Une hausse en trompe-l’oeil

Selon le gouvernement, les 88 millions supplémentaires serviront à « augmenter les services à la population ».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon le gouvernement, les 88 millions supplémentaires serviront à « augmenter les services à la population ».

Avec le nouveau budget Leitão, il faut s’attendre à de nouvelles compressions dans le réseau de la santé, dénoncent les syndicats, représentants des usagers et partis d’opposition.

« C’est une catastrophe, s’insurge Régine Laurent de la FIQ. Ça veut dire qu’on va avoir à absorber d’autres coupes. Sur le terrain, je ne sais pas comment ça va se traduire, on est déjà sur le respirateur artificiel. »

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Baisse en millions du fardeau fiscal des contribuables québécois en 2016, grâce à la réduction de la taxe santé

Le gouvernement Couillard a annoncé un investissement de 88 millions supplémentaires en santé, soit une hausse de 2,4 % par rapport au budget de l’an dernier, qui était déjà bien mince. Or, selon plusieurs observateurs, il faudrait une augmentation annuelle d’environ 5 % pour simplement couvrir l’augmentation des coûts du système.

« En réalité, ça veut dire qu’on nous annonce de nouvelles compressions de 2,6 % », dénonce le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir.

Au Parti québécois, on perçoit la santé comme étant « le grand perdant » de ce budget Leitão. « Le peu d’argent qu’il y a va en augmentations de salaire. Ça veut dire que les patients vont subir les effets de ce budget famélique en santé », affirme Nicolas Marceau. Cette critique est reprise presque mot pour mot par le président du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), Pierre Blain. « Ce n’est clairement pas le budget des usagers. »


Pas d’argent frais

Selon le gouvernement, les 88 millions supplémentaires serviront à « augmenter les services à la population ». Mais ce sont des mesures qui, pour la plupart, ont déjà été annoncées. On promet 60 millions dans les soins à domicile, 5 millions pour des services aux enfants et adultes ayant des troubles du spectre de l’autisme, 15 millions pour augmenter l’accès en chirurgie, 6 millions pour les centres de désintoxication et 2 millions pour la prévention en santé.

« Deux millions en prévention, c’est bien peu quand on sait que les budgets de la santé publique ont été amputés de 30 % l’an dernier, rappelle Stephen Léger, vice-président à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux. La prospérité, c’est pour Bombardier, les médecins, mais pour ce qui est de la santé de la population, on en est encore aux compressions. La maison craque de partout et on nous offre de mettre de la peinture. »

Taxe santé

Sans surprise, le gouvernement a devancé la réduction de la taxe santé pour les contribuables « à plus faible revenu ». La contribution santé devait être abolie sur trois ans, et ce, à partir de 2017, mais le ministre Leitão a annoncé dans son discours du budget une « mise en oeuvre et une accélération de ce plan d’abolition de la contribution santé ».

Dès cette année, ce sont donc 4,3 millions de Québécois qui pourront bénéficier d’une réduction du fardeau fiscal équivalant à 130 millions de dollars.

On passe ainsi d’une contribution maximale de 100 $ à 50 $ pour les Québécois dont le revenu se situe sous les 41 000 $. Ceux qui payaient 200 $ en payeront 175 $. Pour les autres, qui payaient jusqu’à 1000 $, il faudra attendre en 2017 pour voir la tarification baisser à 800 $. Mais dès le 1er janvier 2018, plus aucun Québécois ne devrait payer la taxe santé, promet le gouvernement.

L’abolition de la taxe santé représente, à terme, une baisse du fardeau fiscal de 759 millions de dollars par année pour les 4,5 millions de contribuables qui y étaient soumis.

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