Le financement du PLQ dans la mire de Legault

François Legault enjoint au PLQ de mettre de côté près d’un million de dollars, c’est-à-dire la somme de tous les dons amassés par l’ex-députée Nathalie Normandeau entre 1998 et 2011.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault enjoint au PLQ de mettre de côté près d’un million de dollars, c’est-à-dire la somme de tous les dons amassés par l’ex-députée Nathalie Normandeau entre 1998 et 2011.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, redoute de voir la « machine libérale » carburer à l’« argent sale » d’ici aux élections générales de 2018.

Il ne se satisfait pas de la promesse de Philippe Couillard — à la tête d’un « parti de pourris » selon lui — de rembourser tout montant réclamé par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ). « Philippe Couillard a dit clairement que l’argent qui a été collecté illégalement par le Parti libéral avant 2011 ne sera pas remboursé », a dénoncé M. Legault, rappelant du même souffle que la Loi électorale prévoit un délai de prescription de cinq ans à compter de la date de la perpétration de l’infraction.

Pensez-vous que l’UPAC aurait arrêté madame Normandeau, brûlé sa réputation à vie, jeudi dernier, sans avoir des preuves béton ? […] Je pense que deux et deux font quatre.

 

M. Legault enjoint au PLQ de mettre de côté près d’un million de dollars, c’est-à-dire la somme de tous les dons amassés par l’ex-députée Nathalie Normandeau entre 1998 et 2011. « Il y a les trois quarts, 750 000 $, qui ont été collectés à l’extérieur de la circonscription de Bonaventure, à l’extérieur de la Gaspésie », a-t-il fait remarquer mercredi.

En Chambre, M. Legault a reproché aux élus libéraux d’appartenir à un « parti de pourris ». Les paroles du chef caquiste, qui était sans doute gagné par la fièvre de la période des questions, ont été captées par le micro de Nathalie Roy. La députée de Montarville s’apprêtait à revenir à la charge pour demander au gouvernement libéral pourquoi il « ne s’est pas gêné pour remonter 20 ans en arrière » pour traduire en justice des « entrepreneurs corrompus », mais 5 ans pour des « politiciens corrompus ».

À l’extérieur du Salon bleu, M. Legault a persisté et signé. « Peut-être que j’aurais dû dire : “parti pourri”. En tout cas, il y a des personnes qui ont pourri le parti, pas toutes là, mais il y en a au moins une qui a été arrêtée », a-t-il affirmé, près d’une semaine après l’arrestation de l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau par l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

L’élu solidaire Amir Khadir souligne que le PLQ répond très bien à la définition de « parti pourri ». Sous la gouverne de Jean Charest, le PLQ a mis la main sur un « financement illégal » de « possiblement » 20 millions en plus de favoriser la conclusion de « contrats truqués » payés à coups de « centaines de millions de dollars » de deniers publics, a indiqué M. Khadir.

Le député de Mercier appelle également le PLQ à rembourser 20 millions afin que les partis puissent rivaliser « à armes égales » d’ici aux élections générales de 2018. « Cette machine-là continue à pratiquer la corruption », a-t-il lancé, dénonçant des « cocktails de financement » « si tu veux parler au ministre, il faut que tu paies ».

Doute sur l’impartialité de Chagnon

Les partis d’opposition en ont marre de se faire couper le sifflet par le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, lorsqu’ils font allusion directement ou indirectement aux chefs d’accusation portés contre l’ex-élue libérale Nathalie Normandeau. « C’est pas vrai que les libéraux vont se rendre jusqu’au 1er octobre 2018 sans qu’on parle du million qui a été collecté par Nathalie Normandeau », a dit M. Legault, qui a sollicité une rencontre à ce sujet avec M. Chagnon.

M. Khadir a aussi reproché à M. Chagnon de faire une « interprétation abusive » de l’article 35 du règlement, qui interdit aux députés de « parler d’une affaire qui est devant les tribunaux ». « La présidence est trop prudente sous la pression probablement du parti au pouvoir. La présidence n’a pas à plier devant le parti au pouvoir », a-t-il affirmé à la presse, tout en évoquant un « malaise » entre le président et les partis d’opposition. Selon lui, les leaders parlementaires libéraux l’« empêchent littéralement » d’aborder en Chambre la question du contrôle du programme politique par des personnes fortunées qui contribuent aux caisses électorales. « [Le gouvernement libéral] voudrait que le Parlement du Québec ronronne, continue son petit train-train quotidien pour parler du sujet de l’heure. »

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5 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 24 mars 2016 05 h 00

    Tout cet argent sale dont vous et moi sommes....

