Pelletier défendra le droit de retrait avec compensation

Québec — Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, estime que le gouvernement Charest est capable de faire montre de fermeté pour défendre les compétences du Québec contre les assauts du gouvernement fédéral en dépit de la grande ouverture qu'il manifeste à l'endroit d'Ottawa.

«Les voies de communication sont tout à fait ouvertes avec le gouvernement du Canada», a fait valoir M. Pelletier au cours d'un point de presse. «Mais ça ne nous empêche pas de faire preuve de fermeté lorsque besoin est.»

Comme Le Journal de Québec le rapportait hier, la nouvelle ministre du Patrimoine, Hélène Scherrer, est d'avis que l'intention d'Ottawa de financer les municipalités et d'investir en santé et en éducation est bien reçue à Québec, du moins en privé. «Quand nous sommes face à face, les libéraux [provinciaux] abondent dans le même sens que nous. Leur ouverture d'esprit est tout à fait exceptionnelle», a dit la ministre Scherrer, qui estime que «pour les gens, c'est le résultat qui compte» au delà des compétences respectives des deux gouvernements.

M. Pelletier a indiqué que son gouvernement, que ce soit en public ou en privé, réitère que ses «principes fondamentaux tiennent au fait qu'on veut défendre la compétence du Québec». Il existe des «domaines sacrés», a dit le ministre, qu'il s'agisse des affaires municipales, de la santé ou de l'éducation. Dans les domaines où le Québec a mis ses propres programmes en oeuvre, le gouvernement exigera d'Ottawa un droit de retrait avec pleine compensation financière, comme c'est le cas pour les prêts et bourses et les services de garde, a-t-il dit.

La Commission des institutions s'est réunie à huis clos hier pour entendre M. Pelletier au sujet du Conseil de la fédération. À la fin de l'année dernière, l'opposition officielle avait voulu que cette commission parlementaire, en se dotant d'un mandat d'initiative, se tienne en public. Mais les députés libéraux avaient refusé. Le député de Mercier et porte-parole en matière d'affaires intergouvernementales canadiennes, Daniel Turp, a déploré ce huis clos. Même le ministre, qui s'est enthousiasmé pour la qualité de la discussion dont il compte pour une large part, aurait souhaité que «la population en bénéficie».

À l'issue de la commission, M. Turp s'est dit déçu parce qu'il ne sait toujours pas où le gouvernement s'en va dans ses relations intergouvernementales. Le Conseil de la fédération ne semble être pas un moyen d'exercer des pressions sur Ottawa, croit le député. «Le gouvernement actuel ne veut pas se donner de rapport de force alors que le gouvernement fédéral s'en vient à grande vitesse, dans son train, dans le domaine de nos compétences.»

M. Pelletier a expliqué que le Conseil de fédération, en plus d'améliorer la collaboration des provinces entre elles, renforcera leurs positions communes face à Ottawa. Toutefois, «on ne veut pas entrer dans une dynamique de "federal bashing", blâmer le fédéral rien que pour le plaisir de le blâmer. Il faut avoir une contribution positive».