De l'austérité à l'apaisement

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, en compagnie du président du Conseil du trésor, Sam Hamad
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre des Finances, Carlos Leitão, en compagnie du président du Conseil du trésor, Sam Hamad

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a présenté, jeudi, son troisième budget — le deuxième sans déficit — qui tente d’apaiser la grogne en mettant un terme aux coupes en éducation et en réduisant les frais de garde pour certaines familles.

« Je ne crois pas que cette colère [de la population] soit si destructrice que cela », a affirmé Carlos Leitão lors de la conférence de presse qu’il a donné au huis clos du budget en compagnie du président du Conseil du trésor, Sam Hamad, et de la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade. « On n’est pas le gouvernement de l’austérité. Il n’y a pas eu d’austérité », s’est défendu le ministre des Finances.

Au moment où nombre familles de la classe moyenne sont forcées de payer des frais de garde additionnels lors de la production de leurs rapports d’impôt, Carlos Leitão accorde à compter de 2015 une baisse de tarif aux quelque 30 000 familles avec deux enfants qui fréquentent les garderies subventionnées : le deuxième enfant est à moitié prix. Ce rabais rétroactif au volume représente un manque à gagner de 16 millions pour le gouvernement.

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Carlos Leitão est applaudi par ses collègues à la lecture de son budget.

Alors que le budget de l’an dernier prévoyait qu’une première tranche de la taxe santé serait éliminée en 2017, Carlos Leitão procède dès cette année à une première réduction, soit de 50 $ pour les contribuables qui gagnent moins que 41 000 $ et qui paient 100 $ et de 25 $ pour les contribuables qui gagnent plus que ce seuil et qui versent entre 100 $ et 1000 $, selon leur revenu. La taxe santé sera réduite à nouveau en 2017 pour être complètement abolie en 2018, soit un an avant l’échéance annoncée l’an dernier. Le gouvernement libéral remplit ainsi sa promesse électorale de supprimer avant les prochaines élections cette taxe régressive qui représente une ponction annuelle de 759 millions.

Ce budget, qui marque la mi-mandat du gouvernement Couillard, affiche des revenus consolidés de 102,6 milliards, en hausse de 3,2 %, tandis que les dépenses consolidées se chiffrent à 100,1 milliards. Les dépenses de programmes, à 68,2 milliards, progressent de 2,7 %, soit 1 % de plus que l’an dernier. L’État québécois dégage désormais un surplus, constitué des sommes réservées au Fonds des générations. Le versement au fonds est de 2 milliards cette année mais il est appelé à augmenter substantiellement dans les prochaines années. Il passera à 2,5 milliards l’an prochain et à 3,8 milliards en 2020-2021.

« Nous avons remis la maison en ordre. Nous avons établi des bases solides constituant le socle de notre prospérité », a déclaré Carlos Leitão dans son discours livré à Assemblée nationale.

Après deux ans de privations, une forme de normalité réapparaît à l’éducation, dont le budget augmente de 3 %, ou de 500 millions, soit un peu plus que la croissance naturelle des coûts. Une part de cette somme sera investie dans des initiatives particulières à hauteur de 164 millions. Déjà, le ministre finances avait annoncé en novembre l’octroi de près de la moitié de cette injection, soit 80 millions. De plus, le gouvernement Couillard accepte d’investir au cours des trois prochaines années 700 millions dans les installations scolaires dont 500 millions pour la rénovation des écoles vétustes ou insalubres.

C’est encore le régime minceur pour la santé et les services sociaux. Le gouvernement ne fait pas mieux que de consentir à une hausse de 2,4 % sur un budget qui atteindra 33,7 milliards, ce qui correspond à la croissance réelle des dépenses en 2015-2016. On promet que 88 millions seront réservés au soutien à domicile des personnes âgées, à l’aide aux autistes et à la prévention. Dans les documents budgétaires, le ministère souligne que les transferts fédéraux en santé, dont l’augmentation annuelle est plafonnée à un maximum de 3 % dès l’an prochain au lieu de 6 %, doivent être impérativement renégociés avec le gouvernement fédéral.

Sur le plan des mesures sociales, Carlos Leitão a annoncé une légère amélioration du bouclier fiscal qui entre en vigueur cette année ainsi qu’une bonification de la prime au travail.

En matière de stimulation économique, Carlos Leitão recourt à une mesure éprouvée : le crédit d’impôt à la rénovation. Le nouveau programme s’appelle RénoVert et s’inspire de LogiRénov.

