Arrestations de l’UPAC : « Ces infractions sont graves », déclare Robert Lafrenière

<em>«</em><em> </em><em>Ces infractions sont graves, car non seulement elles sont en violation de la Loi, elles mettent en péril les principes mêmes de la démocratie et de la bonne gestion des biens communs</em><em> </em>», a réagi le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir « Ces infractions sont graves, car non seulement elles sont en violation de la Loi, elles mettent en péril les principes mêmes de la démocratie et de la bonne gestion des biens communs », a réagi le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière.

Pas moins de sept personnes, dont les ex-ministres libéraux Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, ont été arrêtées jeudi par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) pour leur implication présumée dans des stratagèmes criminels impliquant des activités frauduleuses de financement politique.

Les arrestations ont eu lieu peu après 6 h dans la région de Québec, en Gaspésie et dans Charlevoix au terme d’une enquête « marathon ».

Les ex-libéraux Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté et Bruno Lortie, les anciens dirigeants de Roche Mario W. Martel et France Michaud, de même qu’Ernest Murray et François Roussy, liés au Parti québécois, font face à un total de 13 chefs d’accusations criminelles pour des infractions commises entre les années 2000 et 2012 et liées à des fraudes envers le gouvernement, de la corruption, des complots, de l’abus de confiance et de la fabrication et l’usage de faux documents.

« Ces infractions sont graves, car non seulement elles sont en violation de la loi, elles mettent en péril les principes mêmes de la démocratie et de la bonne gestion des biens communs », a réagi le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, lors d’un point de presse. « Il est injuste et inéquitable d’utiliser les contrats publics comme outil politique et il est également intolérable d’utiliser le pouvoir de son influence pour favoriser des élections. Il en va de la confiance des citoyens envers leurs dirigeants et leurs institutions. »

Un aspect systémique, selon l’UPAC

La rafle de l’UPAC est le fruit de la fusion des enquêtes Joug et Lierre. La première émane du scandale de l’usine d’eau de Boisbriand et concerne le financement politique au Parti libéral du Québec et au Parti québécois, tandis que la seconde concerne le financement au Parti libéral. « Étant donné la finalité des stratagèmes utilisés et la nature des acteurs impliqués à certaines périodes et ce, durant plusieurs années, nous avons fusionné les deux enquêtes afin de démontrer l’aspect systémique des stratagèmes », a expliqué l’inspecteur André Boulanger, responsable de la Direction des enquêtes sur la corruption de l’UPAC.
 

L’inspecteur Boulanger a qualifié d’« agressif » le concept de développement des affaires appliqué par la firme Roche qui approchait des membres influents du gouvernement pour l’obtention de contrats.

Ces arrestations surviennent le jour même du dépôt du budget du gouvernement Couillard. « L’UPAC est parfaitement indépendante et l’agenda des enquêtes est géré par les enquêteurs et les procureurs », a assuré Robert Lafrenière.

Les accusés devront comparaître au palais de justice de Québec le 20 avril prochain.

Le Parti libéral a changé, selon Couillard

Devant les médias, le premier ministre libéral, Philippe Couillard, a affirmé que les personnes arrêtées jeudi matin par l’UPAC ont mené leurs activités dans un contexte politique qui ne prévaut plus aujourd’hui. Sans vouloir minimiser l’importance de l’événement, le premier ministre a souligné que cette rafle souligne l’indépendance des services policiers.

M. Couillard a reconnu l’impact de l’arrestation de Nathalie Normandeau, tout en limitant sa réaction à celle requise par ses fonctions. « C’est certain qu’on voit l’aspect personnel, mais étant donné mon rôle et mes fonctions, ma remarque doit se limiter à saluer l’indépendance du processus, la qualité également des actions menées par ces organismes-là et souhaiter que justice soit faite avec tous les principes que ça comprend dans notre société », a-t-il dit.

Dans un échange avec la presse parlementaire, M. Couillard a déclaré que ces arrestations témoignent d’une autre époque et qu’elles n’ont rien à voir avec la situation actuelle. « Le parti que je dirige actuellement a une pratique exemplaire en financement politique, on fait du financement populaire », a-t-il dit.

Le premier ministre a insisté sur les réformes apportées ces dernières années aux règles de financement des partis politiques, qui ont changé le contexte. Selon le premier ministre, l’abaissement du seuil maximal de contribution à 100 $ a été un élément déterminant qui a changé les façons de faire.

