Silence, coeurs et lapins à Maisonneuve

Le collège de Maisonneuve n’a pas attendu l’aide financière du gouvernement du Québec pour déployer différentes mesures — parfois originales — pour apaiser les tensions.

Le collège de Maisonneuve n’a toujours pas obtenu l’aide financière de 400 000 $ promise il y a plus de trois semaines par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, afin d’« implanter des mesures d’appui au vivre-ensemble », après la répétition d’actes d’incivilité, notamment dans la bibliothèque.

« Nous n’avons pas encore reçu les 400 000 dollars », a confirmé la porte-parole du cégep, Line Légaré, au cours du week-end. « Mais ça ne saurait tarder », a-t-elle ajouté, à moins de deux mois de la fin de la session hiver 2016.

La subvention exceptionnelle permettra à la direction du collège de Maisonneuve de faire l’embauche de « personnes-ressources qui travailleront auprès du personnel et des étudiants [afin de] maintenir un climat qui favorise l’apprentissage », avait mentionné la ministre David.

Le départ de cinq élèves en janvier 2015 pour grossir les rangs du groupe armé État islamique (EI) en Syrie et en Irak, ainsi que l’arrestation de deux autres, Sabrine Djaermane et Mahdi el Jamali — qui avait reçu les enseignements du prédicateur Adil Charkaoui — pour fabrication et possession d’explosifs, ont détérioré le climat à l’intérieur de l’établissement d’enseignement.

La direction du Collège de Maisonneuve refuse cependant de lier les actes de ces jeunes adultes à première vue « radicalisés » aux disputes entre élèves ou encore aux insultes proférées par des étudiants à des membres du personnel de la bibliothèque, qui ont été observées au fil des derniers mois. « Il arrive que certains étudiants qui fréquentent la bibliothèque soient impolis à l’égard du personnel qui tente de faire respecter le code de conduite. Cette situation crée un climat de tension entre certains employés et certains étudiants, mais en aucun cas ces incidents ne peuvent être reliés à l’origine ethnique de nos étudiants et encore moins au phénomène de la radicalisation », a-t-elle indiqué par voie de communiqué il y a quelques semaines.

« Zone de travail en silence »

Cela dit, le collège de 7000 étudiants s’est décidé à faire respecter la loi et l’ordre — dont les règles sont énumérées dans le « Code de conduite ». Pour y arriver, le cégep a réaménagé les principales zones de tension, puis y a renforcé la surveillance. « Nous avons procédé à un réaménagement afin de diminuer le bruit environnant la bibliothèque. Les tables ont été réparties sur les différents étages », peut-on lire sur une série d’affiches.

La direction invite les étudiants voulant bavarder à se donner rendez-vous dans l’une des « salle[s] de socialisation », faisant partie du « nouvel espace pour manger et socialiser ». « Allez-y, c’est pour tout le monde. » Il y a aussi la cafétéria et le café étudiant. Tous deux étaient pleins à craquer lors du passage du Devoir.

À l’intérieur de la « bibli », de grandes pancartes « zone de travail en silence » ont été installées à différents endroits.

De grands paravents et de petits panneaux compartimentent l’espace, ce qui complique sérieusement les regroupements.

« Vous n’avez pas le droit d’être trois », lance un agent de sécurité à une étudiante ayant tiré une chaise au bout d’une table pour travailler au côté de deux de ses camarades de classe. Elle range ses affaires.

L’agent poursuit son tour de garde. « Un rappel à tout le monde : ici, c’est silence », poursuit l’agent, mais cette fois-ci, à l’intention des dizaines de personnes éparpillées au cinquième étage. Ricanements. « Ça te fait rire, veux-tu sortir ? » Ricanements. L’agent escorte l’étudiant à la sortie de la bibliothèque. Avant de le laisser partir, il réclame sa carte étudiante, puis il note son identité dans son calepin.

« Le gardien n’a pas d’autorité ! Il a fait une technique de six mois, c’est tout, et maintenant il se croit tout permis », rétorque le jeune homme devenu persona non grata de la bibliothèque pendant 24 heures, avant de dévaler l’escalier roulant.

La Société générale des étudiantes et étudiants du Collège de Maisonneuve (SOGEECOM) s’est refusée à tout commentaire sur les mesures prises par la direction, disant s’exprimer « par le biais de lettres ouvertes seulement ». La SOGEECOM a récemment dénoncé un « acharnement médiatique » consistant à « faire d’événements, qui n’ont rien d’anormal pour un cégep montréalais, les symptômes d’une prétendue percée de radicalisation islamiste ».

Des lapins et des cœurs

La communauté du collège de Maisonneuve multiplie les initiatives pour apaiser le climat tendu par endroits et par moments, a observé Le Devoir. Des employés invitaient jeudi dernier les étudiants à marquer la « semaine de l’amitié » en gribouillant quelques mots à l’intérieur de cœurs imprimés sur une feuille de couleur — « Merci d’être toujours là pour moi », par exemple — et de les épingler dans le foyer devant la cafétéria.

« Il y avait ici un petit enclos à lapins ici la semaine dernière, avant le congé de Pâques », fait remarquer une étudiante de première année dans un échange avec Le Devoir. « Ils étaient bien cute, ajoute-t-elle, tout en remettant en question la pertinence d’une telle activité. Nous sommes quand même au cégep… » À quelques mètres, des adolescents sont postés derrière un kiosque d’OXFAM, tandis que d’autres s’affrontent lors d’une joute de soccer sur table.

Le « Vivoir » est l’hôte ce midi de l’auteur de Rhapsodie québécoise: itinéraire d’un enfant de la loi 101, Akos Verboczy. Le professeur Jean-Félix Chenier anime la discussion avec l’auteur d’origine hongroise opposant au multiculturalisme canadien devant un parterre d’une centaine d’élèves issus de plusieurs communautés culturelles.

2 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 4 avril 2016 07 h 30

    Au moins ils essaient ....

    ils ne se cachent pas derrière un mur pour dire que tout est parfait chez nous. Bien sûr que plusieurs milliers de personnes de différentes religions et de différentes cultures, peut créer un bouillon d'incompréhension, mais ça peut aussi créer un enrichissement collectif extraordinaire dans le respect des uns des autres et des règles, qu'on trouve souvent exagérées quand on a 20 ans.

  • - Inscrit 4 avril 2016 15 h 23

    Où est le rapport ?

    En quoi les règles de silence dans la bibliothèque d'un cégep sont en lien avec la radicalisation et l'endoctrinement par les agents de l'islamisme politique ?

    À ce prix-là (400 000$), tous les cégep vont louer des locaux à Adil Charkaoui pour venir prêcher à leurs élèves ! Quel conseil d'administration cracherait sur 400 000 $ pour replacer des tables d'une salle de lecture de bibliothèque ?