L’opposition accentue la pression pour chasser Hamad du cabinet

<p>L’opposition réclame le retrait de Sam Hamad du conseil des ministres et une enquête du Commissaire à l’éthique à la suite d’allégations, jugées<em> «graves» </em>et<em> «préoccupantes».</em></p>
Photo: Clément Allard Le Devoir

L’opposition réclame le retrait de Sam Hamad du conseil des ministres et une enquête du Commissaire à l’éthique à la suite d’allégations, jugées «graves» et «préoccupantes».

La pression s’accentue sur le premier ministre Philippe Couillard pour qu’il chasse le ministre Sam Hamad de son cabinet, à la suite des révélations de l’émission Enquête.

Selon l’opposition officielle et caquiste, les allégations de trafic d’influence contenues dans le reportage diffusé jeudi sont extrêmement graves, au point de rendre M. Hamad désormais indigne de siéger au conseil des ministres et de participer au caucus libéral.

Les deux partis se sont adressés vendredi au Commissaire à l’éthique pour réclamer une enquête sur le rôle joué par M. Hamad et l’ex-ministre et ancien collecteur de fonds libéral Marc-Yvan Côté dans l’octroi d’une subvention à une entreprise de Rivière-du-Loup, Premier Tech.

Le Commissaire à l’éthique et à la déontologie a annoncé, vendredi, qu’il ferait enquête à la suite des demandes de l’opposition, en vertu du Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale.

Le commissaire procédera à une enquête à huis clos, et s’il en vient à la conclusion qu’un « manquement » a été commis, il remettra sans délai un rapport d’enquête, énonçant les motifs à l’appui de ses conclusions et de ses recommandations, au président de l’Assemblée nationale, au député visé par l’enquête et au chef parlementaire du parti reconnu auquel appartient le député.

Le président de l’Assemblée nationale doit alors déposer le rapport d’enquête du commissaire devant l’Assemblée nationale.

Selon le communiqué du commissaire, l’opposition officielle et caquiste a demandé la tenue d’une enquête « concernant un manquement que pourrait avoir commis le président du Conseil du trésor et député de Louis-Hébert dans l’octroi de subventions et de prêts ».

L’opposition péquiste demande de plus à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) de mener sa propre enquête pour faire la lumière sur la série de courriels à l’origine du reportage, courriels échangés entre la direction de Premier Tech, M. Côté et un adjoint de M. Hamad, relativement à la demande de subvention.

En mai 2012, alors que M. Hamad est ministre du Développement économique, Premier Tech a reçu un prêt de 11 millions $ d’Investissement Québec et une subvention de 8 millions $ de son ministère.

Trafic d'influence

Or, l’échange de courriels laisse croire que les montants de la subvention de 8 millions $ et du prêt de 11 millions $ dépassent ceux qui avaient été prévus initialement par les fonctionnaires.

«C’est ça qui ressemble à du trafic d’influence», a commenté en point de presse vendredi le député péquiste Bernard Drainville, qui conclut que l’aide financière gouvernementale a été bonifiée grâce aux pressions exercées par M. Côté, qui a été arrêté le 17 mars et accusé de corruption et de fraude dans le financement du Parti libéral du Québec.

Le reportage laisse notamment entendre que M. Côté, qui était administrateur chez Premier Tech, avait un accès privilégié auprès de M. Hamad pour promouvoir son dossier, sans être inscrit au registre des lobbyistes.

Lors de plusieurs entrevues, M. Hamad a cherché à minimiser les faits vendredi, qualifiant le reportage de «pétard mouillé» constitué «d’insinuations, d’amalgames et de raccourcis». Il n’est donc pas question qu’il démissionne.

M. Hamad a cependant joint sa voix aux partis d’opposition et a expédié lui aussi une lettre au Commissaire à l’éthique pour lui demander de vérifier les allégations véhiculées dans le reportage de Radio-Canada.

Quant à lui, le premier ministre Couillard n’a pas encore réagi au reportage.

Crédibilité remise en question

Selon Bernard Drainville, M. Hamad n’a plus aucune crédibilité, d’autant plus qu’il est responsable de l’administration des fonds publics en tant que président du Conseil du trésor et qu’il est aussi responsable de la mise en oeuvre des recommandations de la Commission Charbonneau sur les liens entre le financement politique et les contrats octroyés par le gouvernement.

Les courriels rendus publics dans le reportage d’Enquête révèlent aussi que M. Côté, tout en faisant pression sur M. Hamad pour obtenir la subvention à Premier Tech, s’assurait que la direction de l’entreprise participe aux cocktails de financement de M. Hamad, grâce à une «contribution significative».

Dans ce contexte, M. Hamad «devrait se retirer du conseil des ministres et du caucus, et s’il ne le fait pas c’est le premier ministre Couillard qui devrait lui demander de se retirer», selon M. Drainville. «Il ne peut pas rester ministre», selon lui.

