Le Québec désabusé de ses élus

Des cas isolés, ceux de Nathalie Normandeau ou des six autres personnes arrêtées jeudi dernier par l’UPAC? Que non, indiquent sans détour 72 % des répondants au coup de sonde mené lundi et mardi pour Le Devoir et Le Journal de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Des cas isolés, ceux de Nathalie Normandeau ou des six autres personnes arrêtées jeudi dernier par l’UPAC? Que non, indiquent sans détour 72 % des répondants au coup de sonde mené lundi et mardi pour Le Devoir et Le Journal de Montréal.

Nathalie Normandeau n’est pas seule au bataillon des corrompus, soupçonnent les Québécois. Un sondage Léger mené dans la foulée de l’arrestation de l’ex-vice-première ministre révèle ainsi une rupture de confiance profonde entre les citoyens et leurs élus.

Des cas isolés, ceux de Mme Normandeau ou des six autres personnes arrêtées jeudi dernier par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ? Que non, indiquent sans détour 72 % des répondants au coup de sonde mené lundi et mardi pour Le Devoir et Le Journal de Montréal.

Ceux-là pensent plutôt qu’il s’agit « d’un phénomène répandu au Québec ». L’idée de « cas isolés » ne convainc que 16 % des répondants. C’est probablement pourquoi 78 % des gens s’attendent à ce que « d’autres politiciens soient arrêtés pour fraude et corruption dans un avenir rapproché ».

Tous les politiciens ne sont pas à mettre dans le même panier… mais le panier est grand, montre un autre volet du sondage. Une personne sur trois (31 %) croit par exemple qu’une « majorité » de politiciens est corrompue, voire « tous les politiciens » (3 %). Pour une tranche de 46 % de la population, le mal touche plus modestement une « minorité » d’élus.

Et n’en déplaise au chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault (qui a qualifié mercredi le Parti libéral du Québec (PLQ) de « parti de pourris »), la méfiance du public par rapport à la corruption en politique est généralisée. Les deux tiers des personnes sondées (63 %) estiment ainsi qu’il y a autant de corruption au fédéral qu’au provincial ou au municipal…

Pas d’effet

En présentant son rapport final l’automne dernier, la juge France Charbonneau avait indiqué que l’ampleur du problème de la corruption au Québec est « beaucoup plus étendu et enraciné qu’on pouvait le penser ».

Les Québécois l’ont pris au mot : ils sont 61 % à penser qu’il y a aujourd’hui autant de corruption qu’avant les travaux de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction présidée par Mme Charbonneau. Un autre groupe (5 %) juge même qu’il y en a davantage, alors qu’une personne sur quatre (26 %) est plus optimiste et soutient que le niveau de corruption a diminué.

Cela exposé, on s’étonnera peu de voir que huit personnes sur dix (79 %) affirment avoir « peu ou pas confiance du tout » envers les « politiciens en général ». Les sympathisants libéraux sont plus enclins à avoir confiance (36 %), mais près de 90 % des caquistes, des péquistes et des solidaires affichent plutôt un scepticisme dubitatif à l’égard des élus québécois.

Cyniques

Bilan ? « On voit que les gens sont très sceptiques et cyniques, analyse Jean-Marc Léger, président de la firme de sondage. La grande majorité dit que [la commission] n’a rien réglé, que le problème de corruption est partout et qu’une forte proportion de politiciens est impliquée. Et c’est un problème qui touche toute la classe politique, pas seulement le Parti libéral — même s’il en paie un peu le prix. »

Dans la foulée des arrestations qui ont touché deux anciens ministres libéraux et un ancien chef de cabinet de Mme Normandeau, les libéraux reculent en effet de trois points dans les intentions de vote par rapport au sondage Léger du 8 février. Reste qu’avec 33 % d’appuis, les troupes de Philippe Couillard sont toujours en tête devant le Parti québécois (30 %), la Coalition avenir Québec (22 %) et Québec solidaire (10 %).

La satisfaction à l’égard du gouvernement demeure basse (30 %), alors que l’insatisfaction a crû de trois points (65 %) depuis le 8 février.

Parmi les autres faits à noter : le PQ domine toujours le vote francophone (37 %), devant la CAQ (25 %) et le PLQ (21 %), alors que la CAQ enregistre une spectaculaire remontée de ses appuis dans la région de Québec (14 points de plus en six semaines, au détriment des libéraux).

PKP divise

Léger a aussi demandé aux personnes sondées si elles étaient satisfaites du travail des trois chefs de l’opposition. François Legault (40 % de satisfaction, 40 % d’insatisfaction) et Françoise David (40 % de satisfaction, 35 % d’insatisfaction) obtiennent des résultats équilibrés. Mais le côté plus polarisant de Pierre Karl Péladeau transparaît dans ce volet : 31 % des répondants sont satisfaits de son travail, mais 55 % ne le sont pas.

À la question de savoir qui ferait le meilleur premier ministre, 22 % choisissent Philippe Couillard, 19 % optent pour Pierre Karl Péladeau (en hausse de deux points), 18 % préfèrent François Legault (augmentation de trois points) et 12 % soutiennent Françoise David.

Le sondage a été mené en ligne auprès de 1007 personnes les 21 et 22 mars. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 %, dans 19 cas sur 20.


Un budget reçu froidement

Le budget présenté jeudi dernier par le ministre des Finances Carlos Leitão a laissé les Québécois sur leur faim, révèle le sondage Léger mené pour Le Devoir et Le Journal de Montréal.

Près de la moitié des répondants (47 %) se disent insatisfaits des mesures présentées, alors que 31 % les ont trouvées satisfaisantes. Les libéraux (67 %) et les caquistes (34 %) ont particulièrement aimé ce budget équilibré. Le taux de satisfaction à l’égard des mesures économiques du budget se situe à 30 % (contre 50 % d’insatisfaction).

Questionnés à savoir à quoi devraient servir les prochains surplus budgétaires, les répondants préféreraient des baisses de taxes et d’impôts (41 %) et un réinvestissement dans les services publics (37 %), bien avant le remboursement de la dette (18 %). Cette dernière option est toutefois celle privilégiée par le ministre Leitão.


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