Lino Zambito : l’UPAC ne peut s’arrêter là

L’ancien entrepreneur en construction et ex-président d'Infrabec Lino Zambito, a déclaré qu’il est important que les opérations de l’UPAC « ne s’arrêtent pas là ». « À la tête de tout parti, il y a des chefs, des gens qui s’occupent du financement. Si on veut enrayer complètement le problème, il faut aller à la tête des organisations », a-t-il déclaré, dans un court entretien avec Le Devoir.

Sans vouloir donner de noms, celui qui estime que le lien entre l’octroi de contrats public dans le secteur de la construction et le financement politique est très clair a avancé qu’il « en reste d’autres [personnes], issues des plus hautes sphères des partis ». « Je ne suis pas surpris du tout », a-t-il ajouté au sujet des arrestations.

L’avocat de Normandeau surpris

En entrevue au Devoir, l’avocat de Nathalie Normandeau, Maxime Roy, s’est dit « étonné » de l’arrestation de sa cliente, qui n’a pas fait l’objet d’un blâme par la Commission Charbonneau. « J’ai été étonné, surtout par le timing. Que des accusations surviennent aujourd’hui, avec autant de délai, ça m’étonne beaucoup », a-t-il déclaré.

À son avis, le délai avant le dépôt des accusations s’explique par la qualité de la preuve. « J’ai l’impression que la preuve est fragile, insuffisante, et c’est ce qui a amené l’UPAC à réfléchir aussi longtemps [avant de procéder aux arrestations] », a-t-il ajouté.

Nathalie Normandeau a l’intention d’enregistrer un plaidoyer de non-culpabilité, a-t-il aussi annoncé.

« Je ne peux faire de commentaire pour ne pas influencer le processus judiciaire », a simplement indiqué au Devoir la procureure de la commission Charbonneau Sonia LeBel, désormais au Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Le FM93 largue Normandeau

Cogeco Media a également suspendu Nathalie Normandeau sans salaire jusqu’au dénouement des procédures judiciaires. Elle coanimait l’émission « Normandeau-Duhaime le midi » au FM93 radiophonique avec Éric Duhaime.

Rapidement, jeudi matin, la station de Québec a modifié le visuel de son émission pour la renommer tout simplement « Duhaime ». En entrant en ondes en solo à 11 h, Éric Duhaime a affirmé avoir l’impression de « vivre un cauchemar ». « Il y a de ces matins où on se demande si la foudre nous a frappés », a-t-il déclaré alors que commençait simultanément le point de presse de l’UPAC.

Bien qu’attristé par la nouvelle, l’animateur a dit vouloir être le plus « transparent » possible. « J’ai jamais ménagé un politicien qui fait quelque chose de répréhensible et je ne vais pas commencer aujourd’hui », a-t-il ajouté en commentant l’arrestation de sa coanimatrice.

Après la diffusion en direct du début du point de presse, le directeur de la station Pierre Martineau a lu en ondes le cours communiqué envoyé plus tôt aux médias et annonçant la suspension de Mme Normandeau. « Il n’y aura aucun commentaire pour l’instant par respect pour les procédures judiciaires », a-t-il déclaré.

Avec Amélie Daoust-Boisvert, Philippe Orfali et La Presse Canadienne


Les accusés et les chefs d’accusation

Marc-Yvan Côté : 7 chefs d’accusations pour complot, corruption de fonctionnaires, fraudes envers le gouvernement, abus de confiance, fraude.

Nathalie Normandeau : 7 chefs d’accusations pour complot, corruption de fonctionnaires, fraudes envers le gouvernement, abus de confiance, fraude.

Bruno Lortie : 7 chefs d’accusations pour complot, corruption de fonctionnaires, fraudes envers le gouvernement, abus de confiance, fraude.

France Michaud : 7 chefs d’accusations pour complot, corruption de fonctionnaires, fraudes envers le gouvernement, abus de confiance, fraude.

Mario W. Martel : 10 chefs d’accusation pour complot, corruption de fonctionnaires, fraudes envers le gouvernement, abus de confiance, fraude.

Ernest Murray : 3 chefs d’accusation pour complot, abus de confiance.

François Roussy : 2 chefs d’accusation pour complot, abus de confiance.
35 commentaires
  • - Inscrit 17 mars 2016 11 h 20

    Le problème ...

    ... avec ce milieu grouillant de vipères, c'est qu'on ne peut faire confiance à personne.

    Que ce soit Normandeau, Zambitto ou tout autre bonze de la famigila, difficile de deviner les dessous des jeux de coulisse de ce milieu, de savoir qui doit des comtes à qui.

    Alors, on retient notre langue et on fait confiance aux tribunaux.

    • Marie Watters MARIE - Inscrit 17 mars 2016 17 h 09

      Les tribunaux n'ont pas le choix de sévir et le plus gros gibier n'a pas été appelé à témoigner soit JC mais retenir notre langue vous en demandez trop !

    • Gilles St-Pierre - Abonné 17 mars 2016 21 h 21

      Comme vous avez raison Mme Watters d'autant plus que ce gros gibier JC comme vous dites, le supposé honorable Jean Charest pour ne pas le nommer, recevait personnellement en cachette $100,000.00 de cet argent sale et cela, directement du Parti sale Libéral. Il viendra nous dire qu'il n'en savait rien après ça, c'est vraiment nous prendre pour des valises. Il nous reste maintenant à espérer que les enquêtes de l'UPAC se rendent jusqu'à lui et si jamais il s'avère que vraiment il n'en savait rien, et bien il aura tout au moins manqué à ses responsabilités car le PL était sous sa gouverne à ce moment-là et il avait tout au moins à voir la provenance de ces généreuses entrées de fonds.

    • - Inscrit 17 mars 2016 22 h 05

      Vous avez raison... exigeons que toute la vérité sorte !

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 17 mars 2016 11 h 22

    Changé?

    OUI, il a empiré...

    • Sylvain Rivest - Abonné 17 mars 2016 13 h 49

      effectivement, les libéraux ont changé de stratagème. Avant, ils étaient lié au monde des ingénieurs et là, les médécins?

    • Bernard Plante - Abonné 17 mars 2016 14 h 39

      Comment peut-on prétendre que le parti libéral a changé alors que plus de la moitié de ses membres et ministres actuels sont les mêmes qui étaient là à l'époque des infractions reprochées? On peut entre autre penser à l'actuel leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier ou à l'actuel ministre responsable du Conseil du Trésor, Sam Hamad pour constater que ce qui a changé est que les personnes qui faisaient partie de l'ancien gouvernement se retrouvent aujourd'hui à des postes encore plus important qu'à l'époque! Tout un changement!

      Encore une fois Couillard nous prend pour des valises.

    • Christian Montmarquette - Abonné 17 mars 2016 14 h 53

      « Comment peut-on prétendre que le parti libéral a changé..» - Bernard Plante

      Et comment peut-on prétendre que le Parti libéral a changé, quand il vient de rejetter ce matin même, la motion de Québec Solidaire qui exigerait que les sommes illégalement reçues par les partis politques soient remboursées?

      Les libéraux n'ont aucun remord, aucune crédibilité et ils nous prennent pour des valises!

      - Cm

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 mars 2016 11 h 34

    Le Parti T-Fal du Québec

    La dissidence au sein de la Commission Charbonneau prouvait que les allégations contre le PLQ n'étaient pas fondées. Le PLQ n'a jamais été corrompu.

    Et les arrestations d'aujourd'hui prouvent que oui, peut-être, il a été un petit peu corrompu, mais c'est de la vieille histoire.

    Que dira-t-on demain ? Oui nous sommes corrompus mais le peuple vote pour nous. Donc il nous aime comme nous sommes. Pourquoi devrions-nous changer ?

  • Nicole Delisle - Abonné 17 mars 2016 11 h 44

    "Pratique exemplaire", comment en être vraiment sûr?

    M. Couillard parle de pratique d'une autre époque, mais elle n'est pas si loin cette époque. La preuve en est que dans le parti libéral qui est à l'œuvre aujourd'hui, plusieurs membres ministres et députés, étaient là à cette fameuse "époque" et sont toujours là! Ils étaient des collègues de Mme Normandeau, entre autre. Comment ces
    personnes pouvaient-elles ignorer complètement ces stratagèmes mis en place et dévoilées ce matin? Très difficile à croire. Je crois que ce n'est peut-être que la "pointe de l'iceberg". Ce n'est pas anodin quand M. Zambito dit que l'UPAC ne doit
    pas s'arrêter là. On est en droit de connaître la suite et de savoir si dans les plus hautes sphères politiques, d'autres gestes répréhensibles doivent être dénoncés et
    punis par la justice. Ce n'est que justice pour tous les Québécois!

    • Marie Watters MARIE - Inscrit 17 mars 2016 13 h 33

      Se dissocier de son propre parti. c'est représentatif du peu de confiance que les gens devraient avoir dans la politique. C'est vrai qu'à une autre époque, Couillard était péquiste......on oublie !

  • Gilles Teasdale - Abonné 17 mars 2016 11 h 48

    Changé Ha! Ha!Ha!

    Le parti libéral a changé qu'il dit. Nouvelles méthodes même parti libéral. La valise est pleine Mr Couillard.