Nantie de ses surplus d’électricité, Hydro-Québec sera appelée à accorder des rabais sur le tarif « L » aux entreprises manufacturières et aux sociétés actives dans la transformation des ressources naturelles qui s’engagent dans des projets d’investissement majeurs. En outre, le budget contient une série de mesures modestes. Le gouvernement accordera une déduction fiscale aux sociétés innovantes ; la stratégie numérique a droit à 13 millions. Pour sa part, le secteur traditionnel de la forêt recevra 45 millions.

Au total en 2016-2017, le gouvernement dépensera 469 millions de plus pour de nouvelles mesures de tout ordre, ou 609 millions si on inclut les initiatives financées par le Fonds vert. L’an dernier, il n’a engagé que qu’un peu plus de la moitié de cette somme, soit 361 millions.

Tant le Parti québécois que la Coalition avenir Québec n’ont pas manqué de souligner qu’en matière d’emplois, le gouvernement Couillard était loin d’atteindre son objectif de créer 50 000 emplois par an, ou 250 000 en cinq ans. Le ministère estime à 29 000 en moyenne le nombre annuel de nouveaux emplois au Québec.

Le porte-parole péquiste en matière de finances, Nicolas Marceau, a souligné que les revenus autonomes sont moindres de un milliard par rapport aux prévisions de l’an dernier, une preuve, selon lui, que les coupes ont miné la croissance économique. Malgré les sommes versés dans le Fonds des générations, le poids de la dette par rapport au Produit intérieur brut (PIB) se maintient à 55 %.

Le chef de la CAQ, François Legault, a déploré le « budget famélique » en santé et « la manque d’ambition » du gouvernement Couillard sur le plan économique.

Enfin, Amir Khadir, de Québec solidaire, a établi un lien entre l’arrestation de Nathalie Normandeau et un parti qui favorise, à son avis, les privilégiés. Ainsi, il existe au Parti libéral une corruption plus grande que les malversations qui ont touché son financement. « Cette corruption, c’est l’influence indue et directe du grand patronat et d’une minorité de privilégiés sur les orientations économiques de ce gouvernement et de son budget », juge le député.

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8 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 18 mars 2016 08 h 06

    Démission

    La population demande un réinvestissement massif en éducation. Massif.

    Alors où est l'apaisement, M. Dutrisac ? Votre article devrait être titré "Surdité".

    Toutefois, je sais bien que les sondages n'ont pas eu le temps de se rendre à Leitao avant son dépôt de budget.

    La réalité des coulisses du pouvoir fait que le PLQ n'a pas encore bien ciblé les contrats juteux à inventer, genre tableau interactif, pour faire tomber les sous dans la caisse occulte d'une part et sortir de belles déclarations en fanfare pour les dindes que nous sommes, d'autre part.

    Autrefois, un pont était bon pour trois élections. Maintenant il suffit d'aider en douce QS pour être sûr de conserver le pouvoir, les Libéraux sont morts de rire. Ne font que remplir une caisse déjà très arrondie, question de "culture corporative" comme on dit.

    Mais voilà, ils n'ont jamais mérité d'être là, moins que quiconque, et la moindre honnêteté dit Démission immédiate et sans retour.

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 18 mars 2016 08 h 28

    Le monsieur sur la photo..

    ... aurait-il déjà travaillé chez Roche? Juste pour tchêquer...

    • Benoit Thibault - Abonné 18 mars 2016 18 h 42

      Oui il travaillait chez Roche durant le temps de Marc-Yvan Coté... il était d'ailleurs présenti pour être l'avenir du PLQ.

      N'est-ce pas inquiétant de le voir au C.T. pour peut-être y soigné l'image et faire oublié.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 mars 2016 08 h 35

    $1

    Nous venons d'apprendre que le gouvernement nous remettra $1 par semaine sur le $100 qu'il nous prend par jour. Et nous devrions en être heureux.
    Étrangement... ce n'est pas ce que je ressens.

    PL

  • Sylvain Picard - Abonné 18 mars 2016 10 h 53

    le deuxième enfant est à moitié prix

    Une formule qui reflète parfaitement la mentalité comptable du PLQ

  • P. Raymond - Inscrit 18 mars 2016 12 h 28

    Bien caché

    Dans les dernières pages. Avec toute leur appréciation pour le contribuable payeur de taxes. Répétez après lui : Il n'y a pas eu d'austérité, il n'y a pas eu d'austérité, il n'y a pas eu d'austérité ; pour nos z'amis.

    Tiens électeur payeur résidentiel, prends ça!

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/465901/el