piller le Trésor public. Après avoir orchestré ce pillage, le voilà conférencier donnant des leçons aux autres au sujet des manières de rétablir la confiance dans les institutions publiques. Quelle audace.

    Après la création d'une commission d’enquête et la mise sur pied d'unités policières spécialisées dans la lutte anticorruption, le montant des contrats d’infrastructures a baissé de 30%. Seulement pour 2013, le ministère des Transports aurait économisé 240 millions$.

    Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour que M. Charest ait à répondre devant les tribunaux de sa responsabilité à ce sujet. À mon avis, l'ex-premier ministre aurait intérêt à se faire discret plutôt que de raviver la colère publique par des provocations comme celle-ci.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 5 avril 2016 10 h 09

      Donner une conférence sur l'Éthique serait une simple façade pour faire croire que l'on en a , pour brouiller les pistes, ou pour se faire croire que l'on est blanc comme neige...C'est un peu comme un criminel qui revient sur les lieux de son crime pour vérifier s'il n'a pas laisser quelques indices, ou pour prendre jouissance de son propre crime...