La réforme de la santé connaît des ratés, selon Amir Khadir

Selon le député solidaire Amir Khadir (au centre), «c’est quand même assez aberrant que les professionnels de la santé souffrent» à cause de la réforme de la santé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le député solidaire Amir Khadir (au centre), «c’est quand même assez aberrant que les professionnels de la santé souffrent» à cause de la réforme de la santé.

Un peu plus d’un an après l’entrée en vigueur de la Loi modifiant l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par l’abolition des agences régionales, les lacunes de cette mesure législative transparaissent de plus en plus clairement, selon Amir Khadir.

En entrevue à La Presse canadienne dimanche, le député solidaire de Mercier a affirmé qu’il est désormais évident que l’imposition de cette réforme « dessert la population ».

D’un ton amer, il a ajouté que « la soi-disant optimisation ne se résume qu’à une plus grande bureaucratie pour donner moins de services et surveiller tout le monde ».

M. Khadir a soutenu que, dans un pareil contexte, le personnel évoluant au sein du système public de la santé ne peut que craquer sous la pression.

D’ailleurs, cet élu, qui continue de pratiquer occasionnellement la médecine, a pu constater de visu qu’il y a une multiplication des cas d’épuisement à l’intérieur du réseau.

À ses yeux, « c’est quand même assez aberrant que les professionnels de la santé souffrent » à cause de la réforme.

« Ça témoigne d’une situation qui est tout à fait inacceptable », a-t-il martelé.

Amir Khadir s’en est ensuite pris au ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.

« [Il] fait tout ça non pas pour servir la population ou les patients mais plutôt pour affaiblir le système pour pouvoir en privatiser morceau par morceau les différentes composantes. Si sa cible c’est de le détruire à petit feu, il réussit », a-t-il lancé sans ambages.

M. Khadir a conclu en disant qu’il est grand temps que son adversaire libéral « abandonne son insistance et son espèce de dogmatisme ».

Davantage d'influence

Il est possible d’entendre un tout autre son de cloche en se tournant vers le directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers, Pierre Blain.

Ce dernier est, en effet, d’avis que les patients ont plus d’influence que jamais.

Dans un communiqué publié dimanche, il a spécifié que « les nouveaux comités des usagers des centres intégrés [de santé et de services sociaux] disposent de nouveaux pouvoirs importants ».

M. Blain a reconnu que la situation n’est pas totalement rose pour autant.

Il a écrit que l’accessibilité aux services n’est toujours pas une « problématique résolue » particulièrement dans le domaine des soins à domicile.

3 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 3 avril 2016 14 h 24

    Dr Barrette ne changera pas!

    C'est un homme qui a des œillères et qui ne voit le système de santé que dans une seule perspective, la sienne. Il la considère la meilleure pour avantager ses amis médecins et il n'a pas tort de ce côté. Toute autre perspective plus en lien avec le patient et son bien-être, il ne la connaît pas ou ne veut pas la voir, ni en entendre parler. Ce n'est pas un homme de concessions, mais un autocrate qui est sûr d'avoir toujours raison. Tellement, qu'il éloigne ou répudie toute forme de critique ou de regard d'analyse sur sa vision. Personne ne doit s'opposer, critiquer ou mettre en doute SA VÉRITÉ. Point final!

  • Suzanne Lamarre Dumas - Abonnée 3 avril 2016 15 h 21

    Pas d'accord que la réforme est si mauvaise, mais...

    Docteur Khadir,
    Depuis plus de 20 ans j'ai vu se détruire les équipes dans les hôpitaux et s'ériger des silos de professionnels. Par exemple, l'infirmière à l'urgence répond maintenant à sa cheffe dans la définition et la modification de ses tâches et non aux autres professionnels avec lesquels elle travaille alors que tous traitent le même patient et devraient pouvoir s'entendre sur une approche intégrée à leur patient. La réforme du ministre Barrette a eu comme effet depuis un an, du moins chez nous au département de psychiatrie de St.Mary, de redéfinir les tâches avec un peu plus de sens de l'équipe puisque tant de chefs sont disparus.
    Mais... docteur Khadir, vous avez raison de craindre le dogmatisme des dirigeants et l'esprit mortel de la bureaucratie.
    Sans chiffres valables sur la valeur ajoutée au patient de nos services, il est impossible d'évaluer cette réforme. S'en prendre les uns aux autres et ignorer l'absence flagrante de ces chiffres risquent seulement de renforcer cet esprit dogmatique et cette bureaucratie qui profitent insidieusement de tous ces débats. Jusqu'à maintenant, la collecte de données systématique sur l'évaluation de nos services par les patients eux-mêmes et leurs proches n'a fait l'objet d'aucune discussion et encore moins d'une mise en place dans les hôpitaux où je travaille.
    Docteur Khadir, de grâce ne vous laissez pas avoir par des peurs et des idéologies politiques, mais exigez de notre ministre que ce soit dorénavant la valeur ajoutée de nos services auprès de nos patients et de leurs proches et leurs évaluations des services reçus qui devraient guider nos réorganisations et nos restructurations et surtout pas d'autres lois sans ces chiffres.
    Docteur Khadir, vous êtes bien placé pour exiger ces chiffres.
    Suzanne Lamarre MD FRCPC

  • Jean Jacques Roy - Abonné 4 avril 2016 05 h 41

    Pour les usagers : Rien n'est résolu!

    Monsieur Blain, directeur général représentant les comités régionaux des usagers, ne peut nier l'évidence: l'accès aux services est toujours une problématique non résolue.

    En résumé, pour nous les patients qui attendons un médecins de famille depuis 2 ans: nous attendons encore. De sorte que les services de première ligne sont toujours débordés.

    Depuis des années, nous les patients, nous réclamons l'accès rapide et durable dans le temps aux services de santé. En premier lieu, nous les usagers, plus encore si nous sommes des personnes âgées non institutionnalisées, nous avons besoin d'un médecin de famille puisque dans notre système bureaucratisé et hiérarchisé les médecins sont la clef d'entrée pour l'accès aux soins de santé.

    Monsieur Blain affirme que les comités régionnaux ont acquis de nombreux pouvoirs! Tant mieux pour "les comités" et son directeur. Par contre, nous les usagers en attentes du service de base: un médecin, nous n'avons aucun recours! Après 2 ans, inscrits sur une liste d'attente mystérieuse, que peuvent faire les usagers qui souffrent de maladies chroniques? Plusieurs peut-être ont été déjà été diagnostiqué.es... mais ils ou elles n'ont pas ou n'ont plus de médecins pour assurer le suivi, renouveller les prescriptions etc.

    Bref. Le ministre Barette avait promis une réforme pour débloquer l'accès aux services, en premier lieu d'injecter des médecins généralistes pour résoudre la problématique du médecin de famille. Rien n'est résolu. Par contre, le ministre de la santé - dit-on - aurait accru ses pouvoirs de contrôle sur toute la structure bureaucratique... Ce qui ne résoud en rien les attentes des usagers privés de soins.