Après le déficit zéro, au chevet de l’économie

Carlos Leitão a présenté un budget de mi-mandat.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Carlos Leitão a présenté un budget de mi-mandat.

Depuis leur arrivée au pouvoir, Philippe Couillard ou un ministre comme Martin Coiteux ont beaucoup parlé de réformer l’État et des choix difficiles qu’il fallait s’imposer afin de régler les problèmes structurels qui affligent le Québec. Avec le dernier budget Leitão, un budget de transition à mi-mandat, le gouvernement libéral veut passer à autre chose : parler d’économie, de la nouvelle économie.

Le budget du Québec suscite rarement la passion des foules, mais le dernier budget Leitão, accompagné du budget de dépenses du président du Conseil du trésor, Sam Hamad, a sans doute battu des records d’indifférence en raison de l’arrestation par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) des anciens ministres libéraux Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté. Pourtant, ce budget se voulait un point d’orgue pour le gouvernement Couillard. C’est raté.

Ce troisième budget Leitão, c’est pourtant la confirmation que le gouvernement Couillard a réalisé sa priorité absolue : l’équilibre budgétaire, dont le retour est réclamé depuis six ans, est atteint à la fin de l’année en cours et il le sera pour les années suivantes.

Le premier ministre Lucien Bouchard avait accompli l’exploit en 1998-1999 en utilisant les moyens draconiens que l’on connaît. Mais une fois ce cap franchi, l’économie québécoise a eu le vent dans les voiles et le gouvernement péquiste a pu mettre en oeuvre plusieurs mesures progressistes, dont la plus marquante fut le développement du réseau des centres de la petite enfance (CPE).

Avec le déficit zéro signé Philippe Couillard, point d’embellie économique en vue, que la grise perspective d’une situation financière étriquée, difficile, éclairée par la lueur des bouts de chandelles. Qu’une économie faiblarde qui se profile.

Sortir de l’impasse

Dans le document intitulé Stratégie de gestion des dépenses publié jeudi par le Conseil du trésor, on apprend que les ministères et organismes avaient réussi à trouver les moyens de résorber une impasse financière de 895 millions pour atteindre l’équilibre financier en 2016-2017. On y apprend également que des compressions de l’ordre de 890 millions, que les mandarins n’ont pas encore définies, seront essentielles pour atteindre les objectifs financiers du gouvernement l’année suivante. Les coupes, ce n’est donc pas terminé.

En tant que président du Conseil du trésor, Martin Coiteux avait exigé une réduction de 2 % des effectifs de la fonction publique par rapport à 2013-2014 et un gel des effectifs hors fonction publique, ce qui comprend les réseaux de la santé et de l’éducation. C’est peut-être dû à l’aura du ministre qui a incarné l’austérité gouvernementale — on verra si Sam Hamad a la même poigne —, mais la machine en a donné plus que ce que le client a demandé. Ainsi, on compte 5,3 % de fonctionnaires en moins et il y a eu une baisse d’effectifs de 1,2 % plutôt qu’un gel dans les organisations hors fonction publique. Le Conseil du trésor juge même ce zèle quelque peu excessif puisqu’il autorise des embauches pour revenir à la commande d’origine.

La révision des structures se poursuit, mais on ne doit pas s’attendre à des résultats mirobolants. En janvier dernier, trois fusions d’organismes ont eu lieu : la Commission administrative des régimes de retraite et d’assurances (CARRA) avec la Régie des rentes du Québec (RRQ), la Commission des normes du travail (CNT) avec la Commission sur l’équité salariale (CES) et la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et, enfin, l’intégration au Tribunal administratif de la Commission des lésions professionnelles (CLP) et de la Commission des relations de travail (CRT). Les économies escomptées : 35 millions sur un budget de dépenses de l’État de 100 milliards. Ou encore 4 % des coupes à trouver pour combler l’impasse financière en 2017-2018.

Les recommandations

Aucune des principales recommandations de la Commission de révision permanente des programmes (CRPP) n’a été retenue, mis à part peut-être, et en partie seulement, la recommandation visant à favoriser les garderies commerciales, ce que le gouvernement a fait en modulant les tarifs et ce qui lui cause certains maux de tête à l’heure actuelle. C’est le Conseil du trésor qui se charge désormais de la révision des programmes.