M. Drainville rappelle également que Marc-Yvan Côté avait été expulsé du Parti libéral du Canada en 2005, pour ses pratiques de collecte de fonds répréhensibles. «Mais pour le Parti libéral du Québec et pour Sam Hamad, Marc-Yvan Côté demeure un personnage fréquentable et fréquenté», ajoute M. Drainville, qui se questionne «sur le sens de l’éthique et de l’intégrité du Parti libéral du Québec et de Sam Hamad».

De son côté, le député caquiste Éric Caire reproche trois choses à M. Hamad: bris de confidentialité du conseil des ministres, infraction à la loi sur le lobbyisme et infraction au code d’éthique des parlementaires.

«Il y aura pour les prochaines 24 heures un test de leadership extrêmement important» pour le premier minitre Couillard, qui doit exclure M. Hamad du conseil des ministres, a soutenu M. Caire en point de presse.

C’est la crédibilité de tout le gouvernement qui est en jeu, selon lui.

54 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 1 avril 2016 08 h 43

    Le Commissaire à l'éthique

    L'émission Enquête n'est pas un tribunal ou un organisme public! Au Commissaire à l'éthique de diligenter, s'il le juge à-propos.

    Michel Lebel

    • Bernard Plante - Abonné 1 avril 2016 10 h 15

      Vous avez entièrement raison M. Lebel. Enquête n'est pas un tribunal. Toutefois force est de constater que depuis dix ans leurs révélations semblent précéder ce que les tribunaux finissent par prouver.

      Soyons patients donc. Le PLQ, digne défenseur du fédéralisme affairiste qui exploite le Québec de toutes les manières possibles, finira bien par s'effondrer.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 1 avril 2016 10 h 33

      Question "diligence", de nombreux Québécois, je crois, seraient tout disposés à payer son "ticket pour la dite", et à destination de.. la Floride.. tsé-genre-comme.

      C'est beau, Key West!

      Et pour écrire, comme ses mmoires, mettons, c'est super!
      Et la compagnie en matière de "plumes" est de très très haut niveau dit-on!

      Et financièrement libres comme l'air, par-dessus le marché, ces lettrés-lettrants!

      Fini, donc, l’interminable queue de quémandeux douteux...
      Tentant, quand même, non?

      . . .


      Il y a une limite à sourire béatement, à nier à tout vent, et à regarder ailleurs comme si..: Ce ne sont pas des babioles dont on cause, ici, non. C'est du gros. Fait que...

    • Pierre Fortin - Abonné 1 avril 2016 10 h 40

      Monsieur Lebel, devant une telle accumulation de faits et maintenant d'accusations, quelle position adopte invariablement le gouvernement? Le déni.

      Simplement nier les faits comme le ferait un enfant contrit et honteux revient à pelleter la neige par en avant. Oseriez-vous élever vos enfants dans cet esprit de fermeture irresponsable?

      Tôt ou tard, le mur est insurmontable. C'est triste, les Québécois ne le méritent pas mais nous en sommes là. Philippe Couillard doit cesser de se cacher et prendre ses responsabilités. Nous n'en sommes plus à la simple présomption d'innocence, il y a désormais une forte présomption de culpabilité. Trop c'est trop!

    • Charles Lebrun - Abonné 1 avril 2016 10 h 42

      L'émission Enquête ne demande pas la démission du ministre, ce sont les partis d'opposition (PQ, CAQ et QS) qui le font! Et ils en ont le droit... Ce que je reproche aux journalistes de l'émission, c'est de faire des "raccourcis journalistiques" impardonnables, tout comme ils le font de plus en plus souvent... Personne (dans le reportage) n'a proposé l'hypothèse que M. Cóté, qui ne pensait qu'à sa carrière et à son prestige, dans le seul but d'y obtenir une rémunération ou un avancement personnel, en a "beurré épais" en rapportant des fausses conversations avec M. Hamad! Après tout, mis à part la réponse de son chef de cabinet qui est très embarrassante pour M. Hamad, rien ne PROUVE qu'il soit intervenu directement dans le processus de la subvention de Premier Tech. Les apparences sont lourdes à porter pour le PLQ, il est vrai! Mais ce genre de journalisme n'est pas digne de la SRC. Ils ont agit de façon identique avec M. Péladeau. La journaliste, Mme Roy, s'est comportée de la même manière... Les cotes d'écoute, voilà le problème... Dans notre société, les journalistes ont un véritable rôle à jouer... mais il faut en respecter les règles!

    • Serge Bouchard - Abonné 1 avril 2016 12 h 32

      Pas un cas de commissaire à l'éthique, un cas d'UPAC plutôt.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 1 avril 2016 12 h 42

      Les faits révélés par l'émission enquête parlent par eux-mêmes, Monsieur Lebel...L'émission enquête n'est certes pas un tribunal, mais sert certainement davantage la justice que ne le font nos chers tribunaux et nos juges et nos avocats...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 avril 2016 13 h 58

      Vous n'arriverez pas à le convaincre...à cause du jupon...messieurs!