    ...les seuls et vrais bailleurs de fonds ! Une «cochonn....»!
    Et ces gens en pouvoir voudraient que nous leur accordions notre confiance ?
    La trahison n'a-t-elle pas un prix....à payer?
    À bien y penser, ces gens en pouvoir ont-ils vraiment besoins de notre confiance? Sont-ils de celles et ceux qui, dans le fin fond de leurs trognons, se disent, (excusez l'anglicisme) «We don't give à sh..!» Ou encore «causez toujours mes lapins!»
    L'argent sale finit toujours par se retrouver dans une poubelle de conscience....Victor Hugo le décrit si bien dans son poème du même nom : «La Conscience» http://www.poetica.fr/poeme-49/victor-hugo-la-cons
    Gaston Bourdages,
    Auteur.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Jean-François - Abonné 24 mars 2016 05 h 26

    Même méthode

    Sans égard au financement, le Parti Libéral se comporte encore en "parti pourri" en ayant des méthodes douteuses;des promesses de "job" faciles, des slogans creux, la peur.

    Tout cela dans le bus d'amadouer.

    C'est aussi cela la propreté Politique Mr.Couillard; changer la culture(ou enfin en instaurer une Culture c'est selon...) auprès des gens qui se présentent pour votre Parti.

    C'est bien beau courtiser la masse , encore faudrait-il montrer l'exemple et aller au delà du minimum intellectuel.

    225 000 jobs , "Les vraies affaires","Nous sommes prêts"....

    J'en suis encore mort de rire;malheureusement certaines personnes y ont crus.

    Et la c'est vous et votre équipe qui sont mort de rire...

    Triste

  • Claude Bariteau - Abonné 24 mars 2016 07 h 11

    L'arrogance d'une majorité d'élus


    Hélas, ce n'est pas surréaliste. C'est coutumier. Avec un régime parlementaire qui octroie le pouvoir exécutif et législatif au parti qui a obtenu une majorité de députés sans un appui majoritaire des électeurs, c'est ce qui se produit.

    Du coup, l'opposition, qui a l'appui de 58 % des électeurs et des électrices, est baîllonnée et, avec elle, la majorité des Québécois et des Québécoises.

    C'est une conséquence qui découle de l'ordre canadien imposé en 1867 et réimposé en 1982, dont l'élément de base est le régime politique monarchiste aunsi constitutionnalisée avec, pour assise, la responsabilité ministérielle et pour antidote une motion de censure uniquement effective avec l'appui d'une majorité des parlementaires. Or, comme les élus du PLQ sont majoritaires, ils s'y opposent oar définition.

    Conséquemment, le gouvernement, qu'ils estiment le leur, poursuit ses activités comme s'il était omnipotent alors que son omnipotence découle d'un mode électoral dont la qualité première est de miner la vie démocratique.

    C'est cette aberration qu'il faut faire disparaître du décor du Québec. Le faire va plus loin qu'adopter un scrutin proportionnel corrigeant les distorsions les plus flagrantes. Il faut plus et ce « plus » passe par une sortie de l'ordre constitutionnel canadien dans lequel le peuple québécois est enserré.

  • Jeanne M. Rodrigue - Inscrite 24 mars 2016 10 h 09

    "Une interprétation abusive" de l'article 35?


    Le Président de l'Assemblée nationale J. Chagnon, est également député libéral de Westmount-Saint-Louis et qui plus est il fut ministre dans le gouvernement Charest de 2003 à 2005.

    17 des 29 ministres libéraux, incluant M. Couillard sont issus du gouvernement Charest. Tous se sentent concernés. On comprend leur agacement...

    L'argent mal acquis d'avant 2011 et qui pourrait très bien être engranger depuis, devrait également être remboursé sinon les prochaines élections, qu'elles soient partielles ou générales, ressembleront à de la malhonnêteté.
    ---
    Ce qui doit vraiment effrayer présentement le PLQ c'est de constater que tous les partis d'opposition, sans exception, sont unis pour combattre et dénoncer la corruption politique!

  • Donald Bordeleau - Abonné 24 mars 2016 14 h 09

    Un parti qui besoin de seulement 13 comtés pour être au pouvoir.

    Un parti qui n'a besoin que de 13 comtés pour se faire élire. Il y aura trois nouveaux en 2018 qui son acquis au PLQ.

    Donc le PLQ s'il joue bien ses cartes n'aura besoin que de gagner 10 comtés pour rester au pouvoir.

    Selon l'historique avant chaque élection, le PLQ a déjà 50 comtés d'acquis, en 2018 il va resté au pouvoir en ayant les deux doigts dans le nez.