Quant à la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise, qui s’est avérée plus utile, Carlos Leitão a retenu certaines de ses recommandations, notamment l’implantation d’un bouclier fiscal, encore que partiellement, faute de moyens. Dans la foulée des recommandations de cette commission, la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, doit revoir l’aide directe aux entreprises, tout en évitant de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Mercredi, à la veille du budget, le premier ministre Philippe Couillard affirmait que son gouvernement avait maintenant les moyens « d’orienter le Québec vers la nouvelle économie ». Quatre thèmes seraient privilégiés : « Il faut mieux former, innover, tirer profit de la transition vers une économie sobre en carbone, attirer et garder les talents chez nous », a-t-il dit, reprenant mot pour mot ce que le ministre des Finances, Carlos Leitão, allait déclarer dans son discours du budget. C’est fou ce qu’on fait du secret budgétaire par les temps qui courent.

Philippe Couillard n’a guère aimé se faire reprocher son virage vert tous azimuts dans la foulée de son refus catégorique, lors de la COP21 à Paris, qu’on procède à des forages sur l’île d’Anticosti. Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’est fait l’écho des gens d’affaires, libéraux, il va sans dire : « Quand c’est rendu que le seul allié du premier ministre, c’est Québec solidaire, là, c’est tout dire. » Le Parti libéral n’est plus le parti de l’économie, entonne l’opposition, une observation qui irrite au plus haut point les libéraux.

Mais Philippe Couillard voit loin, jusqu’en 2030, soutient-on dans son entourage. Le géant américain Amazon s’établit à Montréal à cause de l’énergie renouvelable québécoise, et Bridgestone reste au Québec en partie pour cette même raison, fait-on valoir. C’est une carte de visite que le premier ministre veut brandir à l’étranger : devenir un site de choix pour les entreprises soucieuses de leur « empreinte de carbone », pour employer l’expression tendance.

Le budget parle de stratégie numérique, d’entreprises innovantes, de technologies vertes ; l’influence de Dominique Anglade est présente. Mais compte tenu des restrictions budgétaires dont les bonzes du ministère des Finances n’entrevoient pas la fin, les initiatives pointues et disparates que contient le budget restent d’une modestie qui confine aux bonnes intentions. Le premier ministre se dit vert, mais les vallées verdoyantes d’une économie nouvelle et dynamique ne pointent pas encore à l’horizon.

5 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 mars 2016 07 h 52

    Cure

    La cure d'amaigrissement n'a touché que la population; le gouvernement n'en a cure.

    PL

  • Nicole Delisle - Abonné 19 mars 2016 08 h 53

    Idéologie libérale à son meilleur!

    Avec les coupes et l'austérité qui se poursuit, ce n'est pas juste un équilibre budgétaire que l'on nous a annoncé, mais bien un surplus de plus de 2 milliards qui
    a été transféré dans le Fonds des générations. Et ce surplus va augmenter dans les prochaines années et grossir encore ce même Fonds. L'idéologie libérale est d'engranger pour les années futures, mais pour ce faire, détruire ce dont nous sommes fiers et qui fait l'envie du reste du monde. Nos programmes sociaux souffrent actuellement et ce sera encore pire d'année en année. Ce n'est pas avec
    le saupoudrage de ce récent budget qu'on atténuera les effets catastrophiques en
    éducation, en santé, dans les CPE et dans les services sociaux. Cette austérité et ses
    effets dévastateurs sont bien là et se poursuivent, n'en déplaise à ce que l'on veut
    nous faire croire. M. Couillard et son gouvernement n'agissent pas avec transparence
    et honnêteté envers les québécois, car rien de cela n'avait été annoncé lors de l'élection. Présentement, ils n'ont pas non plus le consensus social face à ces compressions devenues permanentes. Le Québec se consume au lieu d'entrer dans le monde moderne!

  • Benoit Thibault - Abonné 19 mars 2016 11 h 23

    2M$ au Fonds des générations

    Il est quelques peu ironique de transférer 2M$ au Fonds des générations quand du même coup on fait si peu pour corriger et redresser l'effets des coupes en éducation et en décrochage scolaire.
    Le Fonds des générations c'est pour les jeunes d'aujourdhui à faire face aux obligations de demain, mais que fait-on vraiment pour les outillers à diminuer les obligations de demain ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 mars 2016 17 h 22

      Je crois que vous voulez dire 2G$ — on utilise M pour milllion, et G pour milliiard.

      En fait, la logique voudrait qu'on rembourse d'abord nos dettes, non?

      Et le gouvernement pourrait auss commencer à payer la part de l'employeur du régime de retraite de ses employés.

  • Jacques Morissette - Inscrit 20 mars 2016 03 h 51

    L'austérité au nom d'une doctrinale prospérité.

    Ou plutôt maintenant que nous avons coupé dans les services publics, sans aucune austérité, nous allons faire en sorte que l'argent servent à accomoder l'économie, même si elle bat de l'aile, pour des raisons historiques, sans que la population en soit responsable.