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 avril 2016 20 h 15

      "L'émission Enquête ne demande pas la démission du ministre, ce sont les partis d'opposition (PQ, CAQ et QS) qui le font! " - Charles Lebrun

      Désolé, mais vous faites erreur M. Lebrun.

      Seul Québec Solidaire demande la démission de de Sam Hamad, alors que la CAQ et le PQ ne demandent, eux, que son retrait du Conseil des ministres.

      Mais, est-ce bien étonnant, quand on sait que deux des lieutenants du Parti québécois viennent eux-mêmes de se faire arrêter par l'UPAC et alors que le PQ lui-même s'est rendu coupable de financement illégal via le système de prête-noms des firmes de génie conseil?

      Et en ce sens, comme je l'affirme depuis désormais des années, le PQ est non seulement un parti du même type que le Parti libéral, mais il n'est même plus en mesure de constituer une véritable opposition, puisqu'il adopte les mêmes mesures d'austérité que le Parti libéral si destructrices pour nos services publics et qu'il s'est lui-même rendu coupable des mêmes magouilles et de la même corruption.

      - Comment le PQ peut-il alors reprocher aux autres ce qu'il fait lui même?

      - Poser la question... - N'est-ce pas y répondre?

      Christian Montmarquette

    • Michel Lebel - Abonné 1 avril 2016 21 h 13

      @ Jean-Marc Simard et autres,

      Quand une société de droit préfère laisser les affaires de police et de justice entre les mains des médias, nous sommes devant un sacré problème. La confiance dans les institutions n'existe plus. C'est alors la démocratie qui est menacée. Cela, il faut le savoir. Nous sommes rendus là. Danger!


      Michel Lebel

    • Donald Bordeleau - Abonné 2 avril 2016 10 h 41

      Le parti Libéral serait à vendre pour être délocalisé.

      Son responsable du Trésor sera probablement remplacé pour réduire les effets de la situationactuelle.

      Selon une source non officielle Monsieur Hamad n'a pu rien faire devant la situation.

      Il a été abandonné par Monsieur Couillard.

    • Donald Bordeleau - Abonné 2 avril 2016 10 h 51

      Dans ce cas le commissaire à l'éthique ne fera que jouer du violon.

      L’UPAC a tous en main suite aux appels téléphoniques des enregistrements des conversations entre les ministres et certaines firmes et entrepreneurs.

      Silence inquiétant de M. Couillard.

  • Gilles Delisle - Abonné 1 avril 2016 08 h 48

    De plus en plus drôle, ces "pourris"!

    Comme un mafieux qui essaie de se dépêtrer devant une Commission d'enquête, il est de plus en plus drôle, de voir tous ces ministres libéraux , les uns après les autres, se défendre devant cette avalanche d'accusations de fraudes, corruptions de tous ordres, ou de malversations! Ah! Comme dans le bon vieux temps des années 90.

  • Louise Collette - Abonnée 1 avril 2016 08 h 48

    Assez !!

    Je ne sais pas vous mais je ne suis plus capable de voir un Libéral en peinture, j'aimais bien Pierre Moreau mais le pauvre il est malade.
    Je ne vois pas le bout du tunnel, c'est très très déprimant.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 1 avril 2016 10 h 50

      Louise Collette, Pierre Moreau a déjà été ministre du transport et en 2008 son organisateur dans sa circonscription de Châteauguay, Daniel Rochette, était aussi dirigeant de la firme de génie-conseil Genivar. Bref, il a trempé là dedans lui également.

      Y a personne de propre chez les libéraux, "Personne".

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/331502/co

  • Sylvain Rivest - Inscrit 1 avril 2016 08 h 52

    un parti pourri c'est unparti pourri!

    C'est certain que pour un libéral il y a rien de mal là dedans, ça fait partie de la culture.

    • Richard Gauthier - Inscrit 1 avril 2016 10 h 41

      Un chum s't'un chum...

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 avril 2016 10 h 57

      M. Rivest, on ne peut pas incriminer M. Hamad avec cette histoire de courriels, même si les apparences jouent contre lui (c'est le moins que l'on puisse dire).

    • Sylvain Rivest - Inscrit 1 avril 2016 14 h 20

      Patrick Boulanger, on n’a pas besoin de faire le procès de tous les "Hell's Angel" pour prendre connaissance qu'ils sont dans le crime organisé.

      Les libéraux ont une culture qui est tellement encrée en eux qu'ils ne comprennent plus où est la ligne, la limite.

      Ce parti devrait être démantelé... rien de moins!

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 1 avril 2016 09 h 01

    Et Roche???

    Il a pas été vice-président ou quelque chose du genre du groupe Roche qui tous le savent, se distinguent majestueusement par leur inébranlable Probité plus solide que ne l'est l'airain???

    Les gros américains ont leur " oncle Sam" , nous, on est bien plus Raffinés, on a " l'ami Sam